‹ Étude historique sur le sort des indigènes dans les colonies d'exploitationChapitre 13 sur 32 · TRAITEMENT DES ESCLAVES DANS LES COLONIES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES ESCLAVES DANS LES COLONIES

Avrivé à destination, un négrier aurait ‘été fort en peine d'écouler sa € marchandise », s'il n'avait eu la ressource de traiter avec de grandes maisons de commission qui, moyennant bénéfice, s'engageaient à l'en débarrasser rapidement.

A peine les noirs débarqués. on les refaisait, c'est-à-dire qu'on les disposait pour la vente, en leur faisant prendre des astringents, des lotions de toute espèce. « Au moyen de frictions mercurielles et de drogues répercutives, on parvenait à dissimuler leurs blessures et leurs maladies (1). »

Jetés pèle-mêle dans la fange. ils étaient entassés dans de vieux magasins abandonnés ou dans des entrepôts construits le long des ports, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé preneurs. A l’aide d'un fer brûlant, on tracait sur le corps de ces hommes, désormais classés parmi les animaux. le nom d'autres hommes qui se constituaient leurs maîtres à perpétuité !

De petits spéculateurs achetaient au rabais les eselaves qui n'ayaient pu être vendus dans les premiers jours du marché, les emmenaient dans l'intérieur du pays et les revendaient en détail.

Les esclaves mâles se payaient, aux Antilles, entre 2,500 el 2,800 francs; quelques sujets hors ligne atteignaient 3,000 francs. Les femmes étaient cotées à peu près le même prix, sauf exception; les enfants étaient achetés à 2,000 et 5,500 francs (1).

(1) Revue des Deux-Mondes, 1845, L IT (« De la suppression de ja traite », par de Clarigny).

(4) Plus tard, aux États-Unis, certains esclaves noirs ou métis pos-

€ Entre le prix de vente et le prix d'achat augmenté des frais généraux de traite proprement dite, la différence était de six cent-soixante-quinze mille franes environ, pour une cargaison de 450 à 460 esclaves. Défalcation faite des dépenses accessoires, telles que commission et gages du capitaine et de l'équipage, entretien du navire, frais de nourriture, ete., il restait encore un énorme bénéfice net, L'industrie du négrier était donc des plus lucratives (1). »

Entrons maintenant avec l'esclave dans la plantation de son nouveau maître et voyons à quel travail on l’astreint.

Les renseignements qui vont suivre se rapportent aux colonies anglaises: nous les puisons dans un document publié en 1817 par le pasteur Cooper. à la suite d’un séjour de trois ans dans l’ile de la Jamaïque.

Les nègres étaient généralement employés à la fabrication du sucre, comprenant les travaux préparatoires de culture et de récolte de la canne (2). C'est vers l’époque de la Noël

sédant un métier lucratif ont pu être revendus jusqu’à 20 et 2% mille francs.

En 1720, le mari et la femme esclaves coûtaient ensemble 1,320 livres, à Saint-Domingue ; les négriers dépeuplant l'Afrique, le prix des esclaves augmenta d’année en année.

(4) Les traitants touchaient, en outre, de leur gouvernement diverses gratifications et une prime pour chaque esclave transporté.

Autre estimation : Le capitaine d’un navire négrier saisi à Sierra- Leone avouait que les frais du voyage, tout compris, s'élevaient à un total de 257,000 francs ; qu'il comptait prendre, au retour, 484 esclaves choisis parmi les nègres « de honne qualité », dont la vaieur courante. en 1835, était de 300 dollars (1,500 francs) par tête sur les marchés des Antilles, ce qui assurait à l’armateur un bénéfice net de 269,000 francs, c'est-à-dire d'environ 200 0/0. (Déclaration de M. Macleag, membre de la Commission mixte de Sierra-Leone.)

(2?) Quelques auteurs ont prétendu que la canne à sucre à élé importée des Indes orientales en Amérique par les Espagnols. C'est une erreur; la canne à sucre est un produit naturel du Nouveau- Monde. « Il est certain, écrit à ce propos le Père Labat, que jamais les Espagnols n'ont cultivé un pouce de terre dans les îles que l'on appelle les Antilles. Il est vrai qu'ils mirent des cochons dans loutes les petites îles, lorsqu'ils les découvrirent au second voyage de Christop be Colomb, afin que leurs flottes y trouvassent de la viande fraîche;

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que régnait la plus grande activité dans les plantations. On commençait le dimanche soir et l’on poursuivait la besogne jusqu'au samedi suivant à minuit; il y avait alors une suspension jusqu'au lendemain dimanche, à minuit, heure à laquelle les opérations reprenaient, pour éprouver encore, au bout d’une semaine, une cessation de 18 à 20 heures (1).

Les nègres d’une plantation étaient divisés en deux compagnies, qui travaillaient concurremment le jour, mais passaient alternativement les nuits. Dans quelques plantations, une des compagnies fonctionnait tous les jours jusqu'à minuit, et l’autre lui succédait pendant la deuxième moitié de la nuit.

Il arrivait ainsi que les noirs travaillaient, sans interruption, six jours et trois nuits par semaine. Ce labeur excessif, qui avait lieu pendant cinq mois de l’année, suffirait, à lui seul, à expliquer la rapide dépopulation des colonies à esclaves. Et lorsque ces malheureux, exténués par ce surmenage intensif dans la chaleur suffocante des chaudières, sentaient faiblir leur ardeur au travail, c'est par des coups qu'on ranimait leur courage (2). Souvent, accablés de lassitude, ils

mais qu’ils aient planté des cannes à sucre, c’est ce qui n'entrera jamais dans la lêle d’une personne de bon sens, car planter des cannes dans un endroit et y mettre des cochons, c’est édifier d’une main et détruire de l'autre, puisqu'il n'y a point d'animal dont il faille préserver les cannes avec plus de soin que des cochons. » ( Voyage aux isles de l'Amérique, t. I, p. 324). Quoi qu'il en soit, il y eut des sucreries, dans les Antilles espagnoles et portugaises, dès l'année 1580. Les Anglais établis en Amérique commencèrent à fabriquer du sucre en 1643, à Saint-Christophe ; les Français en firent à la Guadeloupe en 1648.

(1) Dans les colonies françaises, la coupe des cannes avait lieu le samedi et la presse au moulin, dans la nuit du lundi. (J.-B, Labat, Nouveau voyage aux isles d'Amérique. Paris, 1741.)

(2) Le Père Labat donne sur les colonies françaises des renseignements qui diffèrent peu de ceux fournis par le pasteur Cooper : « On voit, écrit-il, par ce que j'ai dit ci-dessus, ce que c'est que le travail d'une sucrerie et combien il est difficile que des nègres, le plus souvent mal nourris, puissent le supporter sans y succomber. » (Op. cit., ol Dre)

L'abus du travail servile fut poussé si loin, à la Jamaïque, que le

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