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cédaient au sommeil et, poussant alors machinalement les cannes entre les cylindres du moulin compresseur, ils se laissaient saisir une main par le terrible engrenage, qui avait tôt fait de broyer tout le reste du corps. Malheur à eux, s'ils osent seulement goûter à cette liqueur fatale qu'ils extraient à la sueur de leur front : quelques centaines de coups de fouet, la mutilation des dents ou même l’ablation de la langue, sont le châtiment ordinaire de cette peccadille!
Les enfants eux-mêmes, «innocents dans un bagne, anges dans un enfer, » étaient prématurément employés à cette production forcenée. Anémiés par une fièvre intermittente, ne comprenant rien à leur épouvantable destin, ces pauvres petits, tandis que leurs mères Ctouffaient des sanglots, levaient parfois au ciel leurs yeux pleins de candeur, comme s'ils voulaient prendre Dieu à témoin de leurs souffrances imméritées.
En temps ordinaire, le seul jour du dimanche était accordé aux esclaves pour cultiver la portion de terre (provision grounds) d'où ils devaient tirer leur subsistance; pour surcroît de fatigue, cette terre de provisions était quelquefois éloignée d’une ou deux lieues du centre de la plantation.
Leurs logements consistaient en cabanes mal construites ; ils dormaient nus sur la terre. On ne fournissait une couver: ture qu'aux vieillards et aux femmes ayant des nourrissons. Le mariage des nègres n'était pas sanctionné par la loi. Tous les esclaves d’une plantation vivaient ensemble; de là une débauche continuelle et prématurée, qui nuisait à l’aceroissement de la population (r) et détruisait toute idée de morale; le genre même de châtiment infligé aux femmes de tout âge violait la pudeur de la manière la plus scandaleuse. La
législateur dut intervenir, en 1816, pour défendre de faire travailler les esclaves avant 5 heures du matin et prescrire que les travaux cesseraient pendant une demi-heure, dans la matinée, et pendant deux heures, dans l'après-midi, au moinent de la plus grande chaleur.
(1) Sur quatre cents esclaves d’une plantation à la Jamaïque, il y eut sept naissances dans une année!
volonté despotique du maitre pouvait séparer à jamais les membres d'une même famille, heureux si l'intendant, par des caprices encore plus odieux, ne venait souiller l'alliance que contractaient les esclaves.
Tout se faisait au bruit du fouet. Le directeur des travaux ou commandeur (driver) pouvait donner, de son autorité privée, jusqu'à dix coups de fouet: l'intendant, appelé aussi gérant ou inspecteur général (overser), avait la faculté légale de porter la punition à trente-neuf coups en une fois : l’'esclave avait alors le dos et les reins totalement ensanglantés. Pour des fautes jugées graves, on appliquait, outre le fouet, la peine du carcan. Les indociles étaient condamnés aux travaux des grands chemins: les criminels étaient écartelés. roués, enterrés vifs ou broyés au moulin.
En 1815, le gouverneur Maxwell, écrivant à lord Bathurst. dénoncçait «un grand nombre d'actes de sévérité excessive et illégale envers les noirs »: il avait vu, de ses yeux :
1° Un garçon de 15 ans, portant autour du cou une large chaîne de fer attachée avec un cadenas et pesant 11 kilos:
2° Deux fillettes de 12 ans, profondément marquées de coups de fouet, attachées ensemble par des chaînes au cou, avec cadenas, pesant 9 kilos:
3° Un vieillard âgé de 60 ans, mis au carcan, après une cruelle fustigation. avec un collier de fer et des chaînes pesant 10 kilos:
4° Un garçon d'environ 12 ans, chargé d'un collier de fer. de chaînes et d’un billot de bois, le tout pesant 13 kilos (1).
Dansles colonies hollandaises, certains maîtresemployaient leurs esclaves nuit et jour, sans excepter le dimanche, Pour nourriture journalière ils recevaient deux ou trois ignames el quelques plantains. Peut-être, dit le capitaine Stedman, leur donnait-on, deux fois par an, une modique ration de poisson salé et quelques feuilles de tabac.
(4) Extrait du discours prononcé par Fowell Buxton, le 15 mai 1S23, à la Chambre des Communes.