‹ Étude historique sur le sort des indigènes dans les colonies d'exploitationChapitre 20 sur 32 · LL MENU · texte numérisé non relu

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I y avait, à la fin du dix-huilième siècle, un assez grand nombre de jeunes gens de couleur à Paris, où leurs parents les envoyaient volontiers puiser une solide instruction (1). Is se lièrent. tout naturellement, avec les philanthropes les plus ardents et déterminèrent la fondation de la célèbre Société des Amis des Noirs, qui fitune propagande si active en faveur de l'abolition de l'esclavage. Cette Société comptait au nombre de ses membres le marquis de Condoreet, Brissot de Varville (principal promoteur de l'œuvre), le duc de La Rochefoucauld, le comte de Lacépède, Pétion. Clavière, Dupont de Nemours, parrain de la doctrine physiocraphique développée par Quesnay (2), le marquis de Lafayette, l'évèque Grégoire, l'abbé Siévès. Le 3 février 1589. elle envoyait aux citoyens français assemblés pour nommer leurs représentants une adresse signée « Condorcet, président », où elle leur dénonce « les crimes de la traite et de l'esclavage des noirs, crimes de la force, autorisés par les lois, excusés par les préjugés », en conjurant leurs députés de demander aux Etats généraux l'examen des moyens propres à détruire la traite et à préparer l'abolition de l'es -

(1) Les premiers mulâtres qui vinrent en France y furent envorés par leurs pères blancs. Nous partageons la joie de Schælcher à constater dans ce fait «un triomphe de ce qu'il y a de bon dansla nalure humaine. » Mais on vit aussi beaucou» de négresses, mères admirables, s'imposer les plus durs sacrifices pour l'entretien coûteux de leurs enfants en Europe. « Elles s'épuisent en se livrant à un travail au-dessus de leurs forces, pour laisser plus louglemps à l'école leurs enfants déjà vigoureux et en âge de les aider, » (A. de Gasparin, Esclavayge et Traile, p. 26.)

(2) Dupont de Nemours eut, le premier, l'idée de fonder une colouie de nègras libres. Reprise, en Anglelerre, par Fothergil, Golberrv, Clarkson, Wilberforce et Granville-Sharp; en France, par Dumanet, Pelletan et Pruneau de Poinme-Gouge (ancien négrier qui « demanda publiquement pardon de ses erimes à Dieu el au genre humain »s), celle idée ne devait être réalisée qu'en 1822, par un noir, ancien esclave aux Etals-Unis (Massichussets), qui, devenu riche el aidé par les philanthropes de l'American Colonisation Sociely, alla, en compaguie d’un millier de congénères industrieux, s'installer sur la côte occidentale de l'Afrique, où ils fondèrent la petite République de Libéria.

clavage. Le 25 juin 1590, la Société des Amis des Noirs rédigea une autre adresse, celle-ci à l'Assemblée Nationale et avec la signature de € Brissot, président » (1), sollicitant seulement l'abolition de la traite,

Effrayés du rapide progrès des idées libertaires, les colons de Saint-Domingue formèrent, dans toutes les parties de l'île, des assemblées politiques, que le gouverneur tenta vainement de dissoudre et qui proclamèrent le droit de la colonie à être aussi représentée aux Etats généraux. Ces assemblées se fédérèrent, Le 27 février 1790, en une sorte de Convention, qui prit le titre d'Assemblée générale de la partie française de Saint-Domingue.

Peu après parvinrent au gouverneur de l'ile les « instructions supplémentaires Jour le décret de l’Assemblée nationale du 8 mars 1790 sur le régime des colonies ». Ces instruc. tions résumaient le décret par une suite d'articles précis dont le quatrième disait :

« Immédiatement après la proclamation et l'affiche du décret du 8 mars 1790 et de la présente instruction dans chaque paroisse, {outes les personnes libres dgées de 25 ans accomplis, propriétaires d'immeubles, ou, à défaut d’une propriété, domiciliées dans la paroisse depuis cinq ans et payaut une contribution, jouiront du droit de sufgrage qui constitue la qualité de Français et se réuniront en Assemblée paroissiale. »

Le décret, attribuant la qualité de citoyens actifs à tous les contribuables sans exception, cette formule : Toute per-sonne libre, âgée de 25 ans, etc., aux termes de lédit de 1685, comprenait évidemment les hommes de couleur libres

(1) Brissot occupe une place éminente parmi les grands abolilionnistes. Il avait déjà publié, eu avril 1789, un « Discours sur la nécessité d'établir à Paris une Société pour concourir avec celles d'Amérique et de Londres à l'abolition de la traite et de l'esclavage. » Il publia encore, dans la même année, un Mémoire sur Les noirs de l'Amérique septentrionale, où il rendait compte d’un voyage qu'il venait de faire aux Etats-Unis « pour recueillir toutes les lumières possihles sur le sort des nègres, »

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remplissant les conditions requises ; mais, comme ce nouveau texte de loi ne les désignait pas nominativement, l’Assemblée de Saint-Domingue déclara qu'il ne devait s’appliquer qu'aux blancs seuls ().

L'Assemblée coloniale de la Guadeloupe, « considérant que la législation qui concerne les gens de couleur, leur vie, leur existence physique, est la propriété des colons », décida que «tous les gens entachés par mésalliance » seraient privés du droit de citoyen actif. L'Assemblée de la Martinique (arrêté du 12 juillet 1790) n'entendait renoncer en aucune manière Qçau droit qui, disait-elle, lui appartenait exclusivement de régler définitivement tout ce qui tient au régime et à la police des affranchis et des esclaves. »

En apprenant ces faits, Jacques Ogé, un des jeunes mulàtres de la Société des Amis des Noirs, résolu à obtenir par la force l'application du décret précité, quitte Paris, débarque furtivement aux environs du Cap, le 16 octobre 1790, et va se concerter avec son ami Jean-Baptiste Chavanne (2) en vue de parer aux éventualités. L'autorité coloniale s’en émeut et envoie procéder à l'arrestation des deux amis. Ceux-ci, soutenus par leurs parents, leurs amis et leurs voisins, à peine au nombre de 250, repoussèrent une première attaque de la milice blanche ; maïs, assaillis à nouveau par une troupe de 1,500 soldats européens, ils se débandèrent. Ogé et Cha-

(1) L'argumentation des colons esclavagistes en faveur de cette interprétation étroite se basait sur ce que, « d'après l'usage, les blancs seuls étaient convocables, ayant formé seuls les précédentes assemblées. (Sur Les troubles des colonies, plaquette publiée par Du Morier, en réponse à Brissot. Paris, 1791). Comme si la loi écrite n'avait pas précisément pour but de modifier la coutume !

(2) Chavannes était un do ces affranchis de Saint-Domingue qui avaient brillamment combattu, sous l'amiral comte d'Estaing, pour l'indépendance des Etats-Unis. Homme résolu, n’attendant rien de la justice des blancs, il proposait de briser d’un coup l'esclavage en soulevant Lous les ateliers. (On désignait sous le nom d'atelier l’ensemble des cultivateurs d'une plantation), Ogé, restant fidèle au programme de l’égalité politique adopté par ses amis de Paris, réclamait simplemeut l'exécution de la loi,

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