‹ Étude historique sur le sort des indigènes dans les colonies d'exploitationChapitre 22 sur 32 · AI RES · texte numérisé non relu

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nécessaire au bien de la colonie » (1). La mêlée éclate, stupidement : «Chaque rue devint, pendant deux jours, un horrible champ de bataille. Enfin, le général factieux jugea prudent de regagner son bateau; mais les matelots, en se retirant, enfoncèrent les boutiques, qu'ils se mirent à piller. » A la faveur de la consternation générale, des esclaves fugitifs, rôdant autour de la ville, incendient la prison pour délivrer quelques-uns des leurs qui y étaient détenus; les flammes s'étendent et brûlent presque complètement le Cap, qui était à cette époque la plus belle ville des Antilles.

Ajoutons que « les combattants laissèrent sur le terrain plus de cinq cents cadavres, qui furent jetés à la mer où l'on vit les requins les dévorer ».…..

Ainsi donc, en 1593, le désordre était à son comble dans l'île. Des crimes épouvantables ont été commis, de part et d'autre; les deux capitales de Saint-Domingue sont saccagées ; le commerce est suspendu, la colonie ruinée. Et tout ce mal, qu'on imputa plus tard si injustement à l'abolition de l'esclavage, est uniquement dû aux luttes des colons entre eux ou contre une classe d'hommes, libres et propriétaires comme eux, dont ils ne veulent point, malgré la loi, reconnaître l'égalité politique.

C'est, d’ailleurs, contraint et forcé par les circonstances que le commissaire Sonthonax proclama la liberté des nègres. € À la suite de l'incendie du Cap, raconte Schælcher, les Commissaires se séparèrent ; Polverel se rendit à Port-au- Prince et de là aux Cayes, dans le Sud, que Aïlhaud avait abandonné pour retourner en France. Sonthonax, resté au Cap avec mille hommes de troupe et sept à huit cents miliciens mulâtres, se trouva bientôt en très grand danger. Les Anglais avaient alors 22 vaisseaux sur les côtes de Saint-Do-

mingue el étaient prêts à s'emparer des places que les colons,

(1) Relation officielle de Sonthonax à la Convention Française, d'après Beaubrun Ardouin, t. Il, p. 34,

en vertu d'un traité fait avec eux, allaient leur livrer (1). D'un autre côté, les Espagnols de l'Est menaçaient encore de lancer contre nous les nombreuses bandes de Jean-François, dont ils s'étaient fait une armée. Ce fut dans cette extrémité que Sonthonax, pour se créer des soldats, ordonna, le 9 août 1793, la libération des esclaves. »

En apprenant la détermination prise par son collègue Sonthonax, (2) Polverel le blâma; suivant lui, Ia commission civile n'avait pas pouvoir de changer le régime colonial et le droit de libérer les esclaves n’appartenait qu'aux représentants de la nation entière. Mais, sentant qu'il n’était plus possible de rétrograder, il finit par engager les propriétaires

(1) Le traité fut signé, le 3 septembre 1793, à la Jamaïque, par Adam Williamson, pour les Anglais, et Venant de Charmilly, pour les colons de Saint-Domingue. La Grande-Bretagne s’engageait (art. 5) « à conserver à Saint-Domingue toutes Les lois relatives à la propriété qui existaient avant la Révolution française ». Les esclaves étant une propriété, c'était donc le maintien de l'esclavage.

Le 19 septembre 1793, cinq cents hommes détachés de la garnison de la Jamaïque et amenés par deux frégates, entrèrent à Jérémie, aux cris de : « Vivent les Anglais! » poussés par les colons français, qui leur livrèrent successivement le Môle Saint-Nicolas, Saint-Marc, l’Arcahaye, le Grand-Goave, Tiburon et Léogane. Le ? février 1794, une escadrille parut devant Port-au-Prince; à la sommation du commodore Ford, menaçant de bombarder la ville, le commissaire Sonthonax répondit : « Monsieur le commodore, nos canonniers sont à leurs pièces! » Les Anglais se retirèrent, jugeant que l’occasion n'était pas favorable. Ils reparurent, le 30 mai, et débarquèrent à quelques kilomètres de la ville, ayant dans leurs rangs beaucoup d'émigrés de France; les colons leur ayant livré le fort Bizoton, qui commande une entrée de la place, les deux commissaires civils durent se retirer à Jacmel (# juin 1794), escorlés par un faible détachement de soldats noirs. (Général P. Lacroix, t. ler, pages 282 et 287; colonel Malenfant, p. 86).

(2) Le commissaire civil Sonthonax fit de très louables efforts pour implanter à Saint-Domingue les institutions républicaines. C’est lui qui dota la colonie d’une administralion judiciaire, Devarçant d’un siècle l'application en France du principe de l'instruction gratuite et obligatoire, il fonda au Cap des écoles que fréquentèrent les jeunes gens de toutes condilions et de toutes couleurs.

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