‹ Étude historique sur le sort des indigènes dans les colonies d'exploitationChapitre 24 sur 32 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LA LIBERTÉ OU LA MortT!

L'histoire de la guerre de l'indépendance d'Haïti n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage. Nous allons simplement, à l'aide de quelques dosuments officiels, esquisser Le plus rapidement possible cette page mémorable qui, même après la libération de Cuba, demeure le fait le plus impressionnant des annales coloniales.

Le premier acte public qu'on possède de Toussaint-Louverture, en tant que chef dirigeant, est un appel aux esclaves daté de 1593 : la teneur de la copie conservée à Paris, aux Archives nationales, est la suivante :

« Au camp Turel, le 29 août 1793.

FRÈRES ET Auts,

Je suis Toussaint-Louverture, mon nom s’est peut-être fait connaitre jusqu’à vous. J'ai entrepris la vengeance. Je veux que la liberté et l'égalité règnent à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister. Unissez-vous à nous, frères, et combattez avec nous pour la même

cause.

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Signé : Toussaint- LoOUvERTURE (1) Général des armées du roi, pour le bien public. »

(A) «Il y a plusieurs versions sur l’origine du nom de Zouverture ajouté à celui de Toussaint. Aucune ne paraît bonne. Dans une note qui est aux Archives nationales, il est dit que « Toussaint, ayant appartenu à un maître appelé Louverture, prit ce nom, comme le faisaient quelquefois les esclaves », mais il est certain qu'il n’a jamais appartenu à d’autre maître qu’au comte Bréda. Plus généralement, on attribue le second nom à une exclamaliou de Laveaux qui, apprenant que Toussaint, alors qu'il était au service de l'Espagne, venait de nous enlever coup sur coup deux ou trois places, se serait écrié : « Mais cet homme fait donc ouverture partout! » Toussaint, instruit

Toussaint servit loyalement la République française, en employant très utilement le prestige et l'autorité qu'il s'était acquis en peu de temps, à détruire les derniers ferments de haine et de discorde qui pouvaient troubler la colonie. Le 1°r avril 1799, en présence du peuple et de l’armée réunis sur la place d'armes du Cap, le gouverneur Laveaux le proclama «le Sauveur des autorités constituées, le Spartacus noir prédit par Raynal (1) pour venger les outrages faits à sa race ». Il le nomma général de division, lieutenant au Gouvernement de Saint-Domingue et déclara que, désormais, il ne ferait rien que de concert avec lui (2). Peu après, des perturbateurs menaçant de troubler l’ordre à Saint-Louis-du-Nord, Toussaint-Louverture adressa aux cultivateurs de cette localité une « proclamation » empreinte du plus pur loyalisme et qui produisit le meilleur effet :

LIBERTÉ EGALITÉ Aux ciloyens de Saint-Louis-du-Nord,

Toussaint-Louverture, général! de division el lieutenant au gouvernement de Saint-Domingue. « J'apprends avec indignation que des êtres pervers, désorganisateurs, perturbateurs du repos publie, des ennemis de la liberté géné-

de ce propos, se serait emparé du mot Ouverture, pour s’en faire un nom par bravade. Cette version ne peut non plus être bonne, car on voit ici que, déjà en août 1793, il s'appelait Louverture, alors qu'il ne nous avait encore rien pris. » (Sch&ælcher.)

Reste cette supposition, nullement insoutenable, que Toussaint s’est lui-même donné ce surnom.

(1) Cette prédiction mérite d’être cilée

« Nations de l’Europe, vos esclaves briseront le joug sacrilège qui les opprime.,. Il ne manque aux nègres qu’un chef. Où est-il, ce grand homme? [1 paraitra, n’en doutons point; il lèvera l'étendard sacré de la Liberté. Ce signal vénérable rassemblera autour de lui les compagnons de son infortune. Plus impétueux que les torrents, ils laisseront partout les traces ineffaçables de leur juste ressentiment, L'ancien monde joindra ses applaudissements au nouveau; partout on bénira le nom du héros qui aura rétabli les droits de l’espèce humaine. » (Raynal, Æist, philos. des Deux Indes.)

(2) Général Pamphile Lacroix, €, Ier, p, 309.

rale et de la sainte égalité, cherchent par des intrigucs infâmes à faire perdre à mes frères de la commune de Saint-Louis-du-Nord le glorieux titre de ciloyens français. Jusqu'à quand vous laisserez-vous conduire comme des aveugles par vos plus dangereux ennemis?

Quel fruit espérez vous retirer des désordres dans lesquels on cherche à vous entrainer? Vous avez la liberté, que pouvez-vous désirer de plus? Que dira le peuple français, lorsqu'il apprendra qu'après le don qu’il vient de vous faire, vous avez porté l'ingratitude jusqu'à tremper vos mains dans le sang de ses enfants?

Mais, frères et amis, vous êtes incapables de ces atrocités par vousmêmes, je le sais, des monstres couverts de crimes cherchent à vous entrainer avec eux dans le précipice, pour n'être pas plus longtemps isolés dans la nature.

Ils osent, ces scélérats, vous débiter que la France veut vous rendre à l'esclavage !... Comment pourriez-vous ajouter foi à des calomnies aussi atroces? Ignorez-vous ce que la France a sacrifié pour la liberté générale, pour les droits de l’homme, pour le bonheur et la félicité des hommes ?

Faites bien attention, mes frères, qu'il y a plus de noirs dans la colonie qu'il n’y a d'hommes de couleur et d'hommes blancs ensemble, et que s’il y arrive quelques désordres, ce sera à nous, noirs, que la République s’en prendra, parce que nous sommes les plus forts et que c’est à nous à maintenir l’ordre et la tranquillité par le bon exemple.Je suis responsable de tous les événements,comme chef. Quel compte pourrai-je rendre à la France, qui nous a comblés de ses bienfaits, si vous cessez d'écouter la voix de la raison ?... »

Les noirs, en voyant Toussaint-Louverture, un des leurs, monté au grade de général de division et partageant les hautes fonctions du gouvernorat, furent de plus en plus fiers de lui. « Aimant l’ordre et l'autorité par instinct, ils se soumirent sans peine à son pouvoir organisateur. » (1)

Le Directoire ratifia la promotion de Toussaint par un arrêté du 30 thermidor an IV (19 août 1796), lui décernant en

(1) Sur la mine ou la réponse équivoque d’un nègre accusé de se livrer au brigandage, Toussaint ordonnait au délinquant d'aller se faire fusiller; le noir s’inclinait humblement devant son chef vénéré et obéissait sans murmurer |

mème temps «un sabre el une paire de pistolets de la manufacture de Versailles » et spécifiant que « ses deux enfants seront envoyés en France, pour y recevoir l'instruction et l'éducation aux frais du gouvernement ». (1)

Nommé, au mois de mai 1597, « Commandant en chef de l'armée de Saint-Domingue », Toussaint-Louverture fit occuper la partie espagnole, (2) que le traité de Bâle (1595) avait cédée à la France, puis chassa complètement les Anglais de l'ile (3) après une série de combats remarquables au point de vue de la stratégie. Parvenu au faite de la gloire et de la

(t) Ces eufauts, Placide et Isaac, partirent en février 1797, à bord du Watlignies, « vaisseau de 74 canons, capable de forcer ies lignes anglaises ». Toussaint s'en rapportait au gouverueur Sonthonax pour « déterminer, suivant leur âge (14 à 15 ans), le genre d'éducation qui leur convenait ».

(2) Saint-Domingue avait alors une armée composée de 48,000 indigènes et de 3,000 hommes de troupes européennes. Soldats européens, nègres et mulâtres, confondus sans aucune distinction, oceupaient les mêmes casernes et combattaient ensemble. {Compte-rendu au Conseil des Cinq-Cents, séance du 27 vendémiaire an VI.)

(3) Le 1° octobre 1798, le Môle Saint-Nicolas, « le Gibrallar de la mer des Antilles », fut rendu à l'autorilé militaire de Saint- Domingue.

Le général Maitland, commandant en chef des forces anglaises, offrit à Toussaint-Louverture de le faire reconnaitre par son gouvernement comme roi d'Haïti, s'il consentait à signer un traité de commerce accordant à la Grande-Bretagne le droit exclusif d'exporter tous les produits de l'île et d'importer uniquement des produits manufacturés anglais. Une forte escadre britannique stationnerait en permanence dans les eaux de Saint-Domingue, pour protéger l'ile contre toute agression. Toussaint déelina celle oflre insidieuse; mais le général anglais parvint, toutefois, à oblenir de lui une capitulation honorable.

« J'ai vu dans les archives du gouvernement de Port-au Prince, el lous Les officiers de l'étal-major de notre armée ont vu avec moi, les propositions secrèles qui leudaient à faire déclarer Toussaint- Louverture roi d'Haïti... » (Général P, Lacroix, vol. 1er, p. 294.)

Les Anglais, d'après les colonels Ramel et Malfenfant, sacrifièrent au moins 30,000 hommes et plusieurs centaines de millions dans cette infructueuse expédition contre Saint-Domingue, que les colons français leur avaient représentée comme une proie facile à saisir,

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puissance, conçut-il réellement l'idée de s'affranchir totalement de l'autorité de la métropole? Nul ne peut l’affirmer avec certitude. Toujours estal qu'il fit élaborer une constitution locale, par laquelle il se donnait, comme le dit Schœlcher, presque autant de pouvoir que les rois de France du bon vieux temps. Ilenvoya cet acte, tout imprimé, au Premier Consul, accompagné d'une lettre (1) se terminant par cette déclaration osée : «L'Assemblée centrale (créée par lui) m'ayant requis, eu l'absence des lois, de faire provisoirement exécuter cette constitution, comme devant l’acheminer plus vite vers sa prospérité future, je me suis rendu à ses désirs. Cette constitution a été accueillie par toutes les classes des citoyens avec des transports de joie, qui ne manqueront pas de se reproduire lorsqu'elle sera renvoyée. revêtue de la sanction du gouvernement. »

Nous ne pouvons nous dérober à l'obligation d'analyser certains articles de cette Constitution, qui proclamait Toussaint gouverneur à vie et lui attribuait exclusivement, « en cas de l'événement cruel de sa mort, Le droit de choisir le citoyen qui lui succédera immédiatement ». On y ht:

« Article 17. — L'introduction des cullivateurs indispensables à l'accroissement et à l'extension des cultures aura lieu à Saint- Domingue. La constilution charge le gouverneur de preudre les mesures convenables pour encourager et favoriser cette augmentation de bras, pour slipuler et balancer les intérêts, assurer et garantir l'exécution des engagements réciproques résultant de cette introduction. »

Il est impossible, fait remarquer Schœlcher, que Toussaint

(1) La légende prétend que les lettres de Toussaint-Louverture à Bonaparte portaient cette suscription : Ze premier des noirs au premier des blancs. Semblable rubrique n'existe nulle part, déclare Schælcher : « C’est une invention de blancs, trop désireux de ridiculiser un noir. Toussaint-Louverture était vain, comme peuvent l'être les hommes de tous les pays, quelle que soit la couleur de leur épiderme; mais le général en chef de l'armée de Saint-Domingue, qui avait refusé une couronne, n’en élait pas à pareille puérilité. »

ait pu s'imaginer qu'on pourrait déterminer des Africains à quitter librement leur pays pour venir à Saint-Domingue, où ils savent que leurs congénères n'ont jamais trouvé que des chaînes ; il est impossible qu'il soit parvenu à se cacher à luimême que l'augmentation de bras ne pouvaits'obtenir autrement que par l’exécrable trafic de ses frères. Quel sortréservetil, d’ailleurs, aux cultivateurs ?

La constitution déclare, il est vrai (art. 3), que « l'esclavage est à jamais aboli à Saint-Domingue; tous les hommes y naissent, vivent et meurent libres et Français »; elle définit même excellemment (art. 15) une plantation : « l'asile tranquille d’une active et constante famille dont le propriétaire du sol ou son représentant est nécessairement le père », et ajoute (art. 16 $ 1°) que « chaque cultivateur et ouvrier est membre de la famille et portionnaire dans les revenus ». Fort bien. Mais ces membres de la famille, portionnaires dans les revenus qu'elle produit, peuvent-ils s’en retirer, si « le père » n’est pas bon? Sur ce point important la constitution fait une réponse négative qui suflit à lui donner une très fâcheuse caractéristique :

« Art. 16 $ 2. — Tout changement de domicile, de la part des cultivateurs, entraîne la ruine des cultures. Pour réprimer un vice aussi funeste à la colonie que contraire à l’ordre public, le gouvernement fait tous les règlements de police que les circonstances nécessitent. »

Evidemment, concluera chacun, interdire à un homme tout changement de domicile, c'est l’emprisonner dans son domicile. Il faut avouer que c’est là une assez triste conception de la liberté. On nous permettra, toutefois, de présenter, comme circonstance atténuante, ce fait, d'ordre psychologique, énoncé par Schælcher à la fin de sa critique : «Il restait trop en Toussaint de l'ancien esclave pour croire qu'on pût obtenir le travail autrement que par contrainte. » On doit aussi tenir compte de la préoccupation qu'avait le chef noir de donner, malgré tout, des gages aux colons revenus à Saint- Domingue après la pacificalion de l'île et sans l'appui des-

quels le gouvernement local ne pouvait avoir qu'une existence précaire. Telle était l'opinion de l’éminente Mme Michelet, femme de l’illustre historien-poète, dont le père, Louis Mialaret, fut, on le sait, un des secrétaires de Toussaint-Louverture.

En 1799, lorsque Le gouvernement français fit demander à Toussaint-Louverture d'inscrire sur les drapeaux de l’armée coloniale cette devise : « Braves noirs, souvenez-vous que le Peuple français seul reconnaît votre liberté et l'égalité de vos droits », le gouverneur de Saint-Domingue en avait pris occasion pour protester énergiquement contre l'esclavage qu'avait rétabli et que maintenait la France dans ses autres colonies : « Ce n'est pas, disait-il, une liberté de circonstance, concédée à nous seuls, que nous voulons; c'est l'adoption absolue du principe, qu'aucun homme, né rouge, noir ou blanc, ne peut être la propriété d'un autre homme... »

Il se trouvait donc, en 1801, un homme, un agent colonial assez audacieux pour ne pas mettre en doute que le Premier Consul, dont la volonté courbait tous les fronts à Paris, püt refuser ce qu’on lui demandait !... « Mais le général en chef de l'armée de Saint-Domingue était un personnage à ménager; Bonaparte se contint assez pour se borner à ne pas lui répondre. »

Après la paix d'Amiens, le Premier Consul, plus libre de ses mouvements, se laissa facilement persuader par les colons réfugiés en France qu'il y allait de sa gloire de « faire revivre les lois dans les colonies ». Chacun savait ce que cela voulait dire.

« Plus de 30 millions de denrées coloniales, écrit Norvins (1). emmagasinées ou en pleine récolte à notre arrivée, attestaient la bonne administration de Toussaint. Cette prospérité suflisait sans doute à empècher la fatale expédition de Saint-Domingue; mais Bonaparte était déjà monté si haut et déjà aussi ses conseillers étaient placés si bas, qu’on n'avait pas osé lui dire ce que le noir Toussaint

(1) Journal La Presse, du 9 novembre 1836.

avait fait, Ce n'était, lui disaient les colons consultés à Paris, qu'un esclave révolté, le meurtrier de la classe blanche; il fallait s'en défaire à tout prix ».

Malheureusement pour le grand Africain, c'est d'un bras de fer qu'il reconstruisit la société coloniale. Tout devait plier sous sa volonté organisatrice, mais tyrannique et trop souvent impitoyable, « Il ne lui sera pas donné d'accomplir sa grandiose entreprise, parce qu'il s'est aliéné les cœurs. Les immenses services qu'il a rendus à sa race ne lui serviront pas de protection et il succombera, malgré son génie, parce qu'il n'a pas élé bon.»

Bonaparte, dit Schælcher, accepta l'idée de rétablir l'esclavage, bien qu'il comprit que Saint-Domingue pouvait lui fournir au moins vingt mille soldats noirs pour conquérir les Antilles anglaises et espagnoles, encore remplies d'esclaves qu'ils auraient aisément soulevés. Cet homme ne fut jamais un patriote, il ne fut que Bonapartiste ». (1)

(1) Le colonel Malenfant donne sur l'état des esprits à ce moment, en France, des renseignements vraiment curieux. Ayaut servi à l'armée du Rhin, il fut nommé par le Premier Consul sous-inspecteur aux revues et attaché contre son gré à expédition de Saint-Domingue. Arrivé à Brest, il ne rencontra personne qui se trompât sur le véritable but de l’entreprise. Plusieurs généraux lui dirent : — « Nous avons vaincu les Mamelucks; nous subjuguerons plus facilement les mulâtres et les nègres... » Un colon émigré se faisait fort de réduire tous les noirs avec quatre mille hommes. Le colonel Malenfant les contredisait très haut. 11 fut dénoncé au général Leclere comme « professant des opinions dangereuses », Leclere le fil venir et lui dit : «.…, Tous les nègres, lorsqu'ils vont voir une armée, mettront bas les armes. Ils seront trop heureux qu’on leur pardonne! » — On vous a

induit en erreur, mon général. — «€ Comment! un brave me parle ainsi! » — C'est parce que je suis vrai, mon général. — « Mais il y

a ici un colon qui m'a offert d'arrêter Toussaint avec soixante grenadiers » — Moi, mon général, je ne m'en chargerais pas avec soixante mille. Si vous faites la guerre, vous ne serez éclairés que par des Hammes, vous coucherez sur des cendres, votre armée périra de latigues et de misère. — « C'est bien », fit le général Leclerc, « j'ai écrit au ministre de la guerre, qui vous donnera une autre desliaa- Uüon. » {Des Colonies el particulièrement de celle de Saint- Dominque, p. 284...)

Le 11 décembre 18or, une flotte de 5f vaisseaux, portant 23.000 hommes « presque tous tirés de la célèbre armée du Rhin », quitta Brest, sous le comnandement du général Leclerc, beau-frère de Bonaparte. Le Premier Consul annonça l'expédition à Toussaint-Louverture par une lettre dont nous détachons les passages suivants :

« … Nous avons concu pour vous de l'estime, el nous nous plaisons à reconnailre et à proclamer les grands services que vous avez rendus au peuple francais. Si son pavillon flotte sur Saint- Domiugue, c'est à vous et aux braves noirs qu'il le doit.

Appelé par vos lalents et la force des circonstances au premier commandement, vous avez détruit la guerre civile, mis un frein à la persécution de quelques hommes féroces, remis en honneur la religion et le culte de Dieu, de qui tout émane.

La constitution que vous avez faite, en réunissant beaucoup de bonnes choses, en contient qui sont contraires à la dignité et à la souverainelé du peuple frauçais, dont Saint-Domingue ne forme qu'une porlion.

Les circonstances où vous vous êtes trouvé, environné de tous côlés d'ennemis sans que la métropole pût vous secourir, out rendu légitimes les articles de cette constilution qui pourraient ne pas l'être; mais aujourd'hui que les circonstances sont si heureusement changées, vous serez le premier à rendre hommage à la souveraineté de La nalion qui vous comple au nombre de ses plus illustres ciloyens, par les services que vous lui avez rendus et par les Lalents et par la force de caractère dont la nature vous a doué...

Nous avons fait connaitre à vos enfants et à leur précepteur les sentiments qui nous animent. Nous vous les renvoyons (1).

(1) L'entrevue de Toussaint-Louverture avec ses fils, ramenés de France par le chef de l’armée expéditioanaire, constitue une des plus poignantes scènes de tragédie historique :

— « Mes enfants, prenez votre parli; quel qu’il soit, je vous chérirai toujours... », dit Toussaint, d'une voix ferme dans l'effusion même des caresses échangées.

— « Eh bien, mon père », fil Isaac, le plus jeune, « voyez en moi un serviteur fidèle de la France qui ne pourra jamais se résoudre à porter les armes contre elle! »

—æ «Je suis à vous, mon père », déclara Placide; « je crains l’ave-

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