‹ Étude historique sur le sort des indigènes dans les colonies d'exploitationChapitre 25 sur 32 · LP · texte numérisé non relu

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Assislez de vos conseils, de votre influence et de vos talents le capilaine générale en

S'il élait des malveillants qui disent aux individus de Saint- Domingue que nous venons pour rechercher ce qu'ils ont fait pendant Les temps d'anarchie, assurez-les que nous ne nous informerons de leur conduite et que nous ne rechercherons Le passé que pour connaître les traits qui les auraient distingués dans la guerre qu'ils ont soutenue contre les Anglais el les Espagnols, qui ont été nos ennemis.

Comptlez sans réserve sur notre estime, et conduisez-vous comme doit le faire un des principaux citoyens de la plus grande nation

du monde. »

Signé : BONAPARTE.

L'escadre parut devant le Cap. le 1°° février 1802. Leclerc devait, en débarquant, lancer la proclamation suivante :

« Le Premier Consul aux habitants de Saint-Domingue.

HABITANTS DE SaiNtT-DOMINGUE,

Quelles que soient votre origine et votre couleur, vous êtes Français, vous êles tous égaux devant Dieu et devant la République.

La Krance a été, comme Saint-Domingue, en proie aux factions et déchirée par la guerre civile et par la guerre étrangère. Mais tout a changé, tous les peuples ont embrassé les Français et leur ont juré la paix et l’amitié. Tous les Français se sont embrassés aussi et ont juré d’être tous des frères. Venez aussi embrasser les Français et vous réjouir de revoir vos frères d'Europe.

Le gouvernement vous envoie le capitaine-général Leclerc. Il amène avec lui de grandes forces pour vous protéger contre vos ennemis et contre les ennemis de la République. Si on vous dit : « Ces forces sont destinées à vous ravir votre liberté », répondez : La République ne souffrira pas qu'elle nous soit enlevée !

nir, je crains l'esclavage; je suis prêt à combattre pour m'y opposer!» (Général P, Lacroix.)

Placide reçut aussitôt le commandement d'un des fameux hataillons de la garde de Toussaint ; Isaac se retira auprès de sa mère et resla neutre.

Ralliez-vous autour du capitaine-général; il vous apporte l’abondance et la paix... », etc.

Ainsi parlait Bonaparte, le 8 novembre 18017, et, le 16 mars 1802, il disait, dans ses instructions à Leclere : « Dès l’instant que vous vous serez défait de Toussaint, de Christophe, de Dessalines et des principaux brigands et que la masse sera désarmée, renvoyez sur le continent tous les noirs et hommes de couleur qui auront joué un rôle dans les troubles civils (1). » Le 27 avril de la même année, il écrivait au consul Cambacérès :

« Vous trouverez, ci-joint, des notes pour servir à rédiger un projet d'arrêté à convertir en sénatus-consulte :

. Art. 5. — Tous les individus noirs non compris dans les listes mentionnées à l’article premier, seront assujellis aux lois et règlements qui, en 1789, composaient le cone noir des colonies. » (Correspondance de Napoléon, t. VII.)

Le r°' juillet suivant, il écrivait de nouveau à Leclerc : « Défaites-nous de ces Africains dorés. » Le mari de la créole Joséphine, celui que Lamartine appelle le « Corse à cheveux plats » professait pour la race noire un mépris étrangement vulgaire. Il le révéla, un jour, à un de ses familiers : «Je ne laisserai jamais une épaulette sur l'épaule d’un nègre ! » (Observations du général Vincent, p.19). Injustice mesquine, doublée d'’ingratitude, envers ces ofliciers noirs et mulâtres, aussi dévoués que distingués, qui avaient si vaillamment combattu pour la France (2).

(1) Correspondance de Napoléon, t. VII.

(2) Extrait d'un rapport adressé, le 22 juillet 1795, au Comité de Salut public, par le délégué Defermont :

« Les nègres et les mulâtres, seuls défenseurs de Saint-Domingue, ont glorieusement soutenu leur nom de Français. Réduits à leurs propres forces, isolés de tout secours, presque sans munilions, leur courage mis à toutes les épreuves n’a jamais été abatiu. /ls ont lutté avec énergie, honneur, persévérance et succès contre les Espagnols et les Anglais. »

Les officiers métropolitains qui formaient l'état-major rutilant de Napoléon eurent-ils de plus beaux états de service ? 9

Le général Christophe, gouverneur du Cap, ayant refusé de livrer les forts sans l'ordre du gouverneur-général Toussaint-Louverture, son chef hiérarchique, Leclerc lui signifia un ultimatum. « On nous prend donc encore pour des esclaves ! » s'écria Christophe. « Allez dire au général Leclerc que les Français ne marcheront ici que sur un monceau de cendres et que la terre les brûlera ! » Le lendemain, en effet, au premier coup de canon tiré de l'escadre française, il donna le signal de la conflagration en mettant le feu à sa propre maison, puis il quitta la ville, — héroïsme que devait imiter, en 1812, le général Rostopchin à Moscou. L'exemple de Christophe fut suivi par Dessalines, à Saint-Marc, et par Maurepas, à Port-de-Paix.

On sait Le reste, et combien grande fut l'horreur qui plane encore sur le souvenir de cette lutte impie où, dans les deux camps, se jouait la Marseillaise, hymne de la liberté! A cette première phase se rattache la défense de la Crête à Pierrot, qui est restée célèbre. C'était un fort construit pour dominer la route du nord à l’ouest de l'ile ; Dessalines l'occupait, par ordre de Toussaint, avec six à sept cents soldats auxquels le chef de brigade Lamartinière amena un renfort de cinq cents hommes, Nous laissons ici la parole au général Pamphile Lacroix, qui commandait une division du corps expéditionnaire :

« Une première attaque, où le général Debelle, commandant l'artillerie, reçut une blessure grave, fut repoussée. Un second assaut, conduit par Leclerc en personne. n'eut pas plus de succès ; il coûta à la division Boudet quatre centquatre-vingls hommes, tués ou blessés, et deux à trois cents à la division Dugua : le général Boudet et le général Dugua y furent blessés. Le général Rochambeau, qui venait d'éteindre, avec une batterie de sept pièces, le feu d’une redoute nouvelle élevée sur le sommet de la Crète, crut pouvoir emporter de vive force cette redoute ; l'ennemi l’avait mise à l'abri d'un coup de main, en l’entourant d’un abatis de dix pieds de profondeur sur trois de hauteur, Le général

Rochambeau perdit frois cents hommes dans cette vaine entreprise.

» Ainsi, la Créle-à-Pierrot, dans laquelle il n'existait que mille à douze cents combattants, nous en avait déjà coûté plus de quinse cents. » (P. Lacroix, t. II, pp. 159 et 165).

Il fallut se résoudre à faire le blocus. Au bout de trois jours et trois nuits de bombardement, la garnison, qui comptait alors cinq cents tués ou blessés, ne songeait pas à se rendre, mais elle endurait des tortures horribles. « Les hommes », dit le docteur Descourtils qui était présent, «manquant d’eau et de nourriture, par une chaleur accablante, mâchaient des balles de plomb dans l'espoir d’étancher une soif insupportable. Ils provoquaient, par cette trituration, une salive bourbeuse qu'ils trouvaient encore délicieuse à avaler. » (Voyage d'un naturaliste, par Descourtils). A la fin, les blessés demandèrent l'évacuation ou la mort. Dessalines n'était plus là; ayant tenté, la veille, une sortie, il s'était vu couper toute communication avec le fort. L'évacuation fut décidée ; elle s’opéra à travers les lignes des assaillants, au milieu de la nuit, sous la direction de Lamartinieres:

« La retraite, dit le général Lacroix, qu'osa concevoir et exécuter le commandant de la Crête-à-Pierrot, est un fait d'armes remarquable. Nous entourions son poste au nombre de plus de douze mille hommes ; ilse sauva, ne perdit pas la moitié de sa garnison et ne nous laissa que ses morts et ses blessés. Nos pertes avaient été si considérables qu'elles affligèrent vivement le capitaine général ; il nous engagea par politique à les pallier, comme il les palliait luiméme dans ses rapports officiels...

» Pendant que nous opérions l'investissement du fort, la musique des ennemis faisait entendre les airs patriotiques adaptés à la gloire de la France... Ces airs produisaient généralement un sentiment pénible. Les regards de nos soldats interrogeaient les nôtres, ils avaient l'air de nous

dire : « Nos barbares ennemis auraient-ils raison ? Serions nous les instruments serviles de la politique ? » (1)

Mais, séduits par les menteuses promesses du général Leclere, qui leur assurait honneurs et considération dans les rangs de l’armée française, les plus braves et les plus intelligents parmi les officiers indigènes abandonnaïent leur chef et faisaient leur soumission (2). Toussaint-Louverture dut écouter, à son tour, les propositions de paix. Il signa, le 5 mai 1802, une transaction qui rétablissait l’ordre, sinon l'harmonie, en supprimant définitivement l'esclavage. On négocia sur cette base : 1° liberté inviolable à ous les citoyens de Saint-Domingue ; 2° maintien, dans leurs grades et leurs fonctions, de tous les ofliciers civils et militaires indigènes ; 3° Toussaint gardant son état-major etse retirant où il voudrait sur le territoire de la colonie.

Dans un entretien amical qui suivit la signature du traité, Leclere, ayant demandé à son adversaire qui, au cas où la guerre eût continué, lui aurait fourni des armes et des munitions : — « Vous-même! » répondit le héros noir, € j'en aurais pris à vos avant-postes. »

Un mois après, le 7 juin, Toussaint-Louverture, accusé de tramer une conspiration, était traitreusement arrêté. Un général, le général Brunet, se chargea de cette besogne et l’accomplit par des moyens turpides. Que sa mémoire en garde toute l'ignominie! La missive qu'il fit parvenir à Toussaint contenait ces lignes : €... Nous avons, mon cher général, des arrangements à prendre ensemble, qu'il est

(1) Général P. Lacroix, op. cit., p. 170-171.

(2) Après avoir tenu en échec trois divisions, commandées par les généraux Debelle, Desfourneaux et Hardy, le général noir Maurepas, -commandant l'arrondissement du Port-de-Paix, sans communication avec Toussaint et craignant d'être cerné par loutes les forces de l'armée expédilionnaire, accepta de capituler aux conditions primitivement énoncées par Leclerc. (Voir l'Histoire militaire de la révolution de Saint-Domingue, par H, de Poyen ) Cette défection fut bientôt suivie de celles de Christophe et de Dessalines.

impossible de traiter par lettres, mais qu'une conférence : d'une heure terminerait. Si je n'étais pas excédé de travail, j'aurais été aujourd'hui le porteur de ma réponse ; mais ne pouvant sortir ces jours-ci, faites-le vous-même : si vous êtes rétabli de votre indisposition, que ce soit demain ; quand il s'agit de faire le bien, on ne doit jamais retarder. Vous ne trouverez pas dans mon habitation champêtre tous les agréments que j'eusse désiré réunir pour vous recevoir, mais vous y trouverez la franchise d'un galant homme qui ne fait d'autres vœux que pour la prospérité de la colonie et pour votre bonheur personnel. — Si M Toussaint, dont je désire infiniment faire la connaissance, voulait être du voyage, je serais content. Si elle a besoin de chevaux, je lui enverrai les miens. — Je vous le répète, général, Jamais vous ne trouverez d'ami plus sincère que moi... P.-S. — Votre domestique, qui va au Port-au-Prince, a passé ici ce matin, il est parti avec sa passe en règle. » Or, ce domestique avait été arrêté sur l’ordre du même Brunet! (1)

« Je fus informé », raconta plus tard Toussaint, € qu’un aide de camp du général Leclerc, passant par Ennery, s'était déclaré porteur d'un ordre pour me faire arrêter, adressé au général Brunet. Le général Leclerc m'ayant donné sa parole d'honneur et promis la protection du gouvernement, Je refusai de croire à ce propos.»

Il se rendit donc à l'invitation de Brunet. Après quelques minutes de conversation, celui-ci pria son hôte de l’excuser un moment et sortit. «Un instant après entrèrent une dizaine d'officiers, l’épée et le pistolet au poing. L’ex-gouverneur, les prenant pour des assassins, tira son sabre; mais ces offi-

(1) Le lieulenant-colonel H. de Poyen (Histoire mililaire de la Révolulion de Saint-Domingue), qui reproduit cette lettre publiée par Isaac Louverture, y voit la manifestation d’ « une très blâmable habileté ». Ce blâme est trop anodin, mon colonel. Nous disons, nous, que le militaire qui mentait de la sorte, en vue de préparer un guet-apens, avait une âme vile et montrait qu'il était indigne de porter l’'épaulette.

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ciers n'étaient que des agents de police. Le chef d'escadron Ferrari, qui les commandait, s’avança, l'arme baissée, et dit: « Mon général, nous ne sommes point venus pour attenter à vos jours ; nous avons seulement l'ordre de nous assurer de votre personne. » À ces mots, Toussaint remit son sabre au fourreau sans prononcer une parole. On vit là encore ce qu'il y avait de fermeté dans son caractère : toute résistance étant impossible, il se résigna à son sort, calme et maître de lui-même, comme s'il avait été élevé à l’école des stoïciens. » (Schælcher).

L'ex-général en chef et gouverneur de Saint-Domingue fut embarqué, aux Gonaïves, sur la frégate La Créole, avec sa femme, ses deux fils et plusieurs officiers de sa suite ; transbordés, à l'entrée du Cap, sur le vaisseau d’escadre le Héros, qui se dirigea immédiatement vers l'Europe, ils arrivèrent à Brest le 1 juillet 1802. On connaît les prophétiques paroles que prononça l'illustre Africain, en mettant le pied sur le pont du bateau qui l'emportait loin de son pays: « En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l'arbre de la liberté des noirs ; il repoussera par ses racines, qui sont profondes el nombreuses. »

De Brest, Toussaint-Louverture fut conduit au fort de Joux, dans le Jura, où « Napoléon combina lächement son assassinat ». Au vieillard né sous les Tropiques, et qui avait toujours vécu en plein air dans une activité perpétuelle, on assigna un cachot glacial, avec « interdiction de voir qui que ce fût et de sortir, sous aucun prétexte », de la pièce où on le tenait enfermé (1). Le prisonnier ne résista pas longtemps aux tortures physiques et morales qu'il endurait. « Le 5 avril 1803, le commandant d'armes du fort, entrant à onze

(1) « La mort de Toussaint fut un vérilable assassinat », nous écrit M. Emile Maguin, maire de Pontarlier (16 juillet 1901), « car comment appeler d'un autre nom le fait d'avoir transporté un malheureux du climat brûlant des Tropiques dans une vieille prison d'État, où le thermomètre descend fréquemment à 30 vecnés cenri- GRADES AU-DESSOUS DE ZÉRO ? »

heures du matin dans le cachot, trouva Toussaint sans vie, assis sur une chaise près du feu, la tête appuyée contre la cheminée. » (Archives de Pontarlier). Le procès-verbal de l'autopsie, faite le lendemain, attribue la mort à une attaque d'apoplexie. Le Spartacus noir fut inhumé à côté de la chapelle du vieux fort.

Toussaint, à part une heure de défaillance (1), resta digne de la grandeur de son infortune. Quand, par ordre de Bonaparte, on lui enleva son uniforme, il se contenta de dire : « Fallait-il ajouter cette humiliation à mon malheur ? Sans doute, je dois à ma couleur les traitements qu'on me fait subir, mais la couleur de mon corps nuit-elle à mon honneur? » Lorsqu'on lui demanda son rasoir, « il déclara qu'il fallait qu'on le jugeät bien mal, puisqu'on le soupçonnait de manquer du courage nécessaire pour supporter son malheur ».

Onze ans plus tard, Napoléon était prisonnier à son tour. « Entouré d'une maison princière, libre de parcourir l’île entière où il était confiné, il se lamentait misérablement à propos de ses titres, de ses promenades, de ses rideaux et de sa vaisselle ; sans respect pour la hauteur de la position d’où il était tombé, il poussait de longs gémissements sur sa captivité (2) ».

(1) Dans une lettre à Bonaparte, du 9 octobre 1802, le captif, déjà « tremblant de froid et malade au point de ne pouvoir parler », implore la pitié de son bourreau ; « il demande excuse de ses fautes et réclame de son grand génie la liberté pour travailler à gagner sa vie et celle de sa famille. » Son moral était visiblement affaibli par la souffrance. (Archives nalionales, carton A, 1215, — d'après Schælcher).

(2) Napoléon disait à Hudson-Lowe : € Il est une Providence vengeresse : tôt ou tard, vous porterez la peine de votre allentat contre moi!... Vos ministres, par leurs iustructions, ont assez prouvé qu'ils voulaient se défaire de moi. Pourquoi les rois qui m'ont proscrit n’ont-ils pas osé ordonner ouvertement ma mort? L'un eût été aussi légal que l’autre... L'île est trop petite pour moi, qui faisais tous les jours plusieurs lieues à cheval. Le climat n'est pas le nôtre ;

Même après la disparition de Toussaint-Louverture, la France eût peut-être conservé encore un bon nombre d’années l’incomparable colonie qu'était Saint-Domingue. Mais le général Leclere, suivant la recommandation de Napoléon, donna l’ordre de désarmer tous les noirs. Ceux-ci savaient désormais quelle confiance il fallait attacher aux promesses et aux serments des blancs ; ils ne pouvaient oublier de sitôt que Toussaint-Louverture leur répétait sans cesse, en leur montrant un fusil : Voilà notre liberté! Ils refusèrent de livrer leurs armes, avec d'autant plus de raison qu'ils venaient d’avoir connaissance de l’infâme décret du 20 mai 1802, rétablissant l'esclavage et la traite. Déjà les nègres des Petites Antilles avaient été remis à la chaîne, malgré la glorieuse résistance d’une poignée de braves commandés par Delgrès, à la Guadeloupe, et par Belgrade, à la Martinique. Le 6 août, Leclerc écrit à son beau-frère : &« ... À présent que nos plans sur les colonies sont parfaitement connus, si vous voulez conserver Saint-Domingue, envoyez-y une nouselle armée. Quelque désagréable que soit ma position, je fais des exemples terribles, et puisqu'il ne me reste plus que la terreur, je l'emploie. » Sur un simple soupçon, un rapport, une parole équivoque, deux cents, trois cents, huit cents, quinze cents noirs étaient jetés à la mer!!! (Mémoire du général Ramel).

La mort du général Maurepas, l'un des officiers les plus distingués de l’armée coloniale, « noyé arbitrairement avec sa femme et ses enfants en bas-âge (1) », la disparition mys-

ce n'est ni notre soleil, ni nos saisons. Tout respire ici un ennui mortel. La position est désagréable, insalubre... » (Souvenirs de la comtesse de Montholon.)

(1) « Lorsque Maurepas se soumit », relate le général Ramel, témoin irrécusable, « on lui conserva le commandement de Port-de- Paix; j'ai servi sous ses ordres, Il me dit qu'il ne se séparerail pas une seconde fois de la France et me pria d'écrire au général Leclerc pour avoir la permission de passer en France. Je ne reçus d'autre réponse que celle d'ordonner à Maurepas de se rendre au Cap pour y recevoir une destinalion ultérieure. J'appris, quarante-huit heures

térieuse du chef de brigade Lamartinière, le valeureux défenseur de la Crète-à-Pierrot, et surtout l'exécution du général Charles Belair et de sa femme (1) furent autant d'exemples terribles et impolitiques qui déterminèrent l'explosion. Nègres et mulâtres oublient leurs dissensions devant le danger commun : le soulèvement éclate sur tous les points ; l’impétueux Dessalines est nommé général en chef (septembre 1802); la guerre recommence, atroce et sans merci. Les noirs ont pour auxiliaire une maladie inexorable, qui décime affreusement l'armée esclavagiste.

Le général Leclerc meurt de la fièvre jaune, le r° novembre 1802; il est remplacé, comme général en chef, par Rochambeau, dont la cruauté n’a jamais été dépassée aux Antilles. Le lendemain d'une bataille qu'il perdit, il fit égorger cinq cents prisonniers. € On eut recours aux noyapes et aux bûchers. On inventa des supplices nouveaux. Après les bateaux à soupape, on en imagina d'une autre espèce, où les victimes des deux sexes, entassées les unes sur les autres à fond de cale, étaient asphyxiées par des vapeurs de soufre. On fit venir de Cuba des chiens dressés à la chasse des nègres, qu'ils dévoraient avec une férocité extraordinaire... » (Raban, op. cit.).

après, qu’en entrant en rade, lui, sa femme et ses enfants en basâge avaient été jetés à la mer. Jamais nouvelle ne m'a autant contristé. . » On l'avait d’abord amarré au grand mât, puis on avait fixé sur ses épaules et sur sa Lête des épaulettes et un vieux chapeau, à l’aide de clous employés à la construction des navires. (Raban.)

(1) Charles Belair et sa femme, accusés d'avoir fomenté une révolte, furent traduits devant une commission militaire réunie au Cap et condamnés, l'un à être fusillé, l’autre à être décapitée. « Placé devant le peloton d'exécution, le général Belair entendil avec calme la voix de sa femme qui l’exhortait à mourir en brave. Au moment où il portait la main sur son cœur, il tomba, atteint de plusieurs balles à la tête. Mme Sanile, sa femme, refusa de se laisser bander les yeux. Le bourreau, malgré ses efforts, ne put la courber contre le billot. L’officier qui commandait le détachement fut obligé de la faire fusiller. La foule fut saisie d'horreur à la vue de cette dernière exécution. » (Madiou, Histoire d'Haïti, t. IL, p. 328.)

Mais loutes ces cruautés ne purent détourner l'arrêt du destin. Vieillards, hommes, femmes et enfants, la population indigène tout entière, cette fois, est debout, frémissant de colère et d'indignation. L’enthousiasme inspire le sacrifice de tout : la liberté ou la mort! telle est la devise de chacun. «€ Pas un qui n’eût un fusil ou une arme quelconque à la main. Où que pussent aller les survivants de l'expédition, ils rencontraient des ennemis acharnés et implacables ; les habitations avaient été rasées pour leur enlever le moindre asile, les arbres qui auraient pu leur fournir de l'ombre étaient abattus. »

Le 9 octobre 1803, Dessalines, avec vingt-deux mille hommes, assiège Port-au-Prince ; après un mois d'attaques réitérées, il oblige le général Lassalle à l'évacuation, et « ces formidables légions, qui avaient fait trembler l'Europe, vont s’enfermer au Cap, leur dernier refuge ». Le Cap était hérissé de forts avancés, Rochambeau s'y croyait inexpugnable et ne supposait pas que les indigènes pussent avoir la pensée de venir l'attaquer; mais Dessalines ne laissa pas ses soldats se reposer : le 11 novembre, il était déjà sous les murs de la ville. L'assaut du fort Verdières, établi sur un monticule, mérite l’élogieuse citation qu'en fait le général Pamphile Lacroix :

« Dessalines ordonne au général Capoix de s'emparer du fort. Ce nègre, surnommé Capoix-la-Mort, marche avec une demi-brigade qui recule, borriblement mutilée par le feu du fort. Il la ramène ; la mitraille le renverse au pied de la colline. Bouillant de colère, il va chercher de nouvelles troupes, monte à cheval et, pour la troisième fois, s'élance; mais toujours les mille morts que vomit la forteresse le repoussent, lui et ses brigades. Jamais soldats n'eurent, plus que les siens, le mépris du lrépas; ils sont embrasés d'une ardeur homérique. 11 lui suffit de quelques mots pour les entrainer une quatrième fois. En avant! Un houlel lue son cheval, il Lombe; mais bientôt, dégagé des cadavres abattus autour de lui, il court se replacer à la tête des noirs, En avant! En avant! Son chapeau garni de plumes est enlevé par la mitraille. 1 repond à linsulte qui lui met chapeau bas

en tendant son sabre, commime s'il montrait le poing, et se jette encore à l'assaut : En avant! En avant!

Au spectacle de tant d'intrépidité, de la part de son chef et de ses soldats, de grandes acclamations partent des remparts de la ville : Bravo! bravo ! Vivat ! vivat! crient Rochambeau et sa garde, qui considéraient l'attaque. Un roulement de tambours se fait entendre, le feu du fort Verdières se lait, un officier sort des murs du Cap, s’avance au galop jusqu'au front des indigènes surpris et dit, en saluant : « Le capitaine-général Rochambeau et l’armée française envoient l'expression de leur admiration au géuéral qui vient de se couvrir de gloire. » L'heureux cavalier chargé de ce maguifique message tourne bride, calme son cheval, rentre au pas et... l’assaul recommence.

Les assiégés, électrisés eux-mêmes, ne voulurent point se laisser vaincre, et Dessalines envoya l’ordre à son lieutenant de se retirer. Le lendemain, un officier, suivi d'un écuyer, amena au quartiergénéral des indigènes un cheval caparaçonné que «ie capitaine-général, dit-il, offrait en marque d'admiration à l’Achille nègre, pour remplacer celui que | armée française regrettait de lui avoir Lué (1). »

L'exaltation des femmes, en cette lutte glorieuse pour la liberté, fut souvent plus héroïque encore que celle des

hommes. Une négresse, — quel regret que son nom soit resté inconnu ! — voyant un noir marcher la tête basse au

supplice, saisit une épée, se fait une blessure mortelle et, aussi sublime que la femme de Pæœtus à Rome, elle s’écrie en tombant : « Homme, il est doux de mourir, lorsqu'on perd la liberté ! » Des mères, accompagnant leur fille au gibet, nimbaient leurs adieux de cette consolation stoïque : & Réjouis-toi, ma fille, tu ne seras pas mère d’esclave ! »

Oui, tu l'as bien dit, Schœlcher : un peuple de la sorte animé est un peuple invincible.

Rochambeau dut capituler, le 19 novembre 1803.11 obtint de s’embarquer avec armes et bagages, mais il fut capturé, à sa sortie du Cap, le 28 novembre, par un croiseur anglais.

(1) Malgré les atrocités commises par Rochambeau, on ne peut se défendre d'admirer ce trait de chevalerie, d’ailleurs conforme aux vraies traditions de l’armée française.

Aussitôt après le départ des troupes françaises, les chefs insurgés publièrent la proclamation suivante :

« L'indépendance de Saint-Domingue est proclamée.

Rendus à notre première dignité, nous avons recouvré nos droits, et nous jurons de ne jamais nous les laisser ravir par aucune puissance de la terre.

Propriétaires de Saint-Domingue qui errez dans des contrées étrangères, en proclamant notre indépendance, nous ne vous défendons pas de renirer dans vos bieus : loin de nous cette pensée injuste! Nous savons qu'il est parmi vous des hommes qui ont abjuré leurs anciennes erreurs, renoncé à leurs folles prétentions et reconnu a justice de la cause pour laquelle nous versons notre sang depuis douze années. Nous traiterons en frères ceux qui nous aiment; ils peuvent venir habiter parmi nous.

Mais quant à ceux qui, enivrés d’un fol orgueil, esciaves intéressés d’une prétention criminelle, sont assez aveugles pour se croire des êtres privilégiés et pour dire que le ciel les a destinés à être nos maitres et nos tyrans, qu’ils n'approchent jamais des rivages de Saint- Domingue! Qu'iss demeurent où ils sont! Qu'ils souffrent les maux qu'ils unt si bien mérités, et que les gens de bien, de la crédulité desquels ils ont trop longtemps abusé, les accablent du poids de leur indignation |

Nous avons juré de chälier quiconque oserait nous parler d'esclavage. Nous serons inexorables, peut-être même cruels, envers tous ceux qui vieudraient nous apporter la servilude. Rien ne coûte et tout est permis à des hommes à qui l'on veut ravir le premier des biens; ils sont innocents devant Dieu, qui n'a pas créé les hommes pour les voir gémir sous un joug honteux.

Si, dans les divers soulèvements qui ont eu lieu, des Blanes dont nous n'avions pas à nous plaindre ont péri, victimes de la cruauté de quelques soldats ou cullivateurs trop aveuglés par le souvenir de leurs maux passés pour distinguer les propriétaires humains de ceux qui ne l’étaient pas, nous déplorons sincèrement leur malheureux sort et déclarons, à la face de l’univers, que ces meurtres ont été commis malgré nous. Il était impossible, dans une crise pareille, de prévenir où d'arrêter ces désordres,

Aujourd'hui que l'aurore de la paix nous présage une ère moins orageuse et que le calme de la victoire a succédé aux désordres d’une

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guerre affreuse, Saint-Doininguc doit prendre un nouvel aspect et son gouvernement doit être désormais celui de la juslice, » Donné au quartier-général du Fort-Dauphin, le 29 novembre 1803.

Signé : DessaLiNES, CHRISTOPHE, CLAIRVAUX.

Il fut décidé, en mème temps, que l'ile reprendrait le nom d'Haïti, qu’elle avait avant la venue de Christophe Colomb. Du drapeau tricolore on supprima le blane, et le pavillon, rouge et bleu, du premier Etat noir indépendant se trouva réunir emblématiquement les deux couleurs du costume que portait le Christ rédempteur.

Un poète haïtien de grand talent a résumé, dans un très beau mouvement lyrique, les sentiments que doit inspirer à tout esprit non passionné le souvenir des héros de l’indépendance haïtienne :

« Qu'ils aient été cléments, magnanimes ou non,

Qu'importe ? On leur avail fait un ciel noyé d’ombres;

Si la foudre jaillit de ces nuages sombres,

La faute n’en est pas, hélas ! à ces héros.

Ils étaient tous martyrs, s'ils devinrent bourreaux :

Et s'ils virent, d'un œil sec, tomber sous leurs armes

Les blancs, c'est qu'ils avaient pleuré toutes leurs larmes ! » Terlullien GuizBaup (1).

« Ainsi cette expédition considérable », écrit le lieutenantcolonel de Poyen, « que Bonaparte avait confiée à son beaufrère et pour laquelle la France avait sacrifié 40.000 hommes (2), se terminait par un désastre militaire et par la perte de la colonie.

(1) Patrie, Librairie Léopold Cerf, Paris.

(2) Cette estimation reste en deçà de la vérilé; un simple calcul d’addition va le prouver.

La première expédition, partie avec le général Leclerc, se composait de 21.883 hommes. Les renforts expédiés de France peuvent être divisés eu deux autres expéditions : l’une, débarquée peu de temps après la mort de Leclerc, comprenait un effectif de 9.018 hommes;

» On conçoit que Napoléon, à Sainte-Hélène, ait fait son mea culpa sur cette malencontreuse entreprise. Il eût fallu laisser Toussaint-Louverture gouverner son pays pour le compte de la France. Notre colonie eüt été changée, de fait. en un protectorat qui aurait pu durer indéfiniment. Si ce mot nouveau n'était pas encore employé à cette époque, l'intelligence de Toussaint avait déjà créé le régime auquel il devait s'appliquer plus tard. « Je gouvernerai Saint-Domingue pour la France », disait ce nègre de génie, « et le Premier Consul n'enverra quelqu'un pour parler avec mot». Lui seul, d’ailleurs, était capable de tenir dans l'obéissance Dossalines et les autres chefs noirs, et peut-être eût-il réussi, avec l'appui de la France, à fonder définitivement un état de choses dont il avait la conception très nette. Que de maux il

eût alors évités à la France et à son pays ! Que de ruines,

l’autre, arrivée pendant le commandement du général Rochambeau, s'élevait au chiffre de 12.138 hommes.

Ces renseignements précis sont fournis par le lieutenant-colonel H. de Poyen. € Il est supertlu de rappeler », ajoute l’auteur de l'Hisloire militaire de la Révolution de Saint-Domingue, « qu'aucune de ces expéditions n'est arrivée en bloc... Quoi qu'il en soit, le total des troupes qui ont successivement formé l’armée française de Sainl- Domingue s'élève exactement au chiffre de 43.039 hommes ».

Or, il y avait déjà dans la colonie, avant l’arrivée du corps expéditionnaire, un contingent de 3 à #.000 hommes de troupes métropolitaincs, sans compler les milices de couleur, qui, dans la première phase de la lutte, contribuèrent très efficacement à la répression. En outre, il ressort du texte même des /nstruclions remises aux Commissaires civils qu'ils avaient sous la main, en 1792, une force de 14.000 hommes, dont 6.000 débarqués en même temps qu'eux. On arrive ainsi à un tolal général d'environ soixante mille soldats Européens ayant pris part à la guerre de Saint-Domingue. Sur ces 60.000, à peine deux mille revirent leur pays.

« L'armée régulière dont disposait à ce moment Toussaint-Louverture comprenait de 20 à 21.000 hommes, organisés sur ie modèle des armées françaises. » (Lieutenant-colonel H. de Poyen). La masse des irréguliers auxiliaires, les « cullivateurs armés » (portant un sabre, une hache, un instrument araloire où un simple bâton) ne pouvaient guère, pour diverses raisons, dépasser 80 à 90.000.

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d'incendies et de massacres il eùt épargnés à la colonie! » (x)

Jusqu'en 1895, les anciens colons de Saint-Domingue ne cessèrent de solliciter du Gouvernement français la reconquête de la grande île: il y a, aux Archives des Colonies, à Paris, plus d'une centaine de projets relatifs à cette folle entreprise.

En 1814, sous Louis XVIII, Malouet, ministre de la Marine et des Colonies, envoya une mission en Haïti, afin de se « renseigner sur l’état d'esprit des habitants et les dispositions des deux chefs, Pétion et Christophe », qui s'y partagaient le pouvoir De la Jamaïque, où elle aborda au mois d'août 1814, cette mission, dirigée par le général Dauxion-Lavaysse, ancien membre du Comité de salut public, adressa une double communication : la première, sur unton comminatoire, au roi Christophe ; la seconde, plus modérée dans la forme, au Président Pétion (2). Les deux réponses

(1) Histoire militaire de la Révolution de Saint-Domingue, p. 459. — Supputant les données approximatives fournies par le général Pamphile Lacroix sur les pertes subies, de part et d'autre, durant les neuf premiers mois de l'expédition, le lieutenant-colonel H. de Poyen pense que 125,000 personnes ont été tuées à Saint-Domingue, de 1802 à 1804.

On peut être tenté d'établir une comparaison entre la guerre de Saint-Domingue et celle du Transvaal. Une considération doit faire placer la gloire historique des noirs d'Haïti sur un plan supérieur à celle des Boers : Saint-Domingue est une ile el, par conséquent, ses défenseurs, esclaves révoltés à peine armés, n’avaient aucun moyen de fuir ou de renouveler leur armement, au lieu que les Boers, qui se préparaient à la lulte, avaient pu, formant déjà un Etat organisé, se procurer des fusils et des canons perfectionnés dont ils avaient appris depuis longtemps le maniement ; ils eurent, en outre, au début tout au moins, l'appui moral des Puissances et le concours effectif de nombreux volontaires européens. 2° Les nègres ont, finalement, triomphé de leurs adversaires, quoique la supériorité de ceux-ci, au point de vue de l’organisation militaire, fût cent fois plus grande que celle des Anglais sur les Boers.

(2) Malouel autorisa même ses envoyés à offrir du Président Pétion, qui était mulâtre, des Lettres patentes de blanc, comme autrefois les rois délivraient des lettres de noblesse... Devant le refus courloisement ironique du chef haïtien, € on désavoua cette offre », dil Grégoire, comme étant une ineplie ministérielle,

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furent identiques : dans le Nord, comme dans l'Ouest et le Sud, le peuple haïtien déclarait, à l'unanimité, qu'il était prêt à mourir, s'il le fallait, pour défendre la liberté qu'il venait de conquérir. Une nouvelle députation fut déléguée, en 1816, sans plus de succès. En 1820, M. Aubert du Petit- Thouars fut chargé de faire connaître au Gouvernement haïtien que « Sa Majesté le roi Louis XVIII s'était décidée à consacrer l'indépendance d'Haïti, en se bornant à réclamer le droit de suzeraineté avec des indemnités pour la cession du territoire et des propriétés privées ». Le Président Boyer, dit le Moniteur officiel haïtien, «repoussa jusqu'à l'ombre même du protectorat ».

En 1824, sur les instances d’un membre du gouvernement français, ami personnel du susdit Président, deux plénipotentiaires haïtiens se rendirent en France «avec mission de négocier sur la base de la reconnaissance absolue de l'indépendance de Saint-Domingue » ; on ne parvint pas à s'entendre.

Enfin, le 3 juillet 1825, débarquait à Port-au-Prince M. le baron de Mackau, capitaine de vaisseau commandant la frégate Circé, porteur d'une ordonnance de Charles X, en date du 17 avril, par laquelle la France reconnaissait l'indépendance pleine et entière de la République d'Haïti, moyennant une indemnité de 130 millions pour les anciens colons (1).

Le principe de cette indemnité était-il juste ?

Du moment que l'esclavage était un fait légal, autorisé, encouragé par les gouvernements, on peut soutenir, jusqu'à un certain point, que les possesseurs d'esclaves étaient de bonne foi, leur iniquité s'appuyant sur l'autorité du législateur.

Mais qui devait supporter la charge de l'indemnité ? Aueun homme capable de raisonner logiquement n'hésitera à répondre : la métropole. Nous retrouverons cette question d'indemnité, au chapitre consacré à l'abolition de l'esclavage dans les colonies francaises.

(1) Ce chiffre fut réduit plus tard à 60 millions.

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