UN EXEMPLE D AVEUGLEMENT COLONIAL L' ESPAGNE À CUBA
En 1773, lorsque les colonies anglaises de l’Amérique du Nord se préparaient à secouer le joug de la métropole, un journal de Londres publia, sans en révéler l’auteur, cet écrit de Franklin :
« Si vous voulez que les colonies se séparent de la métropole, ne les faites point jouir de vos libertés ; gouvernez-les par des lois de votre fantaisie. Exploitez leur commerce, réglez leur industrie, imposez-les à votre gré ; appliquez à votre profit, dépensez suivant votre caprice cette richesse qui ne vous coûte rien.
» Donnez un pouvoir despotique au général qui commande en votre nom ; affranchissez-le de tout contrôle colonial. Si les colons réclament, ne les écoutez pas : accusez-les de haute trahison et de rébellion. Dites que toutes ces plaintes sont l'invention de quelques démagogues, et que si on pouvait attraper et pendre tous ces misérables, tout irait bieu. Au besoin, pendez-en quelques-uns. Le sang des martyrs fait des miracles : soyez sûrs qu’en peu de temps, vous serez débarrassés de vos colonies. »
On peut dire que l'Espagne suivit à la lettre ce dangereux conseil, dont l'ironie — n’en déplaise aux théoriciens du despotisme colonial — s'applique aux colonies d'exploitation comme aux colonies de peuplement.
Pour condenser en quelques lignes toutes les fautes et toutes les iniquités politiques accumulées par l'Espagne dans l'administration d’un incomparable domaine colonial, il suffit de jeter les yeux sur le manifeste publié, à la fin de l’année
1858, par les autorités insurrectionnelles des colonies de l'Amérique du Sud.
« Nous réclamons, dit ce manifeste :
1° L'égalité de droit avec les habitants de la métropole ;
2° La liberté de culture et de manufacture;
3 La liberté d'importation et d'exportation dans tous les ports d'Espagne et des nations amies ;
4° La liberté du commerce entre l'Amérique espagnole et l'Asie ;
5° La même liberté avec les Philippines ;
6° L’abolition de tout monopole du gouvernement, qui serait indemnisé par des taxes ;
7° La liberté d'exploitation des mines d'argent ;
8° La réserve de la moitié des fonctions publiques pour les Espagnols d'Amérique ;
9° L'établissement d’une junte dans chaque capitale. pour veiller à ce que cette dernière disposition soit toujours appliquée. »
Quelques années après l'émancipation violente de ces colonies, un voyageur entendait dire à un paysan du Mexique :
€ Mon jugement sur la révolution est bien simple : aupara-
vant, je payais neuf piastres pour la pièce d’étoffe dont est fait ce vêtement; maintenant, je ne paie plus que deux piastres. » Leroy-Beaulieu, en citant ce propos typique, émet cette réflexion :
« La tyrannie politique n'est perçue que par les classes élevées, qu'elle rabaisse et dégrade; mais la tyrannie commerciale et administrative se fait sentir à tous les rangs de la société par des vexations continuelles et incessantes, elle fomente ainsi dans tous les cœurs des rancunes et des haines qui n'attendent qu'une occasion pour renverser les institutions les plus anciennes et en apparence les plus solides. »
Cette remarque est fort juste, mais il convient d'ajouter que la tyrannie politique engendre presque toujours la tyrannie commerciale.
En regard du manifeste insurrectionnel de 1858, il est
intéressant de placer l'exposé des griefs invoqués par les Cubains, en 1895, pour justifier la lutte terrible qu'ils engagèrent contre leur indigne métropole et qui aboutit, grâce à l'intervention plus ou moins désintéressée des Etats-Unis, à l’anéantissement complet de la puissance coloniale de l'Espagne.
Ces griefs ont été formulés, non sans éloquence, par Enrique Varona, ex-député aux Cortès, dans un opuscule intitulé Cuba contre Espagne; nous en reproduisons les parties essentielles :
« La guerre est une triste nécessité. Mais quand un peuple, ayant épuisé tous les moyens légaux de persuasion, en appelle en dernier lieu à la force pour repousser l'agression permanente qui constitue la tyrannie, ce peuple se lrouve en état de légitime défense, il est justifié par devant sa conscience et le tribunal des nations.
Tel est le cas de Cuba, dans sa guerre avec l'Espagne.
Aucune métropole n’a élé plus dure, plus tenacement vexatoire et cupide; aucune colonie n'a donné, d’autre part, plus d'exemples de patience, de souffrance contenue et de persévérance dans la revendication de ses droits par tous les moyens pacifiques. » (1)
Dès le commencement du siècle, il y eut, en effet, dans la grande île des Antilles, des patriotes qui exposèrent au Gouvernement espagnol les maux de la colonie et lui en indiquèrent les remèdes, plaidant surtout pour les franchises commerciales nécessaires à son organisation économique et la participation des indigènes à l'administration des affaires cubaïines.
Les besoins de la guerre avec les colonies du continent américain obligèrent l'Espagne à octroyer à Cuba un commencement de liberté commerciale. Cet essai passager qui répandit la prospérité dans l’île, n’ouvrit pas les yeux aux
(1) Nous aurions mauvaise grâce à ne pas reconnaitre que la législation du régime servile s’adoucit beaucoup à Cuba el à Porto-Rico, dès la fin du dix-huilième siècle, C’est ce qui explique, d’ailleurs, que l'Espagne ait pu maintenir si longtemps l'esclavage dans ses colonies.
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hommes d'Etat de la Péninsule. Ils reprirent bientôt leurs
anciens errements.
« En 1837, les représentants de Cuba aux Cortès espagnoles, déjà peu nombreux, furent brusquement supprimés par un simple décret, et tous les pouvoirs restèrent aux mains du capitaine-général, à qui l'on donna les attributions d'un « gouverneur de place assiégée ». L'Espagne proclamait ainsi un état de guerre permanent chez un peuple paisible et inoffensif.
Cuba vit errer à travers le continent américain ses plus illustres enfants. :
Cuba vit mourir sur l'échafaud tous ceux qui, parmi les Cubaius, osaient aimer la liberté et le déclarer par des écrits ou par la parole.
Cuba vit le produit de son travail eonfisqué par d’iniques lois fiscales, que ses maîtres lui imposaient de loin.
Cuba vit la justice, qu'admiuistraient exclusivement des magistrats métropolitains, soumise à la volonté ou au caprice'de ses gouvernants.
Cuba subit enfin toutes les vexations capables d'humilier un peu ple conquis, au nom et sous l'inspiration d'un gouvernement qui, par sarcasme saus doule, s'intitulait paternel. »
Après l'insurrection de 1858, qui, on le sait, dura dix ans, coûta 200 mille hommes à l'Espagne et engloutit 3 milliards 500 millions de francs, la métropole proposa un pacte qui n'était qu'un leurre : elle accordait à Cuba les libertés de Porto-Rico, qui n'en possédait aucune. Le gouvernement, dont les desseins restaient les mêmes, se contentait de donner aux choses un autre nom : le capitaine général devint le « gouverneur général »: les ordres royaux s'intitulèrent autorisations »; le monopole mereantile de l'Espagne prit le nom de « cabotage »; le droit de déportation se transforma en loi de vagabondage ; la «loi d'ordre publie » remplac: l'abolition des lois constitutionnelles ; le tribut prélevé de force sur le peuple cubain se changea en « budget », voté par les députés de l'Espagne. Bref, la douloureuse leçon d'une guerre de dix ans avait été complètement perdue pour la métropole,
« Pour réduire le Cubain à l'impuissauce dans son pays, l'Espagne lui donna des lois électorales étroitement élaborées et produisant deux effets : la réduction du nombre des électeurs et la majorité assurée aux colons européens. Elle établit un impôt censitaire qui parut d'autaut plus élevé que, par suite de la dernière guerre, les propriétaires cubains se trouvaient en grande partie ruinés. Lorsque, malgré toules les entraves légales et la partialité du pouvoir, les Cubains out pu obtenir de passagères majorités, le gouvernement annule cyniquement les élections. Il en est résulté que les travaux parlementaires relatifs à Cuba ont tourné à la farce : les représentants des provinces péninsulaires ne se donnaient même pas la peine d'assister aux séances où se trailaient les affaires cubaines. »
Quel usage le gouvernement espagnol faisait-il de son pouvoir despotique ? Sa triple facon d'exploiter Cuba va nous l'indiquer.
« En réalité, l'Espagne n’a pas de politique coloniale. Elle n'a jamais cherché, dans les contrées lointaines qu'elle a soumises par la force, que la richesse immédiate : celle qu'elle arrache au travail des naturels. Aussi l'Espagne n'a-t-elle été qu'un parasite de Cuba ; elle l’exploitait par son régime fiscal, son régime mercantile et son régime bureaucratique, qui constituaient les formes de l'exploitation officielle. »
Après la guerre de 1878, les deux tiers de l'ile étaient entièrement ruinés. Une politique sage et prévoyante conseillait l’allègement des charges fiscales du pays. Que fit l'Espagne ? Elle s’occupa, avant tout, de faire payer à Cuba les frais de la guerre; elle lui infligea des budgets monstrueux qui servirent à combler le trou béant qu'avaient ouvert, dans les finances espagnoles, les abus et le gaspillage de l'administration civile et militaire. Citons quelques chiffres : , |
Le budget de 1878-79 montait-à 232.950.009 fr.; celui de 1880 s'élevait à la même somme. Le budget de 1882-83 était de 179.300.000 fr.; ceux de 1884 et de 1885 atteignaient 150.850.000 fr. ; celui de 1885-86 était de 155.845.000 fr. Les
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budgets des années suivantes oscillaient entre 150 et 130 millions, chiffre de l'exercice 1894-1895. La diminution progressive qu'on remarque dans cette énumération n'est pas due au désir de réduire la charge accablante qui pesait sur le pays; c'est la nécessité qui l’imposa, car, ainsi qu'il était facile de le prévoir, Cuba n'avait pu faire face à ces monstrueuses exigences et un déficit continuel rendit les réductions indispensables.
La conséquence de cette gestion insensée fut l’augmentation de la dette cubaine dans des proportions fabuleuses :
«. Nous avions, en 1868, une dette de 125 millions de francs, dit Enrique Varona. Lorsque la dernière guerre a éclaté, on évaluait notre dette à 950 millions. Au 31 juillet 1895, on a calculé que l'ile doit, en tout, 4 milliard 478 millions 536 mille 230 francs ! Toutes proportions gardées, la dette de Cuba se trouve être supérieure à celle de tous les
Etats de l'Amérique, y compris les Etals-Unis. Le paiement des inlé-
rêts impose à chaque habitant une contribution annuelle de #8 fr. 95; celte contribution n'est que de 31 fr. 50 en France, le pays le plus chargé sous ce rapport.
Cette dette énorme, contractée aux dépens de la colonie, ce fardeau qui l'écrase et l'empêche, non seulement de capitaliser, mais encore de s'occuper de son relèvement et de l'entretien sommaire de son industrie, représente une des formes les plus iniques de l’exploitation qu'elle subit, Elle comprend : une dette de l'Espagne aux Etats-Unis; les sommes employées pour l'occupation de Santo-Domingo et l'invasion du Mexique, en compagnie de la France et de l'Angleterre, ainsi que les frais occasionnés parses démêlés avec le Pérou ; les avances faites au Trésor espagnol pendant les dernières guerres carlistes et Lout ce que l'Espagne a dépensé pour maintenir sa souveraineté sur l'île. (4).
Pas un centime n'a été distrait de ces sommes colossales, pour
(1) La Constituante indigène chargée d'élaborer la constitution de Cuba libre a pris, le 10 janvier 1901, la sage décision de répudier toutes les dettes contractées avant la promulgation de cette constitution, excepté celles afférant à la révolution de 1895.
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coopérer à l'œuvre de civilisation et de progrès Les générations à venir devront hériter des charges, sans compensation ni profit: L'Espagne n'a rien fait pour encourager le développement de la production et de l'industrie dans l’île ; elle n'a même pas songé à lui laisser une certaine vilalité pour pouvoir au moins continuer à l'exploiter avec profit ! »
L'organisation économique de Cuba était, en eflet. des plus simples : le pays produit pour l'exportation et importe presque tout ce qu'il consomme ; il fallait donc qu'il ne füt ni écrasé par des impôts trop lourds, ni gêné dans ses relations commerciales, afin de pouvoir acheter à de bonnes conditions et vendre de même. L'Espagne prit juste le contre-pied des mesures nécessaires : elle traita Le tabac en ennemi, infligea des droits à la production sucrière, entrava par des impôts excessifs l'exploitation minière ; pour couronner son œuvre, elle entoura Cuba d’un réseau de tarifs monstrueux plaçant la colonie à la merci du monopole ruineux des industriels et des négociants métropolitains, comme aux plus mauvais jours du pacte colonial.
« Pour qu'on puisse se rendre compte du monopole insensé de l'Espagne, rappelons que certains produits étrangers sont surchargés, comme droit d'entrée, dans la] proportion de 2.000 à 2.300 °/,, comparalivement au taux des articles de provenance espagnole!
Si, au moins, l'Espagne était un pays à industrie florissante, produisant les articles nécessaires à la consommation de. Cuba et à l’entrelien de ses industries spéciales, le mal, quoique grand, serait cependant en partie altténué, Mais tout le monde connaît l'état lamentable de l’industrie espagnole et l’impossibilité où elle se trouve de fournir à la colonie les produits que son travail réclame. 1] a fallu que les Cubains se résignent à se servir d'articles espagnols de mauvaise qualité, ou bien à payer un prix excessif ceux qui proviennent du dehors. »
Une telle administration ne pouvait qu'accumuler des ruines et des mécontentements. Mais l'Espagne, sans se soucier de cette situation, continua son triste système, cher-
lo
chant seulement à contenter les producteurs et eommercants de la Catalogne, à satisfaire ses militaires et ses bureaucrates. Quelques appointements paraîtront fantastiques :
Le gouverneur général de Cuba recevait 250.000 fr. par an; il avait un véritable palais, une résidence d'été, chevaux et voiture, et une caisse de fonds secrets.
Les appointements du directeur général des finances étaient de 92,500 fr. =
L'archevèque de Santiago et l'évêque de la Havane avaient, chacun, un traitement de 90.000 fr.
Le « commandant général de la marine » touchait 81.960 francs ; le général en second, 75.000 fr., ainsi que le président de l’Audiencia ; le gouverneur de la Havane, 40.000 francs : le secrétaire du gouverneur général, 30.000 ; l'administrateur général des Postes et Télégraphes. 25.000 fr.: l'administrateur des loteries et celui des douanes, 20.000 fr.: les chefs d'administration de première classe, 25.000 : de deuxième classe, 20,000 fr.
Les maréchaux de camp avaient 35.500 fr.: les généraux de brigade, 22.500 et 25.000, lorsqu'un commandement leur était confié ; aux colonels revenaient 15.250 fr., avec une augmentation, lorsqu'ils étaient chefs de corps.
Les capitaines de vaisseau ayant un commandement dans l’île gagnaient jusqu à 31.000 fr, : les capitaines de frégate, 22.800 fr. ; les lieutenants de première classe, 16,850 fr.
La plupart de ces fonctionnaires avaient, en outre, le logement et le service gratuits.
Venait ensuite la foule innombrable des petits employés, tous grassement pourvus et jouissant de toutes les facilités pour se pourvoir encore mieux,
C'est à Madrid, au ministère des colonies, auquel le trésor cubain assignait tous les ans 484.000 fr., que commençait la danse échevelée des capitaux de la colonie, On y gaspillait l'argent des contribuables de l'île, sans serupule ni responsabilités, des fois par impéritie, mais le plus souvent par un esprit honteux de lucre :
€ I a élé démontré que, par suile de l'incapacilé du ministre Fabié, la detle de Cuba s'est augmentée de 251.162.500 fr. Lors de son passage aux affaires, la Banque de France emprunta au Trésor cubain une somme de 100 millions, qui aurait dû se trouver à la disposition du ministre pour la fameuse opération du retrail des billets. Cuba, qui payait un inlérêl pour ces millions, continua à le payer lant que la Banque les utilisa.
En 1892, le ministre Romero Robledo prit dans les caisses de la Banque d'Espagne, sans aucune autorisation, cinq millious de francs, qu'il avança à la Compagnie Transallantique dont il était actionnaire. Menacé d'êlre traduit à la barre, il répoudit avec arrogance que ses prédécesseurs, de lous les partis, vieudraient le rejoindre... Les menaces s'évanouirent comme par enchantement,
Au mois de juin 1890, un scandaleux débat eut lieu aux Cortès, où l'on dévoila quelques-unes des fraudes commises au préjudice des finances eubaines. Il fut prouvé qu’un vol de 32.500.000 fr. avoit élé commis à la Caisse des Dépôts, quoique celle-ci fût fermée par trois clefs se trouvant entre les mairis de trois personnes différentes ! On apprit également que, pendant la dernière guerre, on élait arrivé à soustraire au Trésor, au moyen de faux états de vivres et de lransporis, une somme de {14.057.580 fr.
Au mois de mars 1395, le général Pando affirmait que les vols perpétrés, lors de l'expédilion des mandats, par la Commission de la Dette, excédaient 100 millions. »
Ce ne sont là que quelques faits saillants. Ces chiffres quoique respectables, représentent une faible part de ce qu'une administration vénale et sûre de l'impunité a pu soutirer aux travailleurs de l’île.
L'altération des documents, l’escamotage des recettes, les ententes secrètes avec les débiteurs récalcitrants, les exigences illégales du fisc envers certains campagnards inexpérimentés, le retard dans l'expédition des dossiers afin de forcer les gratifications furent autant d'artifices employés pour vider la bourse des contribuables et remplir les poches de Messieurs les fonctionnaires.
Ces faits honteux ont été, plus d'une fois, mis en lumière. On se montrait du doigt les prévaricateurs.
En 1891, il y eut à Cuba 550 employés poursuivis pour fraudes ; aucun ne fut condamné. D'ailleurs, comment le seraient-ils ? Ce n’est un secret pour personne que tout employé arrivant à Cuba possédait en Espagne quelque puissant protecteur dont il payait consciencieusement les services.
«La bureaucratie a de si profondes racines en Espagne qu'elle a réussi à se défendre avantageusement contre l'action de la justice elle-même. »
Plus d'un despote a cherché à faire oublier sa tyrannie par le bien-être matériel qu'il répandait autour de lui, par la sécurité qu'il assurait à ses sujets, par les libertés relatives qu'il accordait à certaines manifestations du progrès. Les Cubains étaient-ils redevables de quelques-unes de ces compensations au gouvernement inflexible de l'Espagne ? Le député Varona répond :
« La sécurité personnelle n’est, chez nous, qu’un mythe. Des hommes hors la loi et d’autres que la loi protège ont constamment disposé de la vie, de la tranquillité et de la propriété des habitants de Cuba. La gendarmerie, loin de protéger les campaguards cubains, leur a toujours inspiré une terreur instinctive. Sous les prélextes les plus fuliles, les membres de cette « corporation de paix » maltraitaient cruellement d'inoffensifs paysans et tuaient les prisonniers qu'ils élaient chargés de conduire.
Pendant que la police assassinait les habitauts pacifiques, les brigands erraient tranquilles et dévastaient impunément le pays, Malgré les 3 millions figurant au budget pour le service de la sûreté publique, il y a eu des contrées, comme la province de Puerto-Principe, où les habitants ont dû s'armer eux-mêmes pour donner la chasse aux bandits.
On a vu jusqu’à cinq et six mille hommes de troupes régulières poursuivant une poignée de malfaiteurs sur un territoire peu étendu, sans pouvoir réussir à s’en emparer. Le gouvernement en a été, le plus souvent, réduit à traiter avecles brigands, leur tendant un piège et les assassinant ensuite, »
Dans un pays où l’on gaspillait sans compter, pour entretenir la bureaucratie civile et militaire, le budget de l’ad-