‹ Étude historique sur le sort des indigènes dans les colonies d'exploitationChapitre 6 sur 32 · RE TA · texte numérisé non relu

RE TA

Devant la rapide décroissance des Indiens (1), les Espagnols imaginèrent d'attirer dans leurs possessions les indisènes des îles voisines. Ils y parvinrent, en employant la perfidie. Séduits par des promesses impies, des milliers de ces insulaires vinrent dans «la grande île », où ils ne trouvèrent que l'esclavage et la mort.

Le défaut de bras allait faire renoncer à l'exploitation des mines (2), et ces étranges colons, abandonnant l’agriculture, se transformaient sans peine en pirates, lorsqu'un moine, l’abbé de Las Casas, poussé par une philanthropie bizarre, proposa de substituer les nègres d'Afrique aux Indiens, pour avoir une main-d'œuvre gratuite plus abondante.

Dans l'organisation à demi-barbare des colonies espagnoles. l'ignorance était obligatoire, même pour la classe noble (3) ; une vanité invraisemblable, jointe à la corruption la plus effrénée, faisait considérer comme viles les professions les plus utiles aux agglomérations d'hommes policés. Enfin, comme trait particulier à cette administration qui restera fameuse dans l'histoire coloniale, il faut signaler le machiavélisme consommé avec lequel on sema la division parmi les divers éléments ethniques qui formaient la population subjuguée.

Hollandais et Russes.

Les Hollandais ont toujours été un peuple aventureux. autant qu'économe et industrieux. On a dit avec raison que la navigation était pour eux comme une production naturelle de leur pays. Bien avant leur séparation d'avec l'Espagne, ils étaient déjà « les rouliers et les facteurs de

(1) Une affreuse épidémie de pelite vérole vint encore s'adjoindre aux mauvais traitements.

(2) Des mines d'argent furent exploitées à Potosi (Bolivie) dés l'année 1545,

(3) Le vice-roi Gil de Lémus tenait, au Collège de Lima, ce lansage topique : « Apprenez à lire, à écrire et à dire vos prières ; c’est tout ce qu'un Américain doit savoir, » (Paul Leroy-Beaulieu),

l'Europe ». L'émancipation politique (1556) ne fit qu'exalter leur penchant naturel vers les entreprises maritimes; le roi Philippe IL, après la réunion du Portugal au royaume de Castille, leur ayant interdit toute relation avec ses sujets, ils résolurent d'aller chercher aux Indes même les marchandises qu'ils prenaient naguère à Lisbonne. Cette audacieuse tentative, couronnée de succès malgré le secret jalousement gardé par les pilotes portugais sur la route à suivre, permit de battre en brèche l'hégémonie commerciale du Portugal.

A la colonisation néerlandaise se rattache la fondation de la première grande Compagnie privilégiée, la célèbre Compagnie des Indes, prototype de toutes celles qui devaient se constituer plus tard en vue de l’exploitation des colonies.

Dans leur lutte commerciale contre les Portugais, les Hollandais eurent plus souvent recours à la ruse qu’à la force. Se présentant aux chefs et aux populations indigènes comme des commerçants qui ne poursuivaient que l'intérêt de leur trafic, ils surent habilement profiter de la haine que les Portugais avaient excitée partout. Vainqueurs de leurs rivaux, ils détruisaient les forteresses, au lieu de les prendre à leur compte ; évitant avec soin tout établissement continental, ils n’élevaient des comptoirs fortifiés qu'à l'intersection des grandes routes maritimes.

Ainsi donc, la colonisation néerlandaise se différenciait nettement, au début, de la colonisation espagnole et portugaise. Mais la Compagnie des Indes, faisant litière de la saine maxime nationale : « Vivez et laissez vivre les autres », dont l'intelligente pratique avait si largement accru la prospérité de la Hollande, vint inaugurer une politique d’exactions et de tyrannie qui fut désastreuse et pour la métropole et pour les colonies.

Adam Smith a minutieusement décrit l'influence mauvaise qu'exercèrent les grandes Compagnies sur les populations soumises à leurs pouvoirs régaliens. Leroy-Beaulieu, d’autre part, affirme que, de toutes les Compagnies privilégiées, celle de Hollande fut la moins scrupuleuse : « Corrompue

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