‹ Étude historique sur le sort des indigènes dans les colonies d'exploitationChapitre 7 sur 32 · PB · texte numérisé non relu

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par l'avidité mercantile, d'autant moins réservée qu'elle avait moins d'ambition et de goût pour la gloire et qu'elle subordonna toujours son rôle de souveraine à son rôle de marchande, elle écrasa les indigènes sous le joug de la plus odieuse tyrannie. » La Compagnie s'était proposé un double but restrictif dans les colonies : limiter la production, afin de conserver son monopole commercial ; limiter la population, pour rendre sa surveillance plus aisée.

Toutefois, ce despotisme pesa moins durement sur les indigènes que celui des Portugais et des Espagnols, parce que les Hollandais, moins enclins au fanatisme religieux, n'ajoutaient pas un surcroît de torture morale aux mauvais traitements que la barbarie des temps faisait infliger aux indigènes sans défense, sous le fallacieux prétexte de leur garantir le bonheur céleste. Puis, le mode d'exploitation adopté rendait l'esclavage presque inutile dans les colonies néerlandaises. Négligeant toute culture intensive qui réclamerait beaucoup de main-d'œuvre, on se bornaïit, en effet, à recueillir le produit des arbres à épices dont la nature avait abondamment pourvu ces iles.

Il y a cependant une restriction à faire. La Compagnie des Indes, contrairement au système appliqué dans les îles de la Sonde, fonda au Cap de Bonne-Espérance une véritable colonie agricole. L'historien anglais Merivale dénonce, au nombre des causes qui retardèrent le développement de cette colonie au sol si fertile, la politique de violences suivie à l'égard des Hottentots. Le premier gouverneur hollandais du Cap écrivait à la Compagnie que, du haut des murs de sa forteresse, il contemplait les nombreux troupeaux des indigènes, « plein d'étonnement sur les vues de la Providence qui faisait de si riches dons à ces païens »; et il ajoutait : «Si nous y eussions été autorisés, nous aurions pu leur prendre dix mille têtes de bétail ; d’ailleurs, l'occasion se représentera, si nous obtenons des ordres à cet effet, el nous aurons d'autant plus de facilités que les indigènes auront pris confiance en nous. » La Compagnie accor-

da-t-elle l'autorisation sollicitée? Cela est plus que probable. En tout cas, il est un fait certain : c'est que les Hottentots furent toujours inhumainement brutalisés, par les Hollandais comme par les Anglais (1).

Une seconde Compagnie hollandaise, dite des Indes occidentales, obtint, en 1621, le privilège du trafie avec toute l'Amérique. Cette Compagnie avait aussi un double objectif : faire de la contrebande et fonder des colonies. Elle s’'empara des petites îles de Curaçao et de Saint- Eustache qui, déclarées ports francs, servirent d’entrepôts pour un commerce interlope avec le continent américain. Après avoir conquis et perdu le Brésil, fondé la Nouvelle- Amsterdam, qui devait devenir la cité de New-York, et avoir eu l'occasion de reconnaître, dit l’économiste Heeren (2), que « la piraterie et les guerres sont des moyens peu solides pour la création de grands établissements commerciaux », la Compagnie des Indes occidentales parvint à transformer la terre malsaine et ensablée de Surinam en une des plus belles colonies du monde. Malheureusement, là encore, les traitements barbares infligés aux noirs, très nombreux dans cette colonie, ont souillé le succès de cette brillante entreprise. « Les nègres, dit Leroy-Beaulieu, furent traités à Surinam avec une extraordinaire rigueur : le Code noir de 1784 est bien le plus honteux monument de la tyrannie et de l'injustice humaine (3). »

(4) Leroy-Beaulieu, op. cit.

(2). Heeren, Idées sur Les relations politiques et commerciales des anciens peuples de l'Afrique.

(3) Enregistrons à cet égard l'aveu du capitaine f.-G. Stedman, officier anglais qui fit partie d'un régiment de cinq cents volontaires européens envoyés à Surinam en 1773 pour combattre les indigènes révoltés : « En faisant voir la colonie de Surinam inondée du sang des nègres, la vérité me force à déclarer que les Hollandais ne sont pas seuls coupables de cette horrible effusion. Cette colonie renferme des individus d’autres nations, qui s'y livrent aux actes de la barbarie la plus constante et la plus effrénée, » (Voyage à Surinam, t. L‘', p. 3. Traduit de l'anglais par P.-F. Henry).

Les Boërs, ces rudes rejetons de la souche néerlandaise, ont

Par une singuliere omission. la plupart des ouvrages qui traitent de Ja colonisation chez les peuples modernes ont laissé de côté l'histoire pourtant assez ancienne et particulièrement intéressante de l'expansion des Russes en Sibérie. Marcel Dubois, qui relève cette omission. l'explique par ce fait que les études consacrées à la colonisation ne visent généralement qu'un seul mode de cet acte complexe ; il voit. du reste, dans cette manière de juger, «une habitude d'esprit propre aux peuples maritimes de l'Europe occidentale, chez lesquels s'est écrite, en majeure partie. l'histoire systématique de la colonisation »., et aussi la marque de l'influence prépondérante que les économistes politiques anglais ont exercée par leurs actes et leurs publications.

Les Russes onL eu à organiser une très pénible navigation sur les mers polaires et sur les fleuves sibériens, et il n’est que juste de leur en reconnaitre le mérite, alors que lon compte à l'actif de la colonisation anglaise les tentatives faites, au seizième siècle, pour gagner la Chine par les mers septentrionales d'Europe et d'Asie.

Nous n'avons, d’ailleurs, pas à nous étendre longuement sur la colonisation russe, car elle ne possède jusqu'ici qu'un seul établissement qui puisse être rangé dans la catégorie des colonies d'exploitation : c’est le Turkestan.

Ce furent des Cosaques, mi-soldats. mi-commerçants. qui, chassant des animaux à fourrures, révélèrent aux Russes. vers le milieu du seizième sivele, les immenses régions d'au-

malheureusement repris cette politique de massacres et de spoliations, en s’'emparant d'une partie du pays des Cafres et des Hotten- Lots qu'ils baptisèrent « Orange » et « Transvaal ». Ils en ont été bien punis par la désaffection des indigènes, dont les bandes aguerries eussent élé pour eux d'un grand secours dans la Intte admirablement opiniälre qu'ils ont soutenue contre toutes les forces disponibles de l’Angleterre. On doit espérer que, rendus plus humains par le malheur, ils reconstitueront leur vivace nationalité sur un fondement plus équitable.

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