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dela de l'Oural. Les tsars concurent immédiatement l'idée de rendre tributaire le Xhan, chef tartare de l'Obi, pour percevoir l'impôt en nature à sa place ; la cavalerie russe passa donc la montagne et, sans plus de formalités, s'empara de Sibir, la capitale du Khan, qui dut reconnaitre la suzeraineté des O van. Les Cosaques chevauchèrent dans tout le pays durant une cinquantaine d'années, mais ce fut une reconnaissance militaire intermittente plutôt qu'une occupation proprement dite.
Avec Pierre-le-Grand seulement s’atlirma réellement l'idée d'une politique coloniale en Russie, et, depuis lors, l'œuvre de pénétration s'est poursuivie méthodiquement.
L'expansion russe ne s'est pas accomplie partout avec autant de facilité qu'en Sibérie et en Transcaucasie. Les pacifiques peuplades de ces pays se sont soumises sans résistance et ont tout de suite commencé à fusionner avec les envahisseurs ; mais, dans d'autres régions. aux îles Aléoutiennes nolamment, les Russes n'ont eu raison des populations indigènes qu'en les exterminant ou en les déportant en masse.
C'est surtout par des travaux publics opportunément entrepris que le gouvernement moscovite cherche, d'ordinaire, à se concilier la bénévolence des indigènes. Dans un pays auquel ilmanque moins l'initiation agricole et industrielle que des voies de communication ou un réseau d'irrigation, quelques kilomètres de rails posés, quelques mètres cubes d’eau habilement amenés aux terres fertiles qui les attendent, doivent nécessairement avoir pour effet de grandir les conquérants dans l'esprit des populations et de combler peu à peu le fossé de sang qui les sépare. Les Russes l'ont très bien compris el” ils recueillent largement les fruits de cette politique avisée, qui les rend sympathiques, malgré la brutalité coutumière de leurs prises de possession.
Négligeant la colonisation des petits peuples, tels que le
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Danemark et la Suede, qui n'offre d'ailleurs rien de bien particulier, arrivons aux deux grandes puissances qui, depuis 400 ans, sont à la tête de la civilisation et dont la perpétuelle rivalité a déjà fourni de si sombres chapitres à l'histoire des colonies.
Français et Anglais.
Un auteur contemporain, Jules Duval (Les Colonies et la politique coloniale de la France) attribue aux Français la première initiative de colonisation moderne. « Des marins dieppois », raconte-t-il, &« armèrent en 1364 deux navires de 100 tonneaux chacun. qui firent voile vers les Canaries déjà découvertes, arrivèrent au Cap-Vert, mouillèrent dans une baie qu'ils appelèrent Baie de France, parcoururent la côte de Sierra-Leone. s'arrêtèrent dans un lieu qu'ils nommèrent Petit Dieppe (plus tard Rio-Sestro), échangèrent avec les naturels, contre leurs propres marchandises, de l'or. de l'ivoire, du poivre, dont ils tirèrent de grands profits à leur retour en Normandie. L'année suivante, les marchands de Rouen s'unirent aux marchands de Dieppe : quatre de leurs vaisseaux abordent en un lieu qu'ils nommèrent Paris (plus tard Grand-Sestre) et trafiquèrent jusqu'à la Côte-d'Or. »
Leroy-Beaulieu estime que c'est pousser un peu loin l’amour-propre national. Des voyages de découverte et de trafic, de simples comptoirs fondés pour le troc, des noms de la patrie donnés à des rives étrangères, ne suflisent pas, dit-il avec raison, pour constituer des colonies.
Les relations commerciales de la France avec l'Afrique (Sénégal et Guinée) ne devinrent sérieuses que vers la fin du xv® siècle ; elles s’accrurent considérablement dans le cours du xvi°, si bien qu'au début du xvn: siècle, la France dépassait de beaucoup la Hollande et l'Angleterre par le nombre et l'importance de ses établissements d'outre-mer. Malheureusement pour eux, les Français se contentaient, le plus
souvent, de visiter les pays nouveaux sans songer à les occu-
per, de sorte que leurs entreprenants rivaux n’eurent pas de peine à les supplanter.
La France, on le sait, ne fut guère heureuse dans ses fondations de colonies de peuplement. Les premiers colons français en Amérique, au lieu de condenser leurs efforts dans de fructueuses entreprises agricoles et commerciales, gaspillèrent leurs ressources et leur énergie dans des chasses et des explorations aventureuses. Par contre, les colonies d'exploitation françaises atteignirent dans les Antilles, principalement à Saint-Domingue, un degré de prospérité demeuré légendaire.
Voici, d'après l'historien Caillet, la genèse de ces colonies des Antilles:
« Un petit gentilhomme de Normandie, Belain d'Esnambuc (1), partit de Dieppe, en 1625, sur un brigantin portant quatre pièces de canon, quelques pierriers et cinquante hommes ; échappant à la poursuite d’un galion d'Espagne, il se jeta sur l’île de Saint-Christophe. Il revint en France, au bout de deux ans, pour solliciter des secours de la Couronne. Il étonna tellement la cour par son faste, que le cardinal Richelieu, ayant favorablement écouté l’exposé‘qu'il lui fit des richesses qu'on pourrait tirer de ce pays, autorisa la création d’une Compagnie dont l'acte d'association fut passé le 24 octobre 1626 ». La même commission autorisait l'exploitation de la Barbade.
Quelque temps après, la Guadeloupe et la Martinique furent occupées par les capitaines L'Olive, du Plessis et Duparquet, qui se distinguërent surtout par une œuvre de destruction et de mort à laquelle leurs noms restent sinistrement attachés.
En 1632, d’autres aventuriers sans patentes s'étaient établis sur la côte septentrionale de Saint-Domingue (2), abandon-
(1) Paulmier de Gonneville, qui découvrit Madagascar, en 1502, était aussi un capitaine normand.
(2) Leur quartier-général était l'ile de la Tortue.
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née par Les Espagnols. Ils passaient leur vie à la chasse et reçurent le nom de boucaniers, parce qu'ils avaient l'habitude de faire sécher à la fumée la viande des animaux tués. Mais s'étant aperçu que la piraterie offrait une occupation plus lucrative que La poursuite du bétail sauvage, ils s'adonnèrent à cette nouvelle « industrie », qui leur valut le nom de flibustiers. Après des luttes épiques contre les Anglais et les Espagnols, ils parvinrent à rester seuls. maîtres de la plus grande partie de l'ile.
Les colonies françaises des Antilles eurent donc pour origine les méfaits d'aventuriers sans foi ni loi, avides de faire fortune per fas el nefas. Le pouvoir métropolitain n'apparaissait qu'au second plan, « comme une puissance d'apparat, dénuée presque de toute influence réelle ». Ces terribles colons, qui ont tout fait pour mériter l'appellation de « bandits » que leur décerne Adam Smith avec une générosité un peu suspecte, avaient du patriotisme une conception toute particulière : ils étaient toujours disposés à renier la métropole et à prendre pour protecteur le gouvernement le plus puissant.
Contrairement à l'opinion exprimée par Alexandre Dumas père dans une boutade célèbre, nous pensons qu'il n'est jamais permis de « violer l'histoire », mème pour « lui faire un enfant ». Aussi n'éprouvons-nous aucune gène à reconnaître que l'Angleterre a très bien débuté dans la carrière coloniale. Les premiers Anglais qui partirent des îles Britanniques pour chercher au-delà de l'Océan des conditions de vie meilleures ne furent, en effet, ni des aventuriers, comme les conquérants d'Espagne, de France et du Portugal ; ni des mercantis, comme les rouliers de Hollande : ce furent des agriculteurs et des artisans, en un mot, de vrais colons. Doués d'un esprit pratique, ce qu'ils cherchaient avant tout, c'était des terres à cultiver, pour l'occupation des bras que
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la crise économique résultant d'une trop brusque transformation agricole laissait sans travail dans la mère-patrie.
Le peuple anglais tout entier partageait, alors, les vues si pleines de bon sens politique émises par le chancelier Bacon, dans son remarquable ouvrage sur la colonisation (Essay on plantation) : & I ne faut coloniser, disait-il, que sur un sol vierge, et non sur une terre qui ne peut devenir vacante que par l'extermination des indigènes. » L'éminent homme d'Etat tenait en médiocre estime la recherche des métaux précieux, «€ parce que l’appat de la loterie qu'offre leur découverte détourne les colons des travaux longs et patients. »
Que nous sommes loin des principes et des procédés préconisés et appliqués de nos jours par le pontifes plus ou moins amoraux de la Greater britain!…
Le développement inouï de la puissance coloniale de l'Angleterre est dû, en majeure partie, à un concours de circonstances fortuites. Jusque vers le milieu du seizième siècle, rien ne faisait prévoir l'avenir de la Grande-Bretagne. Les Anglais n'ont pris conscience de leurs forces que petit à petit, à mesure que la nécessité leur en a indiqué l'emploi. « On répète trop volontiers, dit Marcel Dubois, que l'Angle. terre est un bloc de fer et de houille au milieu de l'Océan. Ce fait, que la Grande-Bretagne est une île, n'a joué presqu'aucun rôle dans l’histoire anglaise avant le seizième siècle, où les Anglo-Saxons ont seulement commencé, grâce aux découvertes maritimes (faites par d'autres peuples), leur véritable éducation de navigateurs et de commerçants. »
Les premières colonies anglaises furent fondées en 1578, par Humphrey Gilbert et Walter Raleigh, qui avaient obtenu de la Couronne la proprété perpétuelle de toutes les terres qu'ils découvriraient, à la seule condition d'y former un établissement dans les six ans (1). Ce fut surtout aux dépens de
(4) Les colonies anglaises se divisaient, originairement, en trois catégories : les colonies de propriétaires, les colonies à charte et les ‘ colonies de la Couronne. Les colonies de propriélaires étaient fon-
l'Espagne que l'Angleterre agrandit son domaine colonial. Après la destruction de « l'invincible Armada », à laquelle contribuèrent si activement des pirates et des flibustiers avérés, tels que Drake, Hawkins et Oxenham, le partage des mers où rayonnait l'influence hispano-portugaise s'opéra entre l'Angleterre et la Hollande, son alliée ; l'Angleterre prit l'Atlantique pour sa part.
Si grands que fussent les avantages offorts aux colons dans les établissements anglais, ils ne suflirent pas pour y attirer tous les bras dont les Anglo-Américains avaient besoin.Pour accroître la main-d'œuvre, on eut d'abord recours à la déportation des criminels. Cromwell, le premier, imagina de vendre les condamnés politiques aux planteurs des colonies: Jacques IT suivit cet exemple et vendit pour 10 ou 15 shellings les mécontents et les suspects de son royaume. Au xvi® siècle, la déportation des criminels ordinaires était devenue d'une pratique régulière. Mais ce n'était là qu'un faible appoint pour la population coloniale. Les conpvicts exercèrent, d'ailleurs, sur les mœurs de ces jeunes sociétés, une influence tellement pernicieuse que plusieurs colonies s’opposèrent à leur importation sur leur territoire. On fit alors appel aux émigrés par engagement.
Les émigrés par engagement (indented servants) étaient des Européens libres que des « spéculateurs coloniaux » recrutaient en Angleterre et en Allemagne et à qui on avancait les frais d'émigration contre l'engagement d'une servitude personnelle temporaire. Une branche d'industrie nouvelle se fonda pour le raccolement et le transport de ces émigrants, plus ou moins volontaires. Les frais de passage
dées par des particuliers appartenant aux elasses élevées de la nation et qui avaient obtenu de la Couronne, soit moyennant finances, soit par concession gracieuse, l'exercice des droits régaliens dans les pays qu'ils voulaient mettre en valeur. Les colonies à charte étaient l'œuvre et le domaine de grandes Compagnies privilégiées. Quant aux colonies de la Couronne, «'élaient celles où l'initiative privée des émigrants avait créé des établissements dignes d’être protégés. (Paul Leroy-Beaulieu).
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ne dépassaient pas 9 à 8 livres sterling, et le travail exigé pendant toute la durée de l'engagement (1) recevait une rémunération forfaitaire de 40 à Go livres. Des agents spéciaux (redemptioners), opérant dans les principaux ports d'Europe, alimentaient ce trafic qui donna lieu bientôt à des abus tellement scandaleux que le Conseil privé d'Angleterre dut l'interdire en 1686.
La condition des émigrés par engagement variait avec les diverses colonies, mais elle constituait partout un véritable servage. L'émigrant devait être nourri et vêtu, mais il n'avait droit à aucun salaire ; il lui fallait obtenir l'autorisation du maitre pour se marier, et celui-ci avait la faculté de le céder à un autre employeur ; enfin, la durée du service était prolongée à la suite de toute tentative faite en vue de s’y soustraire. Ce système d'exploitation ne produisit pas les résultats qu'on en avait espérés. Un colon, après de grandes dépenses pour se procurer des serviteurs de cette sorte, se les voyait soutirer par un voisin offrant des gages plus élevés ; l'impuissance des autorités coloniales rendait diflicile la sanction des contrats et, d'autre part, l’on avait quelque scrupule à infliger à ces demi-esclaves européens les horribles traitements qu’on allait faire subir aux malheureux noirs d'Afrique.
Malgré les principes religieux qu'ils professaient, les fondateurs des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, dès qu'ils crurent y trouver un intérêt, déployèrent autant, sinon plus de cruauté que les Portugais et les Espagnols dans l'œuvre d’expropriation des indigènes. Tant qu'ils furent peu nombreux, ils témoignèrent une grande bienveillance aux Indiens ; mais aussitôt qu’ils eurent la certitude d’être les plus forts, ils commencèrent la guerre d'extermination.
Cette peu honorable tradition n'a été que trop bien continuée par les Américains, dignes descendants et successeurs des Anglais.
(1) Cet engagement était, ordinairement, de trois ans — d’où le nom de trente-six mois donné à ces émigrés dans quelques colonies.