ORIGINES DES SOCIÉTÉS
horde ; mais il semble au moins téméraire de conclure de certains renseignements isolés, à l'universalité, dans les Etats primitifs, de la parenté communistique (i); au contraire, les plus divers régimes ont pu coexister dès l'origine, et si l'on veut chercher des exemples dans la nature, chez les animaux, la famille est organisée sous les formes les plus variées, communistiquement chez la plupart, maternellement chez les abeilles et les fourmis, paternellement chez certains poissons (2). Il a pu en être de même dans l'humanité, telle race a pu pratiquer le système communistique, tandis que telle autre, dans la même période historique, pratiquait le système paternel, et telle autre, le système maternel.
On ajoute: la seconde forme générale fut le maternicat : sans doute, ce régime a été très répandu ; les légendes qui s'y rattachent, les traditions religieuses et poétiques dont 'l'influence et la durée furent considérables, renferment quelque chose de profondément réel et racontent plus d'un fait positif; d'autre part les renseignements que nous fournit la science, sont indiscutables, mais il n'y a pas là, semble-t-il, lieu, de conclure à la générahté.
La substitution du paternicat au maternicat, dit-on enfin, fut universelle et elle était nécessaire à l'évolution sociale.
(i) Bridel. La Femme et le Droit, p. 5o sq. (2) Espinas. Les Sociétés animales.
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On invoque, pour démontrer le premier point, la plus grande force musculaire de Fhomme; mais le maternicat a pu s'établir au sein des populations vivant à letat de paix ou suffisamment isolées pour n'être pas exposées aux guerres perpétuelles qui sévissaient ailleurs; le paternicat aurait, au contraire, dominé chez les peuplades guerrières où les femmes, associées au groupe, étaient le plus souvent prises à la guerre (i).
On invoque, sur le second point, la très grande majorité des sociétés fondées sur le paternicat; mais on peut remarquer que l'état de guerre domine à l'origine, et que, si la plupart des civilisations antiques partirent du régime patriarcal, il en exista au moins une, et non la moins développée, que la situation toute privilégiée des femmes semble autoriser à faire dériver du maternicat : la civilisation égyptienne prouverait que le régime du maternicat n'est rien moins qu'un stade transitoire d'évolution, mais qu'une société fondée sur une pareille base a pu fournir au développement d'une civilisation avancée.
Il est presque inutile de chercher un droit pour la femme dans le groupement tout à fait inférieur de la horde ; dans ce régime primitif, il n'y a et il n'y peut avoir de régie que la force brutale ; la parenté est communistique entre tous les membres de la tribu ; les rapports de tribus à tribus sont purement de guerre et de pillage ; s'il y a société, il n'y a pas encore
(i) Bridel. Op. cit., p. 5i.
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d'organisation étatique, ni gouvernement, ni administration, ni même de fonctions distinctes; la position de la femme, en ces ébauches de groupements, ne peut être que celle d'une capture. Le vainqueur a sur sa proie un droit absolu ; il aurait pu la tuer, la manger, il a le droit d'en faire son esclave, de la faire travailler pour lui, de la renfermer chez lui, il a sur elle, droit de \ic et de mort.
11 faut arriver aux groupements supérieurs fondés sur le patci'nical ou le malcrnicat pour reconnaître ks clcmenls coiisfilutifs de ff^tal. cl y rechercher la position ec(jnomique des individus.
Celle de la femme est très différente, suivant que la société est fondée sur l'un ou sur l'autre de ces deux principes : au premier cas, elle a des droits au moins égaux à ceux de l'homme, au second, le principe, à l'origine est presque la continuation de l'esclavage du régime de la horde.
SECTION PREMIÈRE
POSITION ÉCONOMIQUE DE LA FEMME DANS LES SOCIETES FONDÉES SUR LE MATERNICAT.
La notion d'équité qui domine essentiellement tout développement juridique et dirige, au milieu d'obstacles de faits accidentels et passagers, toute évolution sociale, trouve un champ d'application plus immédiat et plus fécond dans le régime du maternicat ; soit qu'il ait été adopté en des pays où la force musculaire des femmes n'était pas sensiblement différente de celle des hommes, soit qu'il se fût produit au sein de populations paisibles ou isolées des autres tribus guerrières, en sorte que la condition d'existence et de prospérité ne dût pas être nécessairement la prédominance de la force et l'assujettissement des individus à un chef, ce régime fait à la femme une situation en harmonie avec sa qualité de personne humaine, il lui donne des droits égaux à ceux de l'homme.
Le caractère primordial du maternicat est celui-ci : la femme y est le principe d'unité et de cohésion, le
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lien qui groupe les individus en famille, les familles en sociétés. Les généalogies se comptent par les femmes, les enfants suivent la condition de leur mère :
« Les Lyciens, dit Hérodote (i), ont une singulière coutume, qui leur appartient en propre : ils se nomment d'après leur mère et non d'après leur père ; si on demande à un Lycien qui il est, il indique sa généalogie du côté maternel, en énumérant sa mère et les aïeules de sa mère ; si une citoyenne s'unit à un esclave, les enfants sont nobles ; mais si un citoyen, fût-il du rang le plus élevé, prend une femme étrangère ou une concubine, les enfants ne jouissent pas des honneurs. »
Cette singulière « coutume » des Lyciens existe chez de nombreux peuples de l'antiquité; Polybela mentionne chez les Locriens (2) ; on en trouve des traces dans l'Egypte ancienne, qui paraissait aux historiens grecs, un « monde renver-sé » ; dans l'ile de Crète, on disait la matrie, pour la patrie (3). On retrouve le même régime chez les Bretons du temps de César, et actuellement, chez beaucoup de peuplades d'Afrique, d'Amérique et d'Océanie (4). Au fait familial de la parenté par les femmes, s'ajoutent des faits de l'ordre religieux : telle, la donnée féminine de la rehgion de la