Chapitre Premier Sociétés primitives
Sous l'influence de la notion d'équité, non combattue et refoulée par le despotisme de la force physique, la femme compte dans le groupement social au même titre que l'homme ; elle participe comme lui au gouvernement, et quand elle en a la force, à la défense ; elle est associée à tous les actes sociaux et religieux. Ainsi, dans la Grande-Bretagne, au témL)ignage de Tacite (i) les femmes portaient les armes : « Boudicée, la femme du roi des Icéniens, lors de la bataille livrée par les Bretons à Suétonius PauUinus, tenait ses deux lilles devant elle sur son char, et à mesure qu'elle passait devant les différentes nations, elle s'écriait que les Bretons étaient accoutumés à combattre femina-
(I) Ann. XIV, 35.
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ritm ductu (i). » Les Bretons choisissaient indistinctement leurs chefs dans l'un et dans l'autre sexe, « neque enim sexum in imperiis discernunt », nous dit encore Tacite (2); « Tv'mohsiwie?,.,. femina duce exurere coloniam, expugnare castra (3) ». Chez les peuples modernes qui ont adopté le régime du maternicat à Taïti, aux îles Marquises, en Australie, dans plusieurs tribus de la Nouvelle-Zélande, les femmes participent à tous les travaux des hommes ; elles conduisent les pirogues, siègent dans les conseils, commandent les armées (4) ; le roi des Achantis, dans IVVfrique occidentale, le roi de Dahomey dans l'Afrique centrale, ont des gardes du corps féminins, régiments exclusivement recrutés parmi les femmes et commandés par elles (5). Au point de vue religieux, la femme en ces sociétés, exerce des fonctions sacerdotales au même titre que l'homme elle offre le sacrifice avec celui-ci ; elle a sa place marquée dans les cérémonies, elle est chargée de certaines fonctions (6).
Ces quelques exemples suffisent pour marquer la position économique de la femme dans les Sociétés fondées sur le maternicat; elle n'est pas différente de
(i) Duverg-er. Cond. pol. et civile des femmes. Rev. pr. de dr. fr., 1869, I p. 296 sq.
(2) Vie d'Agricola, XVI.
(3) Id. XXIX, XXXI.
(4) Gide. La cond. privée de la femme.
(5) Aug. Bébel. La femme dans le passé, le présent et l'avenir
(6) G. Breuillac. Loc. cit.
celle de l'homme, et le principe, développé au cours d'une civilisation régulière, aboutirait sans doute à donner aux femmes un libre accès à toutes les fonctions et sans omettre les fonctions publiques. Cette induction, qui peut-être paraîtrait une pure hypothèse, si on s'en tenait à la théorie de ceux qui ne voient dans le maternicat qu'un degré intermédiaire entre le régime de la horde et celui du paternicat, reçoit cependant une vérification qui, semble-t-il, lui donne presque la valeur d'une certitude, dans les faits que constatent et que révèlent, les documents récemment étudiés de l'ancienne Egypte.