LE GERMANISME. I I
l'on ait assés des autres homes qui puissent fere jugement (1) ». — En même temps, c'est un droit qu'on ne
peut pas lui retirer « se li sires l'en voloit déporter
et li per requeroient qu'ele y venist ou envoiast si doit li sires obéir à lor requeste ».
2. — La femme seigneur de fief a le droit de rendre la justice, elle exerce la fonction de juge. Ce droit, sous l'influence du germanisme et en dépit des protestations canoniques, fut aussi absolu que celui des hommes. Sur ce point, les témoignages sont nombreux ; pour l'Italie, c'est Muratori qui nous a conservé une foule de diplômes du ix^' au xii° siècle, dans lesquels on voit agir en souveraines, des femmes maîtresses de seigneuries importantes ; telle, l'impératrice Angilberge, femme de l'Empereur Louis II, la duchesse Béatrice, la comtesse Mathilde (2). Pour la France, Mahaut, comtesse de Flandre, sous le règne de Louis le Hutin. siégea dans le procès fait à Robert d'Artois; dans l'arrêt du comte deClermont, en Beauvoisis, adjugé au roi saint Louis par la cour des Pairs, la comtesse de Flandre est nommée entre les pairs présents. Le clergé lui-même dut s'incliner devant cette coutume; Innocent III constate et reconnaît que, en France , les suzeraines ont plein droit de justice (3). Yves de Chartres, dans une de ses lettres,
(i) Beaumanoir. Loc. cit.
(2) Murât, antiq. medii asvi, cité dans Laboulaye. La Condition politique des femmes. V, i.
(3) Laboulaye. Loc. cit., p. 446.
I lu LE MOYEN AGE.
dit avoir renvoyé des plaideurs devant la comtesse de Champagne ; Chantereau Lefebvre , en son Traité des Fiefs, nous a conservé de nombreux arrêts du xiir' ou xiv'^ siècle qui émanent de femmes seigneurs de fief; enfin, Louis le Jeune, écrivant à la vicomtesse de Narbonne, lui mande que, étant admise par les usages du royaume, non seulement au fief, mais aussi à l'exercice de la justice, qui en dépend, elle ait à se conformer aux usages de France (i).
Le moyen âge , succédant au monde antique et riche déjà, au premier stade de son évolution, de tout le progrès acquis en la pratique des précédentes civilisations, s'ébauchait ainsi sur le principe de Tégalité des individus ; égaux devant Dieu ; ils devaient être égaux en droit ; sur 'le principe de la personnalité humaine ; la femme, en qualité d'être moral, devait avoir les mêmes droits que l'homme ; les premiers degrés parcourus le montraient réalisant déjà ces principes : égal acdès pour tous à toutes les fonctions , publiques et privées, spirituelles et temporelles.
Le christianisme et le germanisme allaient achever, en une progression constante de l'idée de justice, ce qu'avait commencé l'évolution antique : inais le germanisme se heurta aux textes du Dii-'cste. cl le christianisme rencontra les doctrines juives. L'esprit du
(i) Laboulaye. Loc. cit.