‹ Étude historique sur les professions accessibles aux femmes: Influence du sémitisme sur l'évolution de la position économique de la femme dans la sociétéChapitre 30 sur 58 · PROFESSIONS COMMERCIALES ET INDUSTRIELLES. I4I · texte numérisé non relu

PROFESSIONS COMMERCIALES ET INDUSTRIELLES. I4I

En sorte qu'on peut poser comme principe général, que dans l'ancien droit, à part les exceptions mentionnées, on ne recevait pas de femmes dans les communautés de marchands et d'artisans.

Toutefois, il y était fait une certaine place à certaines femmes : les filles de maîtres avaient le privilège de communiquer la maîtrise à celui qu'elles épousaient ; les veuves pouvaient continuer le commerce et métier, tant qu'elles restaient en viduité (i), mais elles ne pouvaient le faire que s'il s'agissait d'un métier ne nécessitant aucun savoir particulier: et dont l'exercice ne présentait aucun danger pour la sécurité publique ; pour ceux-ci, elles n'avaient qu'un droit, celui de louer leur charge. Tels étaient le métier de chirurgien, retiré aux femmes, vers le xv^ siècle, le métier d'épicier-apothicaire (2). D'autres métiers étaient accessibles aux femmes, à condition qu'elles fussent filles ou femmes d'ouvriers ayant exercé* le même métier: tels, entre autres, le métier de corroyeur (3), le métier de marchand de poissons (4).

(1) Lettre du Prévost de Paris du 17 janvier 1476, sur le mestier de saulcissier et charcutier.

Lettre de Charles IX d'avril 1667, contîrmant des statuts donnés aux vinaigriers. Art. 19.

Lettre d'Henri IV, novembre 1099, confirmant les statuts des jardiniers. (E. Boileau. Le Livre des métiers, 2^ partie.)

(2) Lettres patentes de Charles VIII, août 1484. (E. Boileau. Loc. cit.)

(3) E. Boileau. Le Livre des métiers. I. LXXXVII, art. 8-9,

(4) I. C, art. 5. Op. cit.

Concliisiun.

Le moyen âge, qui aurait dû clore la série des termes constituant l'ensemble du progrès accompli dans les sociétés fondées sur le paternicat, laissa une brèche ouverte à Tenvahissement de Tesprit traditionnel. La notion d'équité qui caractérise les institutions d'une civilisation achevée, le principe d'égalité qui manifeste le progrès réalisé, s'affirmant plus entiers de l'Orient à la Grèce, de la Grèce à Rome, des textes à la pratique, allaient passer des mœurs acceptées, dans de nouveaux textes législatifs, de la coutume acquise, dans des lois libérales, expression de l'esprit du progrès : la renaissance de l'esprit traditionnel vint détruire l'œuvre d'une évolution de douze siècles.

Les principes religieux de la Bible et du Talmud remis en honneur par les Pères de l'Eglise et les conciles, firent de la doctrine du Christ, qui devait être un instrument de progrès destiné à poursuivre et à élargir la voie ouverte par la religion de l'empire romain, un moyen de réaction et de recul, jusqu'aux primitives dispositions établies par le despotisme patriarcal des premiers âges. La renaissance juridique, qui eût dû fournir des formes scientifiques destinées à exprimer et à affermir en lois fixes, les institutions nouvelles en harmonie avec le progrès accompli, imposa le fond traditionnel de ses vieux textes tombés en désuétude, mais forts de leur précision. Elle entraîna la défaite des

idées progressistes n'a3^ant en leur faveur que Téquité et la justice non écrite. Enfin, la tradition trouva des armes jusque dans la renaissance des lettres : tandis qu'il n'était pas de traces écrites de l'évolution accomplie en les civilisations antiques, et des conquêtes effectuées dans la pratique, par l'esprit du progrès, celle-ci pouvait s'appuyer non seulement sur des textes de loi et sur des préceptes de religion, mais elle puisait de nouvelles forces dans les raisonnements des philosophes. A ce point de vue, l'esprit du progrès pouvait à la vérité, invoquer aussi quelques auteurs anciens, mais trop peu nombreux, et presque sans autorité devant la majorité des traditionnalistes, devant les lois et les religions. A la fin du moyen cage, dans la société tout entière, à tous les degrés, en toutes matières, dans toutes les fonctions, la réaction triomphait ; il n'était pour ainsi dire plus trace, à la veille de 1 789, des premières applications de la notion d'équité essayées, aux débuts, par le christianisme et le germanisme ; à part quelques rares et exceptionnelles survivances du principe d'égalité, comme dans les professions artistiques, et un petit nombre de professions industrielles, l'infériorité et la subordination s'imposaient comme une règle inflexible. L'éducation des femmes était nulle ; comme conséquence nécessaire, leur position dans la cité était retombée au plus bas degré ; elles y occupaient la place que leur assignaient dans l'antiquité, les civilisations de la Grèce et de l'Orient ; aucune fonction publique, ni spirituelle ni temporelle, ne leur était plus accessible;

elles ne pouvaient exercer aucune des professions qui nécessitent quelque science ou quelque savoir technique, presque tous les métiers leur étaient fermés.

Telle avait donc été Toeuvre des forces combinées de l'Eglise et de la Renaissance, prêtant des armes redoutables à Fesprit de la tradition : on était descendu bien au dessous de la société féodale, on avait perdu jusqu'aux conquêtes de la civilisation romaine, on avait reculé jusqu'à la Grèce, jusqu'à l'Orient, en de certains points: une réaction en sens inverse était inévitable.

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