PROPORTION POUR 100 DES CERTIFICATS OBTENUS
Années Garçons Filles
(2] Stuart-Mill. Op. cit., p. 64.
l6o LES TEMPS MODERNES.
Objections fondées su?- des considérations sociales.
On invoque enfin des arguments fondés sur des considérations sociales.
En admettant, dit-on, que la femme ne soit pas, de par sa constitution, inapte à remplir la plupart des fonctions sociales, au moins, en est-elle incapable, de par le rôle que la nature lui a assigné, de par la mission spéciale qui ne pouvait être confiée qu'à elle : il y a incompatibilité entre les devoirs que le rôle de mère et d'épouse impose à la femme, et ceux que la Société impose à ses fonctionnaires.
Sans doute, la femme qui se marie, chijisit la direction d'un ménage et l'éducation d'une famille, comme but principal de ses efforts, pendant les années de sa vie qui seront nécessaires à l'accomplissement de cette tâche; mais ceci n'est la situation que de celles qui, ayant suivi ce que l'on appelle leur vocation particulière, et qui ayant une famille à soigner, y trouvent, pendant le temps que cette charge porte sur elles, un emploi suffisant leur activité. Or, ce n'est pas à dire que toutes renoncent par là et pour toute leur vie, à d'autres occupations. Mais les règles générales peuvent aussi se plier aux aptitudes particulières ; les femmes douées de plus d'activité et de facultés propres à un certain genre d'occupations, pourraient, malgré le
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mariage, obéir à leur vocation, ayant sans doute le soin de parer aux lacunes qui pourraient se produire dans l'accomplissement de leurs fonctions ordinaires de maîtresses de maison.
D'autre part, toutes les femmes, même mariées, n'ont pas des enfants à élever, et toutes les femmes ne sont pas mariées; les statistiques constatent que d'années en années le nombre des mariages diminue ; dans tous les pays d'Europe, le nombre des femmes célibataires ou veuves l'emporte sur celui des femmes mariées : c par cent habitants, dit M. Frank (i), on rencontre une moyenne de vingt-deux femmes en âge d'avoir des enfants, dix seulement sont mariées. »
Pour celles-là, l'argument tombe, la mission spéciale de la femme, soit que celles-ci l'aient accomplie, soit que les circonstances les en aient écartées, ne peut être invoquée pour leur refuser l'exercice de fonctions qu'elles sont d'ailleurs parfaitement capables de remplir.
Un dernier argument que l'on invoque pour écarter les femmes, non plus des professions quelconques, exercées ordinairement par les hommes, mais des tonctions publiques, c'est celui que l'on tire de la cor-
(i) Frank. Op. cit., p. 82.
En Suède, le nombre des mariages a diminué de 1/22 en 3o ans. En Portugal, — — i/i3 en 3o ans.
En Russie, — — 1/9 en 3o ans.
En Angleterre, — — 1/8 en 70 ans.
En Hollande. — — 1/6 en 56 ans.
En France, — — 2/5 en 41 ans.
Chauvin. 11
relation existant, dit-on, entre les droits des individus à exercer ces emplois, et leurs devoirs envers la Patrie.
Les hommes seuls, dit-on, peuvent et doivent être investis des services publics rétribués, car seuls ils fournissent le contingent militaire ; la défense de la patrie leur incombe à eux seuls, ils donnent leur vie pour elle, ils payent l'impôt du sang, seuls, en retour et comme par une sorte de compensation, ils ont accès à l'honneur et aux avantages de participer à l'administration et au gouvernement. Les femmes, à ce point de vue, jouissent d'un privilège, exemptes par leur nature de l'impôt le plus lourd, il est juste qu'elles n'aient pas les mêmes droits que ceux qui payent cet impôt.
D'abord, la prétendue corrélation qu'on veut établir entre le service militaire et les fonctions publiques, n'existe pas toujours : il est des pays où le métier de soldat est une rrofession et non une charge; il en est d'autres où le service militaire n'est pas obligatoire pour tous (i) ; dans tous les pays, les hommes qui, par suite d'exemptions, ou à raison de leur âge, ne sont pas appelés sous les drapeaux, ne sont pas pour cela exclus des autres services publics.
D'autre part, il n'est peut-être pas tout à fait exact de dire que la femme ne paye pas, elle aussi, l'impôt du sang ; sans doute, pour elle, le service militaire n'est pas obligatoire, mais, en laissant de côté celles que leur charité, leur dévouement, leur courage
(i) Frank. Op. cit., p. 65-66.
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OU leur enthousiasme patriotique, entraînent, en temps de guerre, sur les champs de bataille, au milieu du danger, pour combattre l'ennemi, ou pour secourir les blessés, il ne semble pas téméraire d'avancer, que la majorité des femmes exposant plusieurs fois leur vie pour perpétuer la race, elles payent l'impôt du sang sous une autre forme. Retournant l'argument, on dira : le prétendu privilège n'existant pas, il est juste que les femmes aient les mêmes droits que les hommes.
Les principes restent donc entiers : La femme est un être conscient et moral ; une personne humaine, intelligente et douée de raison, un individu, participant à la vie sociale, contribuant, sinon à la défense, au moins à la conservation de la collectivité ; elle a droit au libre développement et au libre exercice de ses facultés ; elle a droit à la justice et à l'indépendance, elle a droit au travail, qui est un droit naturel, et qui emporte le droit de choisir une profession selon ses aptitudes : on ne peut pas refuser à la femme le libre accès à toutes les carrières.
SECTION DEUXIÈME