‹ Étude historique sur les professions accessibles aux femmes: Influence du sémitisme sur l'évolution de la position économique de la femme dans la sociétéChapitre 46 sur 58 · Chapitre Premier Réclamations en fait · texte numérisé non relu

Chapitre Premier Réclamations en fait

La situation des femmes, à la veille de 1 789, affirmait le triomphe de l'idée traditionnelle d'infériorité et de subordination nécessaire : riches ou pauvres, elles étaient également écartées de toute vie sociale, également privées de tout moyen de cultiver leur intelligence : celles qui devaient pourvoir à leurs besoins par le travail, étaient dès lors dans l'impossibilité de

LA RÉVOLUTION. l8q

le laire, d'abord, par suite de leur ignorance de tout métier demandant quelques connaissances techniques, d'un autre côté, par Texclusion dont elles étaient frappées, de presque tous les métiers et professions qu'elles auraient pu cependant exercer malgré leur manque absolu d'instruction.

L'édit de février 1776, ouvrant à « toute personne » un libre accès au commerce et aux professions d'arts et de métiers, n'avait pas suffi à rendre la situation des femmes moins déplorable ; des réformes plus radicales et plus profondes étaient en outre nécessaires ; il fallait, avant tout, relever les femmes de l'ignorance où elles étaient tombées, et qui continuait à les écarter de toutes professions, comme sous l'empire des précédentes règles prohibitives.

Les premières réclamations portèrent sur l'éducation : C'est à l'éducation vicieuse que reçoit l'a femme, qu'il convient avant tout d'attribuer sa triste position. Les femmes protestent donc d'abord contre l'ignorance qui est la première cause de leur dépendance. Les documents sur ce point sont curieux : une pétition adressée par les femmes du tiers état au Roi, retrace « la très négligée ou très vicieuse » éducation que reçoivent celles-ci : « elle consiste à les envoyer à « l'école chez un maître qui lui-même ne sait pas le « premier mot de la langue qu'il enseigne; elles con- « tinuent d'}- aller jusqu'à ce qu'elles sachent lire l'of- « fice de la messe en français et les vêpres en latin ; les «• premiers devoirs de la religion remplis, on leur

« apprend à travailler; parvenues à Tâi^-e de i5 ou « lO ans, elles peu\ent gayner einq ou six sous par « jour n). »

Une autre pièce (2) contient la réclamation d'une éducation moins dérisoire : « Vous qui allez devenir « les arbitres du bien et du mal, occupez-vous de chance ger les règles de notre éducation , ne nous

« privez pas des connaissances qui peuvent nous mettre « à même de vous aider soit par nos conseils, soit par « nos travaux. » Dans d'autres documents, les femmes vont jusqu'à réclamer une éducation égale à celle des hommes. Une dame hollandaise, mais française par le patriotisme », dit l'orateur du peuple (3), M""~ Etta Palme d'Aelders s'écrie pleine d'enthousiasme : « et si « le dévouement à l'étude, si le zèle du patriotisme, si « la vertu même, qui s'appuie si souvent sur l'amour « de la gloire, nous sont naturels comme à vous, « pourquoi ne nous donnerait-on pas la mcme éduca- « tion et les mêmes moyens pour les acquérir (4?- » Dans le même esprit elle rédigea une « adresse des

(i) A. Le Faure. Le Socialisme pendant la Révolution, p. 120. {2) Cahier des doléances et réclamations des Femmes, 1789,

in-fî", '-=-.

(3) L'Orateur du peuple, par .Martel, in-80, no 46. I^'^

(4) Appel aux Françaises, par E.-P< d'Aelders, p. 5. Discours sur l'injustice des Lois en laveur des hommes au dépens des femmes, lu à l'assemblée fédérative des Amis de la Vérité, le 3o déc. 1790, par M'nc E. P. d'Aelders.

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