Chapitre II
Résultats des réclamations théoriques et pratiques dans le domaine de l'Education et des Professions privées.
Les femmes de la Révolution avaient d'abord demandé une éducation moins dérisoire, et l'accès aux professions privées qui devaient être regardées comme
l'éducation et les professions privées. 197 leur apanage, et qui. à la lin du xviu'^ siècle avaient été usurpées par les hommes; elles avaient ensuite réclamé le droit au travail, et la possibilité d'exercer toutes les professions.
Sur la question de Téducation, l'esprit de la tradition triompha d'abord ; la Convention qui fonda l'Ecole normale, les Lycées, les Ecoles de médecine, ne fit rien pour l'éducation des femmes; il en fut de même sous le Consulat et l'Empire ; dans l'opinion de Napoléon « il suffit d'enseigner aux filles à chiffrer et à écrire les principes de leur langue, afin qu'elles sachent orthographier ». Mais bientôt une évolution rapide et féconde se développa sous l'impulsion de l'idée du progrès ; des personnes privées fondèrent de nombreux pensionnats pour les filles ; le législateur intervint pour obliger toute commune de 5oo âmes à avoir une école de filles; il se fonda des écoles professionnelles pour les jeunes filles ; enfin, dans ces derniers temps, l'impulsion donnée par M. Legouvé conduisit le législateur à organiser l'Enseignement secondaire des jeunes filles, sans aller cependant jusqu'à la création d'un enseignement supérieur; sur ce point, l'évolution reste à achever, mais comme pour favoriser la transition, les femmes sont en France admises à suivre les cours des Universités.
Sur la question des professions privées, l'édit de février 1776, et ceux qui le complétèrent par l'abolition complète des maîtrises et des jurandes, le principe de la liberté indi\iduclle, celui de la liberté du travail,
du commerce et de Tindustrie proclamés en 1789, conduisirent à une solution favorable pour les professions se rattachant au commerce et à Tindustrie. Des professions privées dont l'exercice doit être, dans l'intérêt général, contrôlé par l'Etat, comme les professions de sage-femme et d'herboriste, de médecin et de pharmacien, les premières continuèrent, comme précédemment à être accessibles aux femmes, jamais l'exercice ne leur en fut contesté ; les secondes, nécessitant plus de science de la part de celui qui les exerce, ne devinrent l'objet de leurs prétentions, qu'à une époque relativement récente, alors que certaines réformes favorables à la question générale, avaient déjà été introduites, et que les femmes, encouragées par les écrits des philosophes et le progrès des idées dans l'opinion publique, purent espérer réussir dans leurs tentatives.
Les professions privées, commerciales, industrielles ou libérales, devinrent. ainsi, au cours du siècle, successivement accessibles aux femmes ; en ceci, l'idée du progrès triompha; mais elle se trouva, sinon entravée dans les résultats obtenus, au moins considérablement limitée par l'esprit de la tradition : ce ne fut et ce n'est encore que l'exercice proprement dit de la profession, qui fut accessible aux femmes, et encore, fallut-il qu'il s'agît d'une profession purement privée ; les honneurs qui s'y rattachent, les dignités qu'elle confère accessoirement, les avantages honorifiques ou la fonction supérieure à laquelle la profession peut
l'enseignement primaire. 199
donner accès par la suite, leur restent encore généralement fermés : l'évolution est sans doute parvenue à un degré avancé, mais il reste encore des termes importants à parcourir.
L" éducation professionnelle et les professions privées se rattachant au commerce et à Vindustrie.
L'Edit de 1776 et les principes de 1789 avaient, en droit, ouvert aux femmes toutes les professions privées ; mais le fait était loin de s'harmoniser avec le droit : l'évolution, dont le premier terme avait été posé en 1789 ne commença à donner des résultats visibles; le principe du progrès, en lutte constante avec l'esprit de la tradition, ne l'emporta sensiblement et ne se manifesta par des actes législatifs ou philanthropiques, que dans la seconde moitié du siècle. Jusque-là, la situation resta, en fait, presque stationnaire.
Jusqu'en i85o, jusqu'en 1860 même, une ignorance presque absolue continue à peser sur près de la moitié de la population féminine, les femmes du peuple manquaient de toute éducation et de toute instruction ; pendant la première moitié du siècle, non seulement il ne fut jamais question de donner un enseignement professionnel aux filles, mais un grand nombre de communes manquait d'écoles de filles ; on n'avait que des écoles de garçons ou des écoles mixtes ;