LA PROFESSION DE MÉDECIN
tradition y a encore assez de force à rencontre de l'esprit du progrès, pour faire hésiter, non seulement à admettre les femmes à enseigner la médecine dans les facultés, et à leur confier les fonctions élevées de chef ou de surveillant dans les hôpitaux, mais on se refuse à leur ouvrir les concours supérieurs ; et il y a peu d'années encore, on refusait même de leur appliquer, au cours des études, le droit commun des étudiants.
Ce fut d'abord le concours de l'externat d'où les étudiantes furent écartées ; elles durent réclamer et pétitionner plusieurs fois en vain avant d'être admises ; ce concours ne leur est ouvert que depuis 1882. Elles durent ensuite recommencer la lutte pour obtenir de concourir à l'internat, et cependant le droit strict était en leur faveur : les règlements de l'assistance publique disent formellement : « tout externe de deuxième année devra « sous peine de radiation concourir pour l'externat. » Sur le refus d'inscription qui fut fait aux femmes en 1884, le Conseil de l'assistance publique fut saisi de la question ; après délibération et malgré l'avis contraire d'une forte minorité, il se prononça pour l'admission des femmes ; mais les internes en fonctions protestèrent, et adressèrent une pétition au ministre ; les étudiantes firent une contre-pétition, la presse prit part à la polémique ; l'opinion publique se prononça pour les femmes, et le ministre rendit une décision favorable.
Les concours de l'internat et de l'externat sont cependant les seuls auxquels les femmes ont obtenu le
droit de prendre part ; elles sont encore exclues des autres concours supérieurs, notamment des concours du clinicat ; pour ceux-ci, tout docteur en médecine français et âgé de moins de 33 ans, a le droit de se faire inscrire; le Ministre de rinstruction publique a jugé par deux fois, que le diplôme de docteur en médecine conféré à une femme, était nul pour le concours (i).
La pratique de la médecine est donc en France tout ce que Ton concède, quant à présent, aux femmes. Or, bien qu'il y ait là une importante manifestation du progrès, on ne peut nier que l'esprit de la tradition y apporte encore de fâcheuses entraves. Les restrictions dont les droits des femmes sont l'objet, viennent nécessairement diminuer la valeur de leur diplôme, les mettre sur un pied d'infériorité, et réduire leurs chances de succès ; l'évolution est incomplète, il reste encore des degrés importants à franchir. D'ailleurs, les faits actuels semblent présager que la France ne restera pas longtemps en arrière de ses voisins d'Outre-Mer, le gouvernement a commencé à confier des fonctions officielles à des femmes médecins : par arrêté ministériel du 20 janvier i886, M'"^ Sarrante, née Gâches, a été nommée médecin suppléant du théâtre national de l'Opéra ; une femme médecin était attachée à la mission de M. Paul Bert en Annam et au Tonkin (2;; plus ré-
(1) Mesnard.Op. cil., p. 8 et suiv.
(2) G. Hreuillac. La Cond. civique et politique de la femme, p. 80.