‹ Étude Médicale sur les HuîtresChapitre 10 sur 23 · AB P · texte numérisé non relu

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agréables au palais. » (Pasquier), firent de telles

dépenses pour en avoir sur leurs tables que les censeurs durent y mettre ordre.

Apicus trouva, dit Pasquier dans sa thèse, le secret d'entretenir les huîtres fraîches pendant les longs voyages qu’elles devaient souvent effectuer pour arriver jusqu’au consommateur. Grâce à lui, Trajan, tandis qu'il guerroyait au pays des Parthes, put en recevoir d’excellentes.

Ce fut Sergius Orata qui, le premier, fit cons-.

truire des «réservoirs » à Baïa pour y conserver et engraisser les huîtres. Au- bord du lac Lucrin il avait fait édifier un magnifique palais où il venait «s’ingurgiter » avec de nombreux amis. Parmi eux, Vitellius se faisait remarquer par son extrême voracité : «il s’en faisait servir quatre fois par jour et les vomissait ensuite pour avoir le plaisir d’en manger de nouvelles ». Pasquier, à qui nous faisons de nombreux emprunts pour toute cette partie historique, ajoute : « Les dames romaines partageaient ces honteux excès. Elles allaient dans une chambre voisine du cénacle (vomitorium) se débarrasser de la surcharge de leur estomac, par le moyen d’une longue plume de paon avec laquelle elles titillaient le gosier et recommençaient ensuite à manger. On se refuse à croire de pareilles turpitudes chez un sexe dont la constitution délicate semble repousser ces actes dégoûtants, trop communs à Rome, à une certaine époque, et partout on préfère trouver la femme parée de tout ce que

la vertu a de plus aimable et les grâces modestes de plus séduisant. »

L’essai d’ostréiculture de Sergius Orata ne fut pas continué. Pendant longtemps, seules, les huîtres naturelles étaient consommées. Il en’existait de véritables « bancs » le long des côtes. On les croyait inépuisables : à tel titre que l’Ordonnance de 1681 qui protégeait les moules, laissait libre la pêche des huîtres. Mais plus tard, les huîtres devinrent rares, et pendant les années 1750, 1751, 1752, et 1753 on dut rigoureusement interdire sur toute l’étendue du Bassin d'Arcachon la capture des huîtres. En 1754, la pêche en fut également prohibée d’août à octobre, qui est l’époque du «frai» de lhuître.

Les vrais essais d’ostréiculture commencèrent en 1850 environ. Peu à peu des «parcs artificiels d'élevage, d’engraissement, de reproduction» furent créés un peu partout sur nos côtes. Nous verrons dans le chapitre suivant les principes essentiels de cette culture.

Quel cas faisaient les anciens de l’huître en tant qu’aliment et lui attribuaient-ils des vertus thérapeutiques ?

Comme aliment, il semble que tous les anciens auteurs aient été d'accord pour trouver l’huître remplie de qualités. Elle est facile à digérer, disentils, capable d’aiguiser l’appétit, parce que « légèrement saline, elle irrite douücement les fibres de l’estomac ». Dans sa thèse, présentée en mars 1689,

Save démontre les nombreuses qualités de l’huître

et conclut « qu’elle est le plus sain, le plus avantageux de tous les alimens lorsqu'on la mange crue et bien fraîche ». Même opinion exprimée dans une autre thèse en 1704 soutenue sous la présidence de Pitton de Tournefort : les huîtres « sont amies de l'estomac, entretiennent la liberté du ventre et conviennent également aux convalescens et aux personnes bien portantes». Enfin Hinguant dans une thèse du 16 mars 1745 « prétend qu'il n’y a pas d’aliment plus propre à donner de l’embonpoint que l’usage modéré de l’huître crue ».

Pasquier, pour appuyer cette opinion touchant à la valeur nutritive des huîtres, cite quelques observations.

« Nous connaissons, dit-il, un homme de soixante-dix ans, d’une très forte constitution, qui, voulant encore faire le jeune homme et conserver des habitudes qui ne convenaient pas à son âge, était tout à coup tombé dans un grand épuisement. Ne pouvant réparer ses forces par les aliments ordinaires qui lui répugnaient invinciblement, il fit usage des huîtres et s’en trouva si bien qu’après plusieurs mois sa santé fut entièrement rétablie. »

« Un ecclésiastique gros, gras et riche mangeait chaque jour douze douzaines d’huîtres pour toute nourriture. Sa folie était qu’on voulait l’empoisonner et 1l savait qu’on ne pouvait y réussir avec des huîtres vivantes qu'il ouvrait lui-même. »

Les anciens auteurs ont disserté longuement sur

J’avantage ou les inconvénients de boire du vin

CES en mangeant des huîtres. Dans une thèse, soutenue le 19 avril 1745, ayant pour titre An interedendum ostrea meri potus ?, Pourfour-Dupetit déclare que le vin durcit l’huître, la rend coriace et difficile à digérer. D’autres, au contraire, préconisent l’usage du vin et surtout du vin blanc. Le mélange de vin, d’huître et d’eau de mer aurait, disent-ils, des propriétés diurétiques.

Les huîtres ont été employées dans le traitement de nombreuses affections. |

En premier lieu, dans les « phtisies chroniques », où elles agissaient favorablement sur l’état général et avaient une action nette sur l’expectoration qu’elles rendaient plus facile.

Les «maladies écrouelleuses et rachitiques » ont été traitées par des cures ostréaires. Les huîtres

paraissaient avoir une influence heureuse pour la

destruction dans l’organisme du «vice scrofuleux ».

Elles furent également employées dans le traite: ment des dyspepsies, dans «l’engorgement du pylore ». Pasquier rapporte qu’un ictère qui résistait à la médication habituelle, guérit après une cure d'huîtres. |

Les «dysenteries épidémiques» qui amenaient de graves désordres digestifs et intestinaux, étaient justiciables du traitement par les huîtres. D’une façon générale toutes les convalescences se trouvaient raccourcies par l’emploi des huîtres.

Quant à leur action laxative, lés auteurs anciens sont d'accord pour trouver que les huîtres doivent

être employées pour traiter la constipation. C’est

l’avis d’Oribiase, médecin de Julien, celui d’Aetius. À cause de cela, ils en déconseillaient l’usage aux personnes atteintes d’entérite chronique. Michel Montaigne disait alors : « Quoi, pour me préserver de la colique, il faut que je renonce aux huîtres ! C’est toujours éprouver un grand mal et me dérober à la douleur par la douleur ! »

Nous ne ferons que citer d’autres applications thérapeutiques beaucoup plus discutables. Telle, par exemple, l’action fébrifuge de l’huître. Et pourtant le bon roi Henri IV ne fut-il pas guéri d’une fièvre quarte qui avait résisté à tous les efforts de ses médecins en mangeant «force hui-

tres » et aussi en buvant «force hypocras » !

Les vertus aphrodisiaques de l’huître ne faisaient de doute pour personne. (On connaît, dit Pasquier dans sa thèse, l’heureuse fécondité des peuples ichthyophages ! » C’est aussi par l’abus des huîtres qu’il expliquait le «libertinage aussi incroyable que scandaleux, auquel se livraient les anciens romains». Alphonse Leroy ne prétendait-il pas également que «la population serait beaucoup plus nombreuse si les époux faisaient un usage plus fréquent de l’huître à leurs repas ! »

Enfin nous signalerons que l’huître a encore été employée en pansements et appliquée sur les ulcères atoniques. Paul d’Egine en conseillait l’emploi et aussi Ambroise Paré qui recommandait

sur les bubons pestilentiels.

Nous voyons combien variées furent je Dot

cations thérapeutiques de l’huître. La plupart re-

posent sur ses excellentes qualités nutritives qui

furent donc connues depuis les temps les plus anciens. D’autres applications sont évidemment beaucoup plus discutables, et complètement abandon-

nées de nos jours.

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