II. — Quelques notes philologiques sur la partie
MÉDICALE DU TlMÉE.
De ce que Platon a quelquefois employé les mots aiôVjp et 7n/£ug.a, quelques auteurs ont conclu qu’il admettait un cinquième element , éther ou pneuma . Cette erreur s’est même accréditée sous le patronage de Sprengel (1). Il est pourtant bien certain que Platon n'a parlé, dans le Timée , que de quatre éléments : l’eau, Pair, la terre, le feu. fout ce qu il dit de Y éther , aiô^p , c'est qu’il est la partie la plus pure de l'air, àépoç, page] 58. Quant au mot Ttveü^a,
(1) Histoire de la médecine, t. I, p. 341.
il l’emploie principalement pour désigner l’air respiré ou respirable, pages 188, 210, 220 et 224. On sait que d’autres % auteurs ont donné à ce mot un sens bien différent. Je dois dire néanmoins que Yéther est considéré comme un cinquième élément, dans le dialogue intitulé Epinomis, que les uns attribuent à Platon, et d’autres à Philippe d’Oponte.
11 est à remarquer que Platon, en désignant le trajet du sang dans les vaisseaux , emploie des expressions qui rappellent l’idée de cercle : ainsi rapcpepogivou, page 188; Tcsptoâwv , page 220.
M. Henri Martin me paraît avoir eu une heureuse idée en employant les mots ayg.a gaXaxov au lieu de aXg.a g.aXaxov oupcXayyoc, etc. ( t. II , p. 306 ). Qu’il me permette, en outre , de lui soumettre les rectifications suivantes : les mots 7cy ]S^(7£t ty]ç xapôiaç seraient mieux rendus en disant battement ou palpitation du cœur, au lieu de tressaillements , p. 188. Les mots il ôçsoç xat àXyupoïï ÇuvGelç Çup.coga , p. 198, signifient ayant composé un levain avec quelque chose d’acide et de salé , et non avec du vinaigre et de Veau salée ; enfin les mots ivxepwv , p. 194 , et syxscpaXov, p. 196, ne perdraient pas à être traduits par intestins et encéphale , au lieu de boyaux et cervelle.
En parlant du tétanos et de l’opisthotonos , Platon dit;
tov xoc'i to cpapgoocov yjxksizov Trupsroi yccp ouv ûyj toc toiccutoc sTCiytyvog-Evot g.oc)a<TTa Xuouci. J ai traduit littéralement ; dont le traitement est difficile, car ce sont principalement les fièvres qui, en survenant , les dissipent. En d’autres termes, les remèdes ne peuvent presque rien contre ces maladies , car il n’y a que la fièvre qui , en survenant , puisse les dissiper . Je me rapproche ainsi beaucoup de la traduction de M. Henri Martin ( t. I , p. 224 ) ; mais je m’écarte considérablement de celle de M. Cousin , qui a rendu ce membre
de phrase de la manière suivante : le remède en est difficile , car les fièvres ne tardent pas à s’y joindre et à y mettre fin (p. 228). Dans une note destinée à motiver cette interprétation , il dit ( p. 368 ) : que le mot Xuouciv signifie terminaison mortelle -, autrement, ajoute-t-il, voici le sens qui en résulterait : « les maladies sont très-difficiles à guérir , car la fièvre qui survient les guérit. » Cette conclusion de M. Cousin, qui implique un non-sens, est inacceptable ; elle ne découle nullement du langage de Platon. Dire qu’une maladie est peu accessible à l’influence de l’art, du remède, cpapgaxov, ce n’est pas dire quelle est absolument réfractaire aux ressources de la nature représentées, dans le cas actuel, par la fièvre médicatrice. Pour justifier sa manière de voir, M. Cousin convient qu’il faudrait alors prendre dans le même sens ( d’une terminaison mortelle ) le mot Xu£t, de l’aphorisme 57 d Hippocrate , sect. 1Y. Or, cette acception est diamétralement opposée à la véritable. Voici, en effet, l’aphorisme en question : u tco CTTcacgou yj TSTavou Ivo^Xougsvw 7rup£TOç STuysvogsvoç Xuei to voucr7]g,ûc : la fièvre qui survient dans les convulsions ou dans le tétanos, dissipe la maladie. (Lallemand et Pappas. ) Tous les traducteurs et commentateurs médecins ont ainsi compris la pensée hippocratique : Febris spasmos solvit. Cette interprétation est d’autant plus rationnelle , qu’ Hippocrate fait provenir le tétanos de V action du froid (sect. Y, aph. 17), et qu’il dit que la chaleur soulage cette maladie [aph. 22). La même idée est reproduite dans d’autres passages de ses écrits. Ici encore M. Cousin est donc dans l’erreur. Je puis enfin opposer à son opinion le témoignage de M. Littré, qui signale sur ce point la concordance de Platon et d’Hip-
pocrate, dans le sens d’une terminaison heureuse (1j. Lst-ce à dire que, dans ma pensée, l’aphorisme hippocratique soit vrai, d’une manière absolue? Non. Applicable à un grand nombre de cas, il se trouve en défaut dans quelques auties. Le tétanos est même, parmi les maladies spasmodiques, celle qui se soustrait le plus, il faut le reconnaître, au bienfait de la fièvre médicatrice. Hippocrate lui-même a soin de nous avertir que les règles qu il donne sur le pronostic ne sont pas d’une entière certitude , mais qu’elles doivent seulement servira former des conjectures bien fondées ( sect. Il , aph. 19 ).