II. — RÉSUMÉ DE LA DOCTRINE PATHOLOGIQUE DE PLATON
En médecine comme en philosophie, Platon est rationaliste et dogmatique. La médecine, écrit-il dans Gorgias,
(1) De la vraie et de la fausse philosophie. 1852, p. 68.
recherche la nature de ce dont elle traite, la cause de ce qu’elle fait , et sait rendre raison de chacune de ces choses. Sans dédaigner l’empirisme , il accorde une prééminence trop marquée au raisonnement. Il se complaît beaucoup trop dans le champ des spéculations ; ce qui fait qu’il tient plus à expliquer les faits qu’à les observer. Un des principaux caractères du génie d’Hippocrate est, au contraire, d’avoir été sobre d’explications hasardées, et d’avoir associé dans de justes limites les données de l’expérience et de la théorie.
Comme pathologiste, Platon fait la part de l’altération des forces, des solides et des liquides; mais il incline surtout vers l’humorisme, système suranné, d’après lequel une lésion hypothétique des quatre humeurs prétendues primitives constituait le fond de presque toutes les maladies. « Quoique imaginée avant Hippocrate et adoptée par lui jusqu’à un certain point, dit feu M. Dezeimeris , cette doctrine des quatre humeurs est, pour ainsi dire, la propriété de l’École médicale platonicienne, dont Thessalus, Dracon et Polybe, fils et gendre d’Hippocrate, et auteurs d’une partie des ouvrages publiés sous son nom, sont les principaux représentants. C’est à eux évidemment que l’on doit le développement de cette doctrine qui consiste à trouver une harmonie entre les quatre humeurs et les quatre saisons de l’année, entre le sang et le printemps, la bile jaune et l’été, l’atrabile et l’automne, et entre l’hiver et la pituite (1). »
Je ne reviendrai pas sur la distinction de l’âme mortelle et de lame immortelle , pas plus que sur les nom-
(1) Diction, hist. de la rnéd., t. 111, p. 145.
breux faits de détail que j’ai analysés. 11 me suffira de rappeler encore une fois que le système médical de Platon, pour être bien compris , ne doit pas être apprécié avec les idées du jour, mais bien en remontant par la pensée au IVe siècle avant J. -G. L’hypothèse y tient souvent la place de la déduction logique des faits ; il renferme des exagérations , des erreurs matérielles ; mais, il faut en convenir, il présente aussi un grand nombre d’assertions profondément justes et de très-ingénieuses spéculations, quoique beaucoup d’entre elles ne proviennent que d’une sorte d’heureuse intuition.