‹ Étude Médico-Légale des AccouchementsChapitre 13 sur 34 · ER RE · texte numérisé non relu

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dans un cas de Schultze. Nous ne saurions apprécier plus justement ces faits qu’en citant quelques lignes de Tardieu : «Je conseille, dit-il, au médecin qui serait interpellé en Cour d'assises, sur de pareils faits, de se contenter de faire appel aux souvenirs personnels des jurés, parmi lesquels il rencontrera certainement plus d’un père de famille et de leur demander si, ayant assisté à un accouchement, ils croient sincèrement possible qu'un pareil travail s'accomplisse sans troubler le plus profond sommeil, et s'ils sont disposés à accepter les’ faits exceptionnels et peut-être même apocryphes que l’on invoque à l'appui des allégations de l’accusée ».

2. Lorsqu'il s’agit de somuneil narcolique ou anesthésigue l’accouchement peut passer inaperçu. Ce moyen ‘a pu être employé dans un but criminel. Tel est le cas de a comtesse de Saint-Gérans (causes célèbres) qui accoucha sous l'influence d’une boisson hypnotique qui lui avait été administrée dans le but de soustraire l'enfant et de s'approprier les biens dont il devait hériter.

3. On a publié beaucoup d'observations d’accouchements inconscients pendant le sommeil hypnotique. Une des premières est celle de Pritzel concernant une femme primipare qui, soumise à un entrainement méthodique put accoucher sous l'influence du sommeil hypnotique, sans avoir conscience du travail. Fauconnet, Varnier, Thomas, Auvard et Secheyron, M"° Dobrovsky, s'occupèrent de cette étude. On crut pouvoir un moment ériger l’hypnotisation en méthode d'insen-

sibilisation. Inutile de dire que les résultats ne répondirent pas aux espérances et qu’on chercherait en vain une observation concluante.

d) Coma. — 1. Coma alcoolique. Deneux observa à l'Hôtel-Dieu d'Amiens une femme du peuple qui fut apportée dans un état comateux produit par l’ingestion de liqueurs spiritueuses. Elle accoucha naturellement dans cet état. Ce sommeil se prolongea même quelques - heures après. À son réveil la femme toute surprise d'avoir accouché se félicitât d’avoir fait une si belle découverte et promit de s’en servir à l’occasion. Panis et Clay ont rapporté deux autres cas de ce genre.

2. Le coma éclamptique, beaucoup plus rare depuis la surveillance médicale de la grossesse, à pu favoriser l'accouchement inconscient. L’expulsion imprévue et la rapidité du travail sont d'observation courante chez les éclamptiques. La délivrance dont la femme n’a pas conscience peut échapper à l'entourage et l'enfant périt asphyxié entre les jambes de la mère. Mauriceau, Rizzoli, Panis, M"° de Lachapelle, et plus récemment Becigneul et Menager et bien d’autres encore en ont rapporté des exemples.

3. Le coma de l'hémorragie cérébrale peut rendre la mère ignorante du travail : témoins les cas d’Esterle de Novare et de Belluzi.

e) Maladies graves et femmes agonisantes. — Duparquet en 1861 et Janssens rapportent chacun un

cas où la mère phtisique agonisante ne s’est pas aperçue du travail,

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Belluzi, en 1865, rapporte un cas où la mère en état de mort apparente par asystohe vécut encore 3 mois après l'accouchement. Moutti, Beaudelocque, observèrent des faits de ce genre.

/) Accouchements post mortem. — Ces accouchements connus depuis les temps les plus anciens (Saint- Raymond Nonnat, serait né 3 jours après la mort de sa mère) ont vivement frappé l'imagination et suscité de nombreuses études. La question fut mise à l’ordre du jour du Congrès international de médecine légale en 1879. D'après Reiman il ne faut pas admettre une cause exclusive et si dans certains cas où l’accouchement a lieu peu de temps après la mort, l'utérus peut en se contractant expulser l'enfant, il en est d’autres où l'accouchement ayant lieu assez longtemps après, alors qu’il y à putréfaction, les gaz peuvent agir. Il semble enfin qu'il y aurait lieu de tenir compte du développement de la rigidité cadavérique dans le muscle utérin.

B. Accouchements inconscients chez des femmes de conscience et de sensibilité normales.

L'accouchement par surprise vraie demeure-t-1l possible chez des femmes de conscience et de sensibilité normales ? A priori le fait paraît impossible et cependant la littérature médico-légale est riche de faits de cet ordre. La plupart des observations classiques méritent cependant de sérieuses réserves et ceci pour plusieurs raisons. Souvent ces observations sont peu explicites et incomplètes, d’autres fois leurs auteurs paraissent

nes

avoir montré plus de naïveté que d'esprit critique, toujours enfin la date extrèmement éloignée de leur publication provoque une suspicion légitime. Aussi avons-nous été particulièrement heureux de recueillir une observation de M. le docteur Mazel, professeur agrégé et une observation de MM. les docteurs Leclercq et Cordonnier, leur date récente et l'autorité des auteurs montrent indiscutablementque l'accouchement par surprise vraie chez des femmes saines parait être une réalité dont il faut tenir compte. Nous y opposerons plus loin les observations de faux accouchements par surprise, d’accouchements précipités par négligence que nous devons à M. le professeur Etienne Martin et qui constituent les cas les plus fréquents de la pratique médico-légale. Nous divisons les observations rapportées en deux classes suivant que la mère ignore on connait son état de grossesse.

(a) Ignorance de la grossesse.

L’ignorance de la grossesse est une première condition favorable à laccouchement inconscient. Une femme pourra d'autant plus se méprendre sur la signification des douleurs et du travail qu’à aucun moment elle ne s’est crue enceinte. Elle n’aura pas grand pas à faire, dit Tardieu, si prétendant avoir ignoré sa grossesse elle dit s'être accouchée sans s’en apercevoir. Brouardel a exposé cette question dans son traité de l'infanticide : « Pendant les quatre premiers mois, dit Brouardel, une femme peut ignorer qu’elle est enceinte C’est un fait d'observation journalière. Il semble plus difficile d'admettre qu’il en soit ainsi pendant toute la

durée de la grossesse : l'absence des règles, les mouvements de l'enfant, le développement du ventre et des seins, les troubles sympathiques de la santé, rendent cetteallégation d’une inculpéeinvraisemblable et cepenpant les exemples pris parmi des femmes qui n'avaient aucun intérêt à dissimuler leur grossesse ne sont pas très rares ». Tardieu admet la possibilité de l'ignorance de la grossesse pour les jeunes filles primipares ignorantes et pour des personnes qui déjà âgées attribuent la disparition des règles à la ménopause. Vibert pense que c’est seulement quand il s'agit d’une primipare qu’on pourrait admettre dans certains cas que la grossesse à été ignorée jusqu’au bout.

Brouardel raconte l’histoire de la femme d’un employésupérieur d'un ministère, mère de trois enfants, nourrissant le dernier depuis 12 mois et demi et n'ayant aucune raison pour nierune grossesse possible. Le mari de cette femme vint trouver Brouardel vers 2 heures le priant de passer chez-lui dans la Journée car sa femme avait des douleurs d’entrailles. Il retourna ensuite à son ministère. Le médecin arriva près de la femme à 3 heures. Une demi-heure plus tard lPaccouchement était terminé. L'absence des règles avait été attribuée à la lactation et Lous les phénomènes d’une grossesse normale avaient été méconnus.

Dans le cas de Woold, une demoiselle de magasin accoucha debout derrière son comploir d'un enfant qui mourut d'une fracture du crâne produite par la chute. Malade depuis longtemps, elle souffrait de douleurs dans le bas-ventre, la menstruation était irrégulière, elle n'avait pratiqué le coït qu'une fois. Elle rapporta

les symptômes qui survinrent à son ancienne maladie et fut confirmée dans cette idée par un médecin qu'elle avait consulté. Huit jours avant son accouchement celui-ci fit le diagnostic d'hydropysie et la traita en conséquence.

Dans la thèse de Collet on trouve bien d’autres observations de grossesse ignorée d’après Long, Taylor, Rüttel, Wescott, Tanner, Moronval Fœderé.

Observation I (Inédite).

(Communiquée par MM. Leclercq et Cordonnier).

Grossesse méconnue. Accouchement inconscient dans les cabinets. Mort de l'enfant. Présomption d'infanticide. — Non-lieu.

RÉSUMÉ pu Rapport. — Le 4 juin 1923 le Docteur Cordonnier, chef des travaux de Médecine légale à la Faculté de Lille est commis par M. X., juge d'instruction, dans les termes suivants:

« Vu l'instruction commencée à l'égard de H. C., 22 ans, confectionneuse à W., inculpée d’infanticide.

« Attendu qu'il importe de procéder à l'examen et à la nécropsie du cadavre de l'enfant dont l'inculpée est accouchée le 2 juin à l'effet de rechercher si cet enfant est né à terme, vivant et viable et de déterminer la cause de son décès.

« Dire si le cordon ombilical a été coupé ou arraché ou s'il s'est déchiré.

« Et attendu que l’inculpée à déclaré qu'elle ne se savait pas enceinte et que la délivrance ayant eu lieu lorqu'elle se trouvait assise sur le siège des cabinets d’aisances, rue X. à M., le cordon s’est rompu et l'enfant est tombé dans la fosse.

« Dire après avoir examiné la nommée H. C. s’il est possible qu'elle ait pu jusqu’à sa délivrance ignorer qu’elle se trouvait en élat de grossesse.

€ Et après avoir examiné les cabinets d’aisances, le diamètre

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de la lunette, la profondeur du siège, etc... et laconformation de l’inculpée, rechercher s’il est possible que bien qu’au moment de l'expulsion la demoiselle H. GC. ait dit avoir le corps fortement cambré en arrière l'enfant ait pu tomber à l'intérieur de la lunette au lieu d’être projeté sur le bord antérieur. »

AUTOPSIE DU NOUVEAU-NÉ. — Le cadavre qui a subi un début de putréfaction est celui d'un nouveau-né à terme (poids 3.200 gr., taille 48 cm., cheveux et ongles développés, points d'ossification des fémurs), de sexe masculin. /{ a vécu, car les

poumons ont été largement aérés et les différentes épreuves de la docimasie pulmonaire ont été nettement positives. Il est mort submergé dans la fosse d'aisance, car on retrouve des malières fécales jusque dans les plus petites bronches. Le cordon ombilical présente à dix cent. environ de son insertion abdominale une déchirure nette. Il se termine par trois franges d’inégale longueur.

ExAMEN MÉpicaL DE H. C. — La demoiselle H. C. fait les déclarations suivantes : « J'ai eu un seulrapport sexœuelavec mon fiancé, lors de la foire de L., c’est-à-dire au début de septembre 1922. Environ un mois après j'avais des douleurs d'estomac et suis retournée chez moi à W., j'ai toujours été malréglée et mes époques étaient tantôt avancées de quelques jours et plus souvent retardées de quinze jours et même plus. A W., j'ai élé soignée environ quinze jours après mon arrivée par le docteur C., qui m'a dit que j'étais anémiée et atteinte d’une maladie d'estomac.

Vers le milieu de novembre, ce docteur diagnostique une appendicite et me conseilla une intervention que j'acceptais Je fus opérée chez moi le 21 novembre par le docteur L., assisté du docteur C.

Environ quinze jours après, comme je souffrais tonjours de l'estomac je suis allé voir le docteur C., qui m’ordonna des cachets de fer et des viandes saignantes. Le Docteur C., me visita plusieurs fois. durant ma maladie et ne m'a jamais dit que j'étais enceinte.

Je l’ai vu pour la dernière fois il y a un mois jour pour jour. J'ai dit au Docteur que mon ventre avait beaucoup grossi et que par moment j'avais une grosseur qui me remontait vers l'estomac et m'étouffait : le docteur m'a dit que c'était l'intestin et que les troubles que je ressentais étaient les conséquences de mon intervention.

Vendredi dernier, 2 juin, vers quatre heures de l’après-midi, j'ai ressenti de violentes coliques qui me prenaient par intervalles. Ces coliques ont été en augmentant d'intensité jusque vers huit heures du soir. Pendant ce temps ma mère m'a mis des compresses chaudes sur le ventre et sur l'estomac. J'ai perdu un peu de liquide blanchâtre.

A ce moment éprouvant le besoin d'aller à la selle je me suis levée et suis allé m’asseoir sur les cabinets. J’ai senti que quelque chose me pesait au bas-ventre. J'ai souffert beaucoup, j'élais très faible et m'appuyais le dos dans le coin des murs des cabinets. J'ai cru que j'allais aller à la selle et ai expulsé au milieu de très fortes douleurs un grosse masse qui est tombée dans les cabinets.

Après cetle expulsion, une grande quantité de sang s’est épanchée sur la planche des cabinets et par Lerre. À ce moment j'ai appelé mes parents qui m'ont transportée dans mon lit et ont appelé immédiatement le docteur C.

Ce dernier m'a dit que je venais d’accoucher et a pratiqué au bout d’un quart d'heure la délivranee. Mon père est allé rechercher le produit que j'avais expulsé, aussitôt que le docteur lui a dit que j'avais accouché et a trouvé un enfant noyé dans les matières fécales. J’affirme que pendant toute la durée de celte grossesse J'ai toujours cru que les malaises que J'ai éprouvés élaient les conséquence de mon intervention et J'avais d’aulant plus de raisons que jamais le docteur qui m'a soignée ne m à laissé soupçonner une grossesse possible. »

L'examen général de la demoiselle H.C. montre que celleci est un peu anémiée comme toutes les femmes qui viennent d'accoucher. Elle ne présente pas de fièvre et dit ne pas souffrir. Le ventre est souple et présente sur la face latérale

droite une cicatrice violacée de 16 cent: de longueur, oblique de haut en bas et de dehors en dedans et située dans la fosse iliaque droite. Il y a des pertes lochiales assez abondantes mais de couleur et d'odeur normales.

La demoiselle H. CG. est normalement constituée au point de vue physique, elle ne présente aucune malformation du * bassin ni des organes génitaux.

EXAMEN DES CABINETS D'AISANCE. — Les cabinets sont situés dans le jardin, à 10 mètres environ de la maison d'habitation. Ils se trouvent dans le coin d'un petit hangar. La planche est percée d’un orifice circulaire de 27 cent. de diamètre. Cette planche,se trouve dans le coin gauche du hangar. Entre l’orifice de la lunette et les deux murs il y a une distance de 20 cent. d’un côté et de 15 cent. de l’autre. La distance qui sépare le niveau de la lunette et celui de la matière est de 90 cent.

Discussion. — I. Il résulte des faits constatés à l’autopsie du nouveau-né expulsé par la demoiselle H. C. que cet enfant est né à terme, vivant et viable et que la cause de son décès peut être attribuée à une submersion dans les matières fécales.

II. Il résulte des dires de la demoiselle H. et de son entourage qu'il est possible qu’elle ait ignoré l’état dans lequel elle se trouvait. En effet elle n'avait pas l'attention attirée sur l’époque de sa menstruation par le fait qu’elle dit avoir été réglée irrégulièrement avant la conception. Au moment de l'intervention chirugicale le développement de l'utérus était tel qu’il a passé inaperçu au chirurgien et à son aide. Après l'intervention, elle a bien remarqué que son ventre augmentait de volume, que parfois elle sentait une masse se déplaçant vers la gauche de son abdomen et lui créant de la dyspnée mais elle a, ditelle, toujours cru, suivant l'avis de son médecin, que c'était la masse intestinale qui augmentait de volume et lui créait ces malaises.

III. 11 résulte de l'examen des lieux d’aisance [étant donné le diamètre considérable de la lunette et la distance qui sépare cette lunette des murs de soutien) que l'accouchement à pu se

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produire dans la position alléguée par la demoiselle H. C.

Conczustons. — 1. La demoiselle H. C. a accouché le 2 juin 192 , d’un enfant de sexe masculin à terme, vivant et viable. Cet enfant est mortàla suite d’une submersion dans les cabinets d’aisance.

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