‹ Étude médico-légale du tétanosChapitre 18 sur 30 · LL ER · texte numérisé non relu

LL ER

L'observation suivante, due à l’obligeance de M. Professeur Balthazard met nettement en Fee ee un

cas d’ inoculation de ce genre.

OBSERVATION XI. — Il s’agit d'une dame P... jetée dans un égout après avoir reçu sur la tête des coups violents qui avaient provoqué son évanouissement et l'avaient faite passer pour morte aux yeux de son agresseur.-Revenue à elle et ne se rendant qu'imparfaitement compte du lieu où elle se trouvait, elle se traina dans l'égout sur un parcours de 50 mètres environ.et arriva ainsi au niveau

d’une bouche d’aération où ses cris attirèrent l'attention d'un-passant qui la délivra.

Quelques jours après se déclarait un tétanos mortel. L'expertise démontra. qu'il-n’était point du aux blessures contondantes reçues sur la tête, mais bien consécutif aux plaies multiples, et éraillures occasionnées par le trajet dans l'égout.

. Nous citons la partie du rapport relative aux bles-

sures survenues dans l’égout et au. tétanos qui s'ensuivit :

‘Blessures dans l'égout. ——...Nous APRAE à la main. droite une cicatrice longitudinale sur toute la longueur de la face dorsale de la phalangine du médius. k

A la main gauche, trace d’un pinçon au bord interne de la phalangette de l'index et au bord externé de l’articulation phalango phalangienne du médius. Plaie linéaire d'un centimètre à la face dorsale de la même articulation du mèédius gauche.

À la jambe droite, plaie contuse cicatrisée, de la grandeur d’une pièce de’cinq francs, sous la pointe de la rotule. Quatre centimètres plus bas, plaie bourgeonnante arrondie, de la grandeur d’une pièce de deux francs, avec décollement de deux centimètres sur son bord interne. Deux cicatrices de petites plaies avec croutelles à la malléole externe et petite cicatrice au devant du cou-de-pied. A la face dorsale du 3° et 4° orteils, plaies cicatrisées. A la face dorsale du 2‘orteil, plaie bourgeonnante, peut-être avec arthrite. Au gros orteil, cicatrice de plaie à la face dorsale de la 1° phalange; l’ongle a été cassé transversalement à sa partie médiane et la portion distale est tombée.

À la jambe gauche, large cicatrice au dessous de la rotule et cicatrice plus petite en dehors de la première. Au pied gauche, on trouve des cicatrices À la face dorsale de tous les orteils, mais il existe une plaie bourgeonnante sur le 2° orteil.

Complications des blessures. — Il est presque certain que les coups sur la tête ont entrainé une commotion cérébrale avec perte plus ou moins prolongée de connaissance. Cette commotion a occasionné une amnésie qui explique que la:blessée se rende imparfaitement compte de ce qui s’est passé après qu’elle a été blessée à la tête.

Le 11 mars, elle a commencé à présenter du trismus et

. le.médecin traitant a prescrit du chloral à la dose de 10 gr. en deux jours. Le 14 mars. il a prescrit de l’antipyrine, environ 3 gr. par jour, puis le 15, en raison des complications pulmonaires, de l’acétate d’ammoniaque.

A la première visite du Dr. C.…., le 17 mars, il existait un peu de fièvre (T° : 381); le pouls était à 116. On

rare

constatait du trismus, du rire sardonique, une contracturs des muscles de la face, du cou et de ja nuque, une gêne de la déglutition. ;

Une nuit, la malade a eu la langue serrée entre les dents

et elle a émis ensuite quelques crachats sanglants. A plu-

sieurs reprises, elle a présenté des crampes dans les jam-.

bes et a eu des secousses dans les membres supérieurs.

Au moment de notre examen, la contracture des muscles de la face, des stérno-cleido-mastoïdiens et des muscles de la nuque persiste. Le trismus est serré et la malade peut à peine écarter les machoîres d’un centimètre. Lorsqu’ elle cherche À parler longtemps, la malade présente une côntracture des muscles de la face qui prend l aspect du rire sardonique. ù

Les membres inférieurs sont assez souples, mais tous les

réflexes sont exagérés et l’on obtient avec la plus grande

facilité le clonus du Det très accentué. Pas de signe < |

Babinski. k

A l’auscultation, on trouve un foyer de congestion au sommet droit, avec râles sous-crépitants ; il semble s’agir là d’une lésion aiguë, bien que la malade ait présenté autrefois une bronchite suspecte du sommet. La difficulté de l’expectoration entraine de l'encombrement bronchique par des secrétions muco-purulentes. |

Discussion. —— La dame P... a.été frappée avec violence sur le sommet de la tête de deux coups à l'aide d'un instrument contondant, qui a en outre produit une fracture du cubitus droiït. D’après la nature de ces blessures, il est ‘fort probable qu'il est survenu de la commotion céré-

brale et une perte de connaissance avec amnésie.

LS

Les autres blessures ont été faites alors que la dame P:.. se trainait dans le fond de l'égout. Largement souillées de . vase, ces blessures se sont compliquées de tétanos qui a débuté 15 jours plus tard, par du trimus et dont le diagnostic ne peut prêter actuellement à aucune discussion.

-Malgré la marche lente de la maladie, le phovee reste des plus réservés. ï À

Or, le 30 mars, la dame P... décédait et son décès motivait une nouvelle expertise à l’effet de déterminer exactement les causes de la mort. L’autopsie ne révéla rien de particulier. Toutes les blessures signalées dans.le précédent rapport étaient cicatrisées « sauf la « plaie frontale médiane, la plaie de la face antérieure « de la cuisse, dont la surface est desséchée. es plaies « des faces dorsales des 2° orteils au pied droit et au « pied gauche.»

Des fragments des plaies des orteils furent prélevés en vue de la recherche du bacille tétanique. Cette recherche, faite par M. Philippe à l’Institut médicolégal, selon une technique que nous donnons plus loin (V. page 06) mit nettement en évidence la présence du bacille de Nicolaïer au niveau des plaies des orteils.

Le rapport conclut d’ailleurs :

Causes de la mort. — La mort n’est pas due aux blessures elles-mêmes de la boite cranienne, malgré leur gravité. Elle est la conséquence d’une infection tétanique en rapport avec la souillure des plaies des orteils par la vase

de l’égout riche en bacilles tétaniques. Le tétanos à Évo: lué sous forme presque chronique, et s’est terminé, comme c’est souvent la règle en. pareil cas, par. des, gomplications pulmonaires de spléno et de broncho-pneumonie. .

La femme P.. navait pas des viscères en parfait état, et nous avons relevé des lésions anciennes du foie, .de la rate et des reins. Maïs l'influence de ces lésions sur Ja terminaison fatale est secondaire. La mort reste due au tétanos contracté en rampant dans l’égout.

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