‹ Étude médico-légale du tétanosChapitre 27 sur 30 · DISCUSSION · texte numérisé non relu

DISCUSSION

-Le tétanos, qui a causé la mort de C... est considéré par . sa veuve comme une complication de la contusion du médius gauche survenue le 12 mai 1925. En admettant que les pre-. miers symptômes du tétanos se soient manifestés le 14 juin, la durée de l’incubation aurait été de plus de 30 jours. Ce n’est pas là chose inadmissible, et l’on connait nombre de cas de tétanos dont la durée d’incubation a été supérieure à 1 mois. — Mais en raison de l'absence de plaie et d’éraillure: de l’épiderme, il est impossible d'admettre que la con tusion du médius gauche ait ouvert une porte d'entrée à la contamination tétanique. On pourrait se demander si ce traumatisme a pu favoriser le développement d’un tétanos latent, mais en pareil cas, le tétanos éclate peu de jours après le traumatisme. Nous concluons donc que le tétanos n’a pas été la conséquence de l’accident du 12 mai 1925.

C... présentait aux deux mains de nombreuses crevasses, excoriations, en rapport avec le travail assez pénible auquel il se livrait. On est en droit de penser que chez lui l'inoculation tétanique a eu lieu au niveau de ces petites blessures; s’il était établi que cette inoculation a eu lieu

pendant le travail, il s'agirait 1à d’un fait anormal et réellement accidentel. .. F DES

‘Alors même que l’on ne peut préciser le moment exact-de l'inoculation, la jurisprudence a admis que-le charbon constitue un,accident du travail chez les tanneurs. Poùr le tétanos, il existe seulemnt une grande vraisemblance pour. que-l’inoculation ait eu lieu au cours du travail.

Conclusions :

1°). Le tétanos auquel C... a succombé le 23 juin 1925 n’est pas une conséquence de l'accident du 12 mai 1925.

-2°) I est très vraisemblable cependant que l’inoculation a eu lieu au cours du travail à partir du 6 juin 1925, au niveau d’une des petites blessures cutanées, professionnelles dont C... était porteur, et qu’il constitue par suite un accident du travail. |

Le problème aurait été plus complexe et plus délicat à résoudre si une longue expérience et des observations portant sur de nombreuses années avaient permis. d'affirmer que le milieu dans lequel travaillait l’ouvrier n’était guère susceptible de recéler des germes tétaniques. Dès lors l’hypothèse d’une contamination au cours du travail apparaissait comme très hasardeuse et peu probable. |

C’est ainsi que le Dr. Lagoutte, chirurgien du ue ; sot déclare qu’il ne.pratique jamais d’injection de sérum' antitétanique chez ses accidentés du travail, car 1l considère le milieu usinier, comme absolument dépour- vu de germes tétaniques. Depuis juin 1899 en effet, 1

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n’a pas observé un:seul cas de tétanos consécutif: à un. accident de travail, bien qu’il ait donné ses. soins à

81.800 blessés d’usine, chiffre auquel il convient d’ajouter le nombre fort élevé de petits accidents qui ne provoquent aucun chômage et échappent en somme au

médecin. REF s: LR LT à ACT

\ 4 Le \ Aussi l’observation qu’il présenta en 1921 à la So--

ciété de Chirurvie offre-t-elle un intérêt particulier, non tant à cause de la durée d’inoculation du tétanos qui-est‘à notre avis trop brève pour que l'affection puisse être rattachée à l'accident; mais parcequ’elle met en lumière la difficulté où l’on se trouve’parfois de préciser l’origine du tétanos lorsqu'il existe une blessure survenue au cours d’un travail, peu susceptible d’être tétanigène, et que l’on est par contre en droit de songer à une inoculation survenue en dehors du travail, par l'intermédiaire d’une petite excoriation ne inaperçue. ANS | NET ;

I s'agissait dans le cas en question d’un garçon de 20 ans, ouvrier dans les usine du Creuot, mais habitant une ferme des ‘environs où il se livrait parfois à de menus travaux. Il fut blessé au cours de son travail professionnel le 19 novembre 1920 à dix heures du matin, ayant eu le g'enou gauche sérré entre un rail et la roue d’un wagon. La bles: sure. consistait en une, large excoriation des téugments avec un abondant épanchement sanguin sous cutané. Il fut hospitalisé immédiatement et pansé aseptiquement. Le Dr.

Lagoutte, selon son habitude justifiée par une longue ex-

périence, ne pratiqua pas d'injection antitétanique. Le mê-

me-jour, À 23 heures, soit 13:heures à peine après l'aécident; apparaissent les. premiers symptômes du tétanos. A quatre heures du matin le malade était-eouvert de sueurs: profuses, ‘présentait un trismus serré: ét des crises subintrantes ,de contractures. généralisées. La mort: survint 36-heures après l'apparition des conträctures.

Cétte observation fournit un exmple de tétanos suraigu à marche rapide, fait qui est loin d’être exceptionnel. Mais le délai qui sépare le moment de la blessure du début des accidents est manifestement trop court pour que l’on puisse conclure à une relation de cause à effet entre les deux évènements.

Il ne faut voir dans ce cas qu’une coincidence curieuse. L’ouvrier avait du s’inoculer des spores tétaniques au cours de ses occuations personnelles à la ferme. Cette première blessure qui n’était donc pas un accident de travail était resté inaperçu et la période d’incubation touchait vraisemblablement à sa fin lorsque survint la deuxième blessure, celle-ci accident du travail. [ se peut qu’elle ait contribué pour une certaine part à exalter la virulence du bacille de Nicolaïer, en diminuant la résistance de l’organisme, mais elle ne saurait être tenue pour cause de l’évolution du tétanos.

Cette observation constitue en quelque sorte la contre partie de la précédente. Dans l’observation de M. Balthazard la présomption était très nettement favorable à l’ouvrier, dans celle de M. Lagoutte, elle tui est au contraire tout à fait défavorable.

On voit par là que le tétanos, comme beaucoup d’autres affections soulève parfois en médecine légale des À cas d'espèce. aussi complexes qu'embarrassants. Légitimement on, ne saurait les prévoir tous. et leur assigner d'avance une solution précise. Dès lors, pour:les résoudre équitablement, on ne peut que demander au bon sens de l'expert de ‘s’allier à la bienveillante sagesse du magistrat.

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