‹ Étude médico-légale sur l'avortementChapitre 25 sur 44 · II. — Consultation médico-légale · texte numérisé non relu

II. — Consultation médico-légale

Nous, soussignés, S. Tarnier, chirurgien en chef de la Maternité, membre de l'Académie de médecine, et P. Brouardel, professeur de médecine légale à la Faculté, commis par M. Ragon, juge d'instruction près le tribunal de première instance de la Seine, en vertu d'une ordonnance ainsi conçue :

« Vu la procédure instruite contre les nommés G... et D..., inculpésd'avortement et de complicité, — détenus ;

» Attendu qu'il impc.rte d'expliquer, à un point de vue purement scientifique, les déclarations recueillies dans l'instruction, et qui ont étéfournies par l'inculpé C... ;

Commettons MM. les D''^ Tarnier et Brouardel, communication à eux faite des explications pi'ésentées par le Df C..., à l'effet de fournir des éclaircissements sur les points suivants :

— « Etant admise la déclaration faite, d'une part, par D..., « qu'il n'envoyait sa maîtresse au D' C... que dans le seul but de savoir si elle était ou non enceinte, » et d'auti'e part par C..., qui a reconnu « qu'il savait Gabrielle B... enceinte quand elle s'est offerte à lui le 14 août^ » le D"" G... a-t-il procédé comme on le fait d'habitude, pour s'assurer qu'une femme est enceinte ?

— « Eu supposant que G..., ainsi qu'il le déclare, n'ait exploré que le vagin de la jeune fille, en quoi cela pouvait-il l'aider à connaître à quelle période de sa grossesse elle était arrivée ?

— « C. . prétend avoir été amené à faire cette exploration par suite de l'inflammation des parties de la jeune fille. Pouvait-il apprécier l'intensité de cette prétendue inflammation sans la voir, et sans constater des yeux les traces qu'elle aurait pu laisser sur les organes ?

— « Peut-on procéder, au contraire par le contact seul, et sans qu'il soit besoin de voiries pai'ties, quand il s'agit défaire avorter une femme ?

— « En quoi consistent aujourd'hui les pratiques abortives, et à quel mode a-t-on recours pour qu'il n'en reste aucune trace ?

— • « La sonde indiquée par G... comme étant celle dont il s'est servi pouvait-elle, agitée dans certaines conditions, amener le décollement du fœtus ?.

— « La jeune B... a déclaré, à différentes reprises, qu'elle s'était sentie piquée, qu'on lui avait fait une piqûre, que G... lui avait donné comme un coup de lancette. L'introduction brusque d'une sonde mousse dans un orifice fermé, comme devait l'être l'orifice interne de la matrice chez la jeune B..., n'a-t-il pas pu faire éprouver à la patiente une sensation analogue à une piqûre ou à une déchirure ?

— « Lafaçondont G... a procédé, d'après les dires de Gabrielle B..., ne devait-elle pas amener l'avortement de cette jeune fille ?

— ■> Son exploration ayant eu lieu le 14 août dans l'après-midi, des gouttes de sang ayant paru aussitôt, et la fausse couche s'étant produite le lendemain, l'apparition du sang et l'avortement ne sont-ils pas la conséquence médiate des pratiques opérées ?

— H Et sur tous autres points résultant des explications qui ont été fournies par les inculpés. »

Serment préalablement prêté, avons répondu ainsi qu'il suit aux questions qui nous étaient posées :

lï'c Question. — Etant admise la déclaration faite d'une part par D..., « qu'il n'envoyait sa maîtresse au D"" G... que dans le seul but de s'assurer si elle était ou non enceinte '), et d'autre part par G.. ., qui a reconnu « qu'il savait Gabrielle B... enceinte quand elle s'est o{îerteàlai,lel4 août», G... a-t-il procédé comme on le fait d'habitude pour s'assurer qu'une femme est enceinte ?

AVORTEMENTS PROVOQUÉS. ACCinENTS CONSÉCUTIFS. 185

Lorsque Gabrielle B... s'est présentée le 14 août chez le D. G..., elle était enceinte de deux mois environ ; les diverses dépositions et les résultats de l'autopsie sont, sur ce point, en parfaite concordance. Or, pendant les deux ou trois premiers mois le diagnostic de la grossesse est toujours difficile^ souvent impossible. L'interrogatoire de la femme permet de noter les troubles survenus d'oi'dinaire dans la menstruation, assez fréquemment l'existence de nausées, de vomissements, etc. L'examen direct des seins peut aussi dans quelques cas faire reconnaître certaines modifications survenues dans ces organes. Le toucher vaginal^ combiné avec le palper abdominal, permet parfois de constater l'augmentation de volume de l'utérus. Mais, il faut bien le dire, pendant le deux et même les trois premiers mois de la grossesse, le diagnostic reste souvent incertain.

Dans son interrogatoire du 9 octobre, le D'' G... dit: « Je l'ai fait asseoir sur un canapé et j'ai commencé par lui palper le ventre, sur ses vêtements ; je l'ai trouvé ballonné, dur, et j'ai constaté en relevant les jupes de la jeune fille qu'il en sortait une odeur nauséabonde assez prononcée. J'ai alors introduit mon doigt dans les parties et l'odeur dont il était imprégné, m'ayant confirmé que cette fille devait souffrir d'une inflammation, je lui ai introduit une sonde mousse dans le vagin, etc. » Plus loin, le D"" G... dit n'avoir pas relevé les jupons de la jeune fille. 11 semble toutefois que l'exploration a été plus complète qu'on ne le penserait si l'on s'en rapportait seulement aux rt'îponses précédentes, car dans son interrogatoire du 16 octobre, le D'' G... ajoute : ■■<■ J'ai dit que les organes se trouvaient dans cet état qu'on appelle en médecine chute de Vutérus par inertie ou 7'étroversion de l'utérus, c'est-à-dire le col appuyant sur le rectum et le fond de la matrice faisant saillie et s'appuyant sur le pubis. » Le D'' G... aurait donc cherché à reconnaître la position et le volume de l'utérus.

Nous ne nous arrêtons pas à discuter ce diagnostic qui témoigne, ainsi que bien d'autres passages de l'interrogatoire, d'un singulier oubli des plus simples notions de la pathologie médicale. Nous concluons seulement que si l'examen fait par le D'' G. .. avait pour but de s'assurer de l'état de grossesse de Gabrielle B..., cet examen a été incomplet et mal conduit.

2e question. — En supposant, ainsi qu'il le déclare, que G... n'ait exploré que le vagin de la jeune fille, en quoi cela pouvait-il l'aider à connaître à quelle période de sa grossesse elle était arrivée ?

Pendant les premiers mois de la grossesse, le toucher vaginal peut faire reconnaître si l'utérus est ou n'est pas augmenté de volume, si le col de la matrice est dur ou ramolli. C'est à cette époque de la gestation, une des opérations nécessaires pour établir le diagnostic de la grossesse. Mais, pratiqué seul, le toucher vaginal ne peut permettre de préciser à quelle période la grossesse est parvenue.

3e question. — Le D"" G... prétend avoir été amené à faire cette exploration par suite de l'inflammation des parties de la jeune fille. Pouvait-il

apprécier l'intensité de cette prétendue inflammation sans la voir et sans constater des yeux les traces qu'elle aurait pu laisser sur les organes ?

Par le toucher vaginal seul, on peut reconnaître dans certains cas que le col de l'utérus est plus volumineux, que sa consistance est plus molle ou plus dure que dans l'état normal, que le volume et la sensibilité de la matrice sont augmentés, ainsi qu'on l'observe dans la métrite ; on peut reconnaître également que les ligaments larges ou les culs-de-sae péritonéaux sont enflammés. Mais lorsqu'il n'existe ni tumeur utérine quelconque, ni métrite, ni inflammation des ligaments larges, ni pelvipéritonite, et quand des pertes blanches, rouges ou sanguinolentessemblent indiquer l'existence d'une vaginite ou d'une ulcération du col, le toucher ne suffit plus ; on ne se rend un compte exact de la nature,, du siège, et de l'imporlance de l'inflammation et des ulcérations que par un examen pratiqué à l'aide du spéculum, de façon à ce que l'œil puisse explorer la muqueuse vaginale et le col de l'utérus. Il faut ajouter que chez les femmes enceintes les pertes blanches sont fréquentes, alors même qu'il n'existe pas d'ulcération.

En règle générale, l'examen au spéculum doit être précédé du toucher vaginal et celui-ci est indispensable lorsqu'on veut s'assurer de l'état des organes génitaux quel qu'il soit, qu'il s'agisse d'une maladie ou d'une grossesse. Mais ces deux modes d'exploration se complètent mutuellement et l'examen au spéculum est indispensable pour apprécier exactement la nature et l'intensité des inflammations du vagin et du col de l'utérus..

4^ questio7i. — Peut-on procéder au contraire par le contact seul, et sans qu'il soit besoin de voir les parties, quand il s'agit de faire avorter une femme ?

Il est possible, non sans quelques tâtonnements, de faire glisser sur ledoigt introduit au préalable dans le vagin, une sonde, un instrument pointu quelconque ; puis de Tintroduire dans l'orifice du col de l'utérus^ et enfin de le pousser, jusque dans la mati'ice de manière à décoller ou à déchirer les membranes de l'œuf, sans que pour cela il y ait besoin de spéculum. Tardieu a déjà signalé ce procédé comme fréquemment usité (Voy. p. 33). Nous avons eu l'occasion de savoir qu'il avait également été employé dans ces conditions sur une femme qui nous a fait sur ce point les aveux les plus explicites,

5e question. — En quoi consistent aujourd'hui les pratiques abortives, et à quel mode a-t-on recours pour qu'il n'en reste aucune trace ?

Les moyens employés pour provoquer l'avortement sont surtout le décollement ou la ponction des membranes de l'œuf, et l'injection d'un liquide dans la cavité utérine. Ces deux procédés sont actuellement presque les s^euls adoptés par les personnes qui se livrent à la pratiquedes avortements criminels en France, en Allemagne et en Angleterre.

Lorsque le décollement ou la. perforation des membranes à l'aide d'un, instrument, et Vi7ijection intra-utérine sont mis en pratique par une main, exercée, ni l'un ni l'autre ne laissent de traces.

6^ Question. — La sonde indiquée par C... comme étant celle dont il s'est servi, pouvait-elle, agitée dans certaines conditions, amener le décollement du fœtus ?

L'instrument placé sous le scellé n° 1 est une sonde d'homme dont la courbure est un peu redressée. Cette sonde est en mauvais état, bosselée. On peut avec elle, comme avec tous les instruments mousses ou piquants analogues pénétrer dans la cavité du col et de là dans l'utérus, décoller les membranes de l'œuf et provoquer ainsi un avortement.

1^ Question. — La jeune B... a déclaré à différentes reprises, qu'elle s'était sentie piquée, qvCon lui avait fait une piqûre, que G... lui avait donné un coup de lancette. L'introduction brusque d'une sonde mousse dans un orifice fermé comme devait l'être l'orifice interne de la matrice chez la jeune B..., n'a-t-il pas put faire éprouver à la patiente une sensation ana'.ogue à une piqûre ou à une déchirure ?

L'exploration du vagin et de la surface externe du col par une sonde, mais sans introduction dans la matrice, provoque chez certaines femmes, une sensation qu'elles accusent, en désignant sous le nom de piqûre et qui peut se traduire par un mouvement brusque. Mais ce fait est rare el la sensation est peu persistante.

La sensation que les femmes éprouvent au moment oii un instrumenf pénètre dans l'orifice du col de l'utérus est très variable. Lorsque la femme n'est pas enceinte et que l'orifice interne est étroit, le plus souvent elle éprouve, au moment où on passe la sonde utérine^ une sensation douloureuse. Lorsque la femme est enceinte et qu'un accoucheur par suite d'accidents assez graves pour compromettre la vie de la femme, est obligé de pratiquer un avortement ou un accouchement prématuré, souvent la femme n'accuse aucune sensation. Lorsqu'il s'agit d'avortement provoqué par une main criminelle, il y a assez fréquemment une sensation defarfouillementoude piqûre nettement signalée dans cas nombreux.

Dans le cas relatif à la jeune B..., l'introduction brusque d'une sonde dans la cavité du corps de l'utérus a pu provoquer une sensation analogue à une piqûre ou à une déchirure

8e Question. — La façon dont C... a procédé d'après le dire de Gabrielle B..., ne devait-elle pas amener l'avortement de cette jeune fille ?

Si l'on accepte comme vraies les déclarations de Gabrielle B... (Dépositions de MM. Dufourmantelle, commissaire de police, — Ladausse, secrétaire de M. le commissaire de police, — M..., interne des hôpitaux, — Fe M.... garde-malade, — DUe H... Honorine), elle aurait subi, de la part du D"'C..., l'opération suivante : (Nous reproduisons la déclaration faite au commissaire de police comme la plus complète ; les autres n'en diffèrent que par quelques détails).

« Le Di' C... auquel je présentai la carte du sieur D..., qui l'avait vu préalablement, me fit entrer dans son cabinet, et après m'avoir fait asseoir dans un fauteuil, il commença par m'examiner au spéculum, après quoi et sans m'adresscr aucune observation, il prit une tige en métal

blanc qu'il introduisit dans mes parties et qu'il agita pendant quelques instants, très courts du reste. J'éprouvai par suite, non de l'introduction de cette tige, mais des mouvements que le docteur opéra, une certaine douleur et je perdis du sang, dont l'odeur me parut infecte. Je me levai et allai retrouver M. D... qui me reconduisit en voiture. »

Il suffit de rapprocher les termes de cette déposition des phrases que nous avons citées plus haut pour constater qu'elle offre beaucoup de similitude avec la manœuvre décrite par Tardieu, p. 54, comme constituant le procédé de l'avortement par décollement ou déchirure des membranes de l'œuf à l'aide d'une sonde.

Dans cette déposition un seul détail n'est pas conforme à ceux qui sont consignés dans les observations antérieures et à ce que l'on constate dans les avortements spontanés. C'est cette odeur infecte signalée par Gabrielle B... et par le U"" C... Nous relevons ce fait sans que nous puissions en signaler la cause avec certitude. Cette odeur infecte ne peut être expliquée par la perforation des membranes de l'œuf et nous devons ajouter qu'il n'est pas rare, dans bon nombre de maladies des organes génitaux, vaginite, métrite, etc..., de constater une odeur mauvaise, parfois infecte.

9e Question. — Son exploration ayant eu lieu le 14 août dans l'aprèsmidi, des gouttes de sang ayant paru aussitôt, et la fausse couche s'étant produite le lendemain, .l'apparition du sang et l'avortement ne sont-ils pas la conséquence médiate des pratiques opérées ?

Avant de répondre à cette question, nous devons faire remarquer que l'avortement spontané, non criminel, est un accident fréquent, que ceraines femmes y sont si particulièrement disposées, que les soins les mieux entendus ne parviennent pas toujours à l'éviter. Dans ce cas, le moindre événement, une émotion morale, une chute, un faux pas, des rapports sexuels, etc., sont des causes déterminantes suffisantes. L"un de nous a vu une fois, dans une carrière déjà longue, le simple toucher vaginal être suivi d'avortement à bref délai. D'autre part, le toucher vaginal, bien que pratiqué avec les plus grandes précautions chez une femme au début de la grossesse, peut provoquer l'écoulement d'une petite quantité de sang, sans que l'avortement en soit d'ailleurs la conséquence. Quelque rares et exceptionnels que soient ces faits, nous devons les signaler.

Par contre, il serait facile d'enregistrer des exemples inverses dans lesquels on a constaté que les violences les plus graves, accidentelles ou criminelles, pratiquées soit sur les parois du ventre, soit même sur le col de l'utérus, n'avaient pu réussir à provoquer un avortement.

En thèse générale on peut dire que l'avortement spontané d'une femme dépend de dispositions spéciales, qui lui sont absolument personnelles et qu'il est difficile ou impossible d'apprécier avant qu'une ou plusieurs grossesses antérieures n'aient fixé par l'expérience l'opinion du médecin traitant.

Nous revenons maintenant à l'examen de la question posée par M. le juge d'instruction.

Dans sa belle étude sur l'avortement, Tardieu décrit les effets immédiats et consécutifs des manœuvres abortives : sa description est restée classique, elle est adoptée par tous les auteurs et nous n'avons personnellement rien à y changer (voy. loco citato, p. 53).

Si l'on lient pour exactes les déclarations de Gabrielle B..., elle aurait perdu quelques gouttes de sang dans le cabinet du Dr G..., lors de la visite du 14 août. Le soir elle aurait perdu un peu de sang ; D... ajoute avoir vu des taches de sang frais sur la chemise de Gabrielle 13... Mais le lendemain matin 1.5 et toute la journée du 15 et la nuit du 15 au 16, la perte de sang aurait été réellement assez abondante. (Déclarations de M. Dufourmantelle, de M. Ladausse. — Interrogatoire de Gabrielle B..., de Ve D..., de DUe Angèle M...)

Bien que l'on ne puisse préciser le moment exact delà fausse couche, celle-ci s'est effectuée vraisemblablement soit le 15 dans la journée, soit dans la nuit du 15 au 16, c'est-à-dire vingt-quatre à trente-six heures après la visite faite dans le cabinet du D'" G...

L'avortement aurait donc été accompli dans un temps qui correspond à celui qui a été noté par les auteurs après les manœuvres criminelles.

Les déclarations de Gabrielle B,.. ne contiennent rien qui soit en contradiction avec ce que Aous savons des avortements criminels.

Mais comme nous l'avons déjà dit plus haut, dans certains cas exceptionnels un écoulement de sang et même l'avortement peuvent suivre le simple toucher vaginal pratiqué suivant les règles de la clinique.

Tarn 1ER et Brouardel.

VIII. — Accoucheiiients prématurés artificiels. — Avortements provoqués, non criminels. — Procédés opératoires. Effets imiucdiats des opérations.

Obs. LX.I. — Accouchements prématurés artificiels provoqués à sept et à huit mois par l'usage exclusif de l'ergot de seigle (1).

Une femme, arrivée à la fin du huitième mois, est soumise pendant cinq jours consécutifs à l'usage de pilules contenant ensemble environ 6 grammes d'ergot de seigle. Dès le second jour, de petites douleurs se font sentir, et le col commence à se dilater le troisième. Le travail se décide dans toute sa force le septième jour, et la délivrance s'opère promptement sans aucun accident.

Deux cas de même nature, observés par feu Waddleworth sur des femmes parvenues à la fin du septième mois de la grossesse chez les-

(1) Observation de M. Van Wageninge, dans les Annales de la Société mé'/ico-chirurgicale de Bruges, citée par Millet, Mémoires de VAcadéynie de médecine, 1. XVIII, p. 287. 114

quelles, après trois jours consécutifs de l'usage de l'ergot, le travail

s'établit et se termina dans l'espace de dix heures.

Le docteur Ramsbotharn affirme avoir observé plusieurs cas dans lesquels la délivrance anticipée a été produite par l'ergot seul. Et M. Millet ne pense pas que l'on puisse révoquer en doute, dans ces cas, son efficacité.

Obs. LXII. — Avortement provoqué par la ponction des membranes.

Une femme de vingt-huit ans, parvenue au sixième mois d'une quatrième grossesse, fut prise d'accidents très graves à la fois gastriques et cérébraux, que l'on reconnut plus tard devoir être attribués à une apoplexie utéro-placentaire, et qui parurent nécessiter la provocation de l'avortement comme seul moyen de sauver la malade. On y procéda en rompant les membranes. Il s'écoula une ou deux onces de liquide amniotique, et la dilatation du col commença bientôt. Cependant le travail ne marchant pas, l'accoucheur introduisit à plusieurs reprises la main dans le col de l'utérus sans qu'il survînt de véritables contractions utérines. L'accouchement se termina pourtant après vingt-quatre heures, et malgré une hémorrhagie abondante, la femme se rétablit.

Obs. LXIII. — Accouchement provoqué à huit mois dans un cas de choléra par la ponction des membranes {l).

Le docteur Basedow, de Mersbourg, dans l'espoir de sauver une femme enceinte de huit mois et atteinte de choléra algide, eut l'idée de provoquer l'accouchement. Il trouva l'orifice de la matrice entr'ouvert, et conduisant sur le doigt, introduit dans le col, une aiguille à tricoter, il perça les membranes. Il s'écoula immédiatement une assez grande quantité de liquide amniotique. Une demi-heure après^ le travail se déclara, et en trois heures la délivrance était complète. La malade guérit.

Obs. LXIV. — Accouchement prématuré provoqué à sept mois par la ponctio?i tjes membranes à Vaide du doigt (2).

Sur une dame âgée de vingt-cinq ans, et se disant enceinte d'un peu moins de sept mois, affectée d'une hydropisie de l'amnios compliquée d'accidents qui mettaient sa vie en danger, M. le docteur Duclos, de Toulouse, se décidant à provoquer la délivrance, parvint à introduire

(1) Observation, du docteur Edwards The Lancet, septembre 1846.

(2) Leçons de M. P. Dubois, loc. cit.,^. 499.

(3) Observation citée par P. Dubois dans les leçons cliniques recueillies par le docteur E. Laborie, Union médicale, 1848, p. 469.

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