II. Aincnorrhéc, développement du ventre et des seins, etc
Nous n aurions pas à insister sur ces phénomènes, en raison du peu de valeur qu'on leur attribue dans la constatation de la grossesse, si leur existence, à peu près constante au début de la gestation, ne leur donnait une grande importance aux yeux des femmes, et si, par suite, ils ne devenaient ordinairement le point de départ de tous les accidents qui se montrent plus tard dans le cours des fausses grossesses. Du reste, c'est à ces signes incertains que se sont le plus attachés les auteurs (1). On comprend, en effet, combien sont nombreuses et variées les causes qui, outre la grossesse, peuvent amener chez les femmes une intumescence du ventre (2). Et, ce qui est à la fois plus remarquable et plus important pour notre sujet, c'est que les seins participent en général à cette augmentation de volume, et présentent, lorsmême que l'utérus est tout à fait étranger au gonflement du ventre, un surcroît de vitalité quelquefois très marqué. Sans vouloir énumérer toutes les conditions dans lesquelles se montrent les signes dont il est question ici, nous indiquerons les principales.
Mauriceau cite quatre observations dans lesquelles le développement naturel de l'embonpoint, coïncidant avec
(1) Heilmann, rcspond. Pollau, Dissert, sistens intumescentias ventris sœpe fjraviditatem mentientes. Wurzboui'g, 1799. J'ai eu le regret de ne pouvoir me procurer celte thèse, mais j'ai cru néanmoins devoir la citer. — Capuron, Dissert, de spuria graviditate,i\\hèG de concours, 1811. Cette dissertation ne contient malheureusement aucun fait particulier.
(2) Orfda, /oc, cit..
AMÉNORRHÉE, DÉVELOPPEMENT DU VENTRE, ETC. 2o9
la diminution ou la cessation des régies, avait fait croire à une grossesse. Les femmes, qui pour la plupart étaient près de l'âge de retour, avaient cru sentir remuer alors qu'elles n'éprouvaient que de simples tressaillements, et l'une d'elles s'était crue à terme et même en travail (1).
L'aménorrhée peut produire les mêmes résultats, Russel parle d'une femme qui, ayant tous les symptômes de la grossesse, suppression des régies, volume du ventre, seins gorgés de lait, mouvement du fœtus, en fut débarrassée au bout de neuf mois par une perte. Les mêmes phénomènes revinrent ainsi tous les neuf mois pendant vingt ans. A l'autopsie on trouva les organes génitaux dans l'état naturel (2).
Les états organiques variés qui ont leur siège, soit dans l'utérus, soit dans les autres viscères abdominaux, soit enfin dans le péritoine, forment un groupe très distinct et facile à caractériser, parmi les grossesses apparentes. C'est ainsi que la physométrie (3), l'hydrométrie (4), le développement d'hydatides dans l'utérus (5), etc., ont pu donner lieu à des méprises. Mais il y a là une question de diagnostic anatomique qui ne doit pas nous occuper, et que les moyens physiques, et en particulier la percussion, doivent d'ailleurs rendre beaucoup moins obscure. La tympanite intestinale est plus fréquente et
(1) Mauriceau, Observations sur la grossesse et sur V accouchement, etc I^aris, 1694, obs. cclxxv, ccclxix, dlxvi, dlxxix.
(L) Meisner, Progrès de Vart des accouchements, de ÎSOI à 1825- cité par Velpeau, Traité complet de l'art des accouchements, deuxième édition. Paris, 1835, t. I. p. 244.
(3) J. P. Frank, Traité de médecine pratique, nouv. édit. Paris, 1842, t. II, p. 21.
(4) Gliambon de Montaux, des Maladies des femmes, Paris, 1841, t. II, p. 332.
(H) Fournier, Dictionn. des sciences médic., art. Cas rares, p. -.35.
donne lieu à des phénomènes plus complexes et plus saillants. L'exemple suivant en donnera une idée très complète :
Obs. II. — Grossesse apparente produite par une tympanite intestinale (1),
Une jeune dame éprouve quelque temps après son mariage une suppression de règles, accompagnée de dégoût, de salivation, de nausées, de légers vomissements, de gonflement dans les seins. Le ventre se tend peu à peu. A l'époque du quatrième mois, cette dame sent des mouvements jntérieurs qu'on prend pour ceux de l'enfant. Elle se porte d'ailleurs très bien, conserve son embonpoint ; ses digestions se font avec facilité. Les mamelles filtrent une sorte d'humeur laiteuse ; l'aréole brunit ; tout, en un mot, fait croire à l'existence d'une bonne et vraie grossesse. Levret qui devait accoucher cette dame le pensait ainsi. La mort ayant enlevé cet accoucheur, on fait choix pour le remplacer de Baudelocque qui fai" sa première visite avec Lorry. Ce médecin en portant la main sur le ven tre de la dame dit qu'il sent les mouvements de l'enfant. Baudelocque porte à son tour la main sur le ventre sent un mouvement intérieur, mais déclare que ce n'est pas là le mouvement d'un enfant, il touche, trouve la matrice petHe, non développée et dans un très grand état de maigreur. Il annonce qu'il n'existe pas de grossesse, et que la tension des parois du ventre est due à de l'air contenu dans les intestins. Vingt-quatre heures après cet examen, la dame éprouve quelques douleurs et pense que son accouchement va se terminer. Se croyant à la fin du neuvième mois de sa grossesse, elle prépare tous ce qui lui est nécessaire, se couche et fait appeler Baudelocque qui revient, touche une seconde fois et porte le même jugement. Peu de temps api'ès il se manifeste des coliques qui sont suivies de l'expulsion d'une très grande quantité d'air par l'anus et de l'affaissement du ventre.
On doit encore indiquer l'ascite comme rentrant dans les faits de cet ordre. L'affection organique se présente ici avec les signes qui lui sont propres et qui doivent rendre l'erreur plus difficile.
Il n'en est pas de même dans ces gonflements du ventre que l'on pourrait appeler idiopathiques, et qui sont le
(t) Murât, Didionn. des sciences médic.^ art. Grossesse, pr 422. Cette observation est la même que celle qui est citée par Baudelocque dans son livre PArf des accouchements, Paris, 1789, t. II, p. 658).