‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 31 sur 113 · LA FEMME PEUT-ELLE ACCOUCHER SANS LE SAVOIR · texte numérisé non relu

LA FEMME PEUT-ELLE ACCOUCHER SANS LE SAVOIR

les pljis habiles médecins n'a été reconnue qu’au moment de l’accouchement.

Mais qui ne voit la différence capitale qui sépare ces faits de ceux où se produit l’allégation mensongère de la femme qui se débat sous une accusation d’infanticide ! La meilleure preuve que celle-ci n’a pas ignoré sa grossesse, c’est qu’elle a tout fait pour la dissimuler; c’est qu’elle a comprimé sa taille, changé la forme de ses vêtements, parfois meme suppléé par la ruse à l’écoulement menstruel; et qu’enfm lorsque le terme est arrivé, elle a caché ses douleurs, étouffé sescris, etseule, sans aide, amis clandestinement au monde l’enfant qu’elle savait bien porter dans son sein et qu’elle a tué au moment meme où il venait de naître.

Ainsi, pour l’expert, il ne s’agit pas de dire si une femme peut, en thèse générale, ignorer sa grossesse. Il n’a à juger que la question de fait et à l’apprécier dans ce qu’elle a d’actuel : à voir si la femme est primipare ou si elle a déjà été mère; si elle est très-jeune ou, au contraire, plus âgée que ne le comporte d’ordinaire la possibilité de la conception; à tenir compte de la conduite qu’elle a tenue durant sa grossesse, des conditions dans lesquelles s’est opérée la délivrance, et alors il sera autorisé à conclure, sinon avec une absolue certitude, du moins avec toute vraisemblance, que la femme accusée d’infanticide n’a pas pu ignorer sa grossesse.

La femme peut-elle accoucher sans le savoir? — La femme qui nie avoir soupçonné sa grossesse, n’aura pas grand effort à faire pour prétendre qu’elle a été surprise par les douleurs de l’enfantement; bien plus, qu’elle est accouchée sans le savoir. Là encore il n’est pas permis de répondre d’une manière générale, et cependant on pourrait sans trop de témérité soutenir que le fait n’est pas possible.

Il est bien entendu qu’il ne s’agit ici que d’une femme saine de corps et d’esprit; on connaît, en effet, les états pa-

biologiques qui, frappant sur les facultés physiques ou intellectuelles, abolissant la sensibilité, peuvent enlever à la femme toute conscience de son accouchement. L’anesthésie chloroformique en fournit un exemple saisissant. Il suffit d'avoir assisté à un accouchement dans lequel le chloroforme a été employé pour être convaincu du défaut absolu de conscience de la femme qui, au sortir de l’anesthésie, entendant son enfant crier à l’extrémité de la chambre, ne se rend pas compte de sa propre délivrance ; mais les accouchements qui s’opèrent de cette façon n’ont rien à voir avec l’infanticide.

Il y a dans cette question une distinction importante à faire. La femme peut-elle avoir été surprise par les douleurs de benfantement ou par une subite délivrance? ou peut-elle avoir accouché sans s’en être doutée, soit durant son sommeil, soit dans tout autre état?

Sur le premier point, j’ai déjà indiqué, à l’occasion de l'immersion du nouveau-né dans les fosses d’aisances, l’erreur possible d’une femme qui, se croyant pressée par le besoin de la défécation, accouche dans les latrines. Le fait est constant. De même, un certain nombre de femmes accouchent avec une rapidité extraordinaire et ont pu ainsi, en quelques instants, se trouver délivrées brusquement et presque sans douleur, sur la voie publique, dans une voiture, au seuil d'un hôpital. Là n’est pas la question. Dans ces divers cas, la femme a pu se méprendre sur les premiers signes de l’enfantement, et n’avoir pas prévu sa prompte délivrance. Mais à un moment donné, elle a dû se trouver éclairée par le fait lui-même et a pu ou appeler à son aide, ou recueillir elle-même son enfant. Elle a su qu’elle accouchait ou tout au moins qu’elle était accouchée.

Le second cas est plus délicat et se produit dans des conditions complexes. La première qui peut se présenter comme compatible avec l’inconscience de la femme qui accouche,

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