ÉTAT PHYSIQUE DE LA FEMME APRÈS L’ACCOUCHEMENT
lieu où elle s'est délivrée, permet de reconnaître si, en effet, il y a eu perte de sang considérable et capable de produire la syncope. Une autre soutiendra qu’elle était en proie à des convulsions, à des attaques de nerfs qui l'ont empêchée de songer à son enfant : et que celui-ci a pu ainsi rester dans une position vicieuse, entre les jambes de la mère, la face sur le lit, baignant dans les liquides qui s’échappent des parties de la femme ; ou bien encore que dans un mouvement convulsif elle l’aura écrasé ou étouffé sans s'en apercevoir; ou seulement que dans l'état de stupeur ou de syncope dans lequel elle était plongée, elle n’a pu débarrasser son enfant des mucosités et des matières glaireuses qui s’accumulent dans l'arrière-gorge du nouveau -né, ce qui l'a étouffé.
Mais j’ai déjà été au-devant de ces allégations et les ai réfutées en traitant de la mort par suffocation. Je n’y reviens que pour mieux montrer le cas que l'on doit faire de ces nombreuses suppositions imaginées le plus souvent pour soutenir une défense aux abois.
La plupart de ces suppositions sont purement gratuites : et lors même qu’elles seraient acceptables en fait, elles seraient loin d’avoir les conséquences qu’on prétend leur attribuer. C’est ainsi que la position de l’enfant, la submersion de la tête dans les liquides issus de la femme n'entraîneraient pas nécessairement la mort du nouveau-né, chez qui la vie sera entretenue par la circulation placentaire tant que le cordon n’aura pas été coupé et que le placenta sera retenu dans la matrice, ce qui aura certainement lieu, puisque la femme n’aura pas été plus en état de se délivrer que de soigner son enfant. La pression supposée du corps ou de l’un des membres de la femme accouchée laisserait des traces visibles et une déformation persistante, sur la face ou la poitrine du nouveau-né. Et quant aux mucosités accumulées dans l'arrière-gorge, outre qu’elles ne sont pas de na-
lure à obstruer les voies aériennes, au premier cri cle Tentant, à la première secousse de toux, elles eussent été expulsées et n’auraient pas empêché l’entrée de l’air.
Pour peu qu’on ait vu naître un enfant et qu’on ait observé ses premiers mouvements, on ne peut douter qu’il en soit ainsi.
Mais toutes ces hypothèses tombent devant ce fait capital, sur lequel j’ai tant de fois insisté, que l’enfant né dans ces conditions et mort par suite de l’abandon dans lequel il aurait été laissé n’aurait jamais complètement respiré. L’examen de l’enfant, les constatations faites sur son cadavre sont donc les meilleures preuves à opposer aux allégations mensongères de la femme. Et lorsqu’on trouve les poumons pénétrés par l’air on est en droit de déclarer formellement que l’enfant ne s’est pas trouvé dans la position indiquée, et que sa mort n’est pas le résultat de l’impossibilité physique où la mère aurait été de s’occuper de lui ct.de lui donner les soins nécessaires.
Les violences commises par une femme sur son enfant sontelles le résultat d'une perversion des facultés mentales ou affectives,, ou d'un délire puerpéral? — J’arrive à un argument plus délicat qui est, dans bien des cas, la base de la défense, et qui, habilement présenté par une voix éloquente, peut souvent troubler et entraîner la conscience du juge, sans cependant être fondé sur l’appréciation exacte du fait qu’il appartient à l’expert de rétablir dans toute sa vérité. Tout à l’heure on invoquait certaines circonstances physiques dans lesquelles pouvait se trouver la femme récemment accouchée, maintenant c’est au trouble de la raison, c’est à la perversion de ses facultés affectives, à une sorte de délire passager qui peut suivre la délivrance que Ton veut attribuer le meurtre du nouveau-né. L’infanticide n’est pas nié, il est constant, mais l’accusée est irresponsable et partant innocente. Je ne veux pas aborder ici, à l’occasion d’une étude