DES MOYENS INDIRECTS EMPLOYÉS
Il est juste de faire remarquer que bien rarement les femmes poussent ce dernier moyen assez loin pour lui don* ner quelque efficacité. J’en ai cité néanmoins qui ne reculaient pas devant le danger de chutes répétées d’un lieu assez élevé, ou sur les degrés d’un escalier; et l’on peut assimiler à cette conduite la constriction parfois très-violente du ventre que certaines femmes s’imposent, dans le double but de dissimuler et d’entraver le développement de leur grossesse. J’en rapporterai plus loin un exemple frappant, qui a été, pour nos savants collègues de Montpellier, MM. René, Alquié et Dumas, l’occasion d’une consultation des plus remarquables, véritable mémoire original sur la question, que je suis heureux de pouvoir citer.
Mais si ce sont là des indices de tentat ives coupables, ce ne sont pas, en général, des causes réelles de l’avortement criminel. Il n’est, personne qui ne sache à quel point sont variables les effets des contusions, des chutes et des accidents même les plus graves chez les femmes enceintes.
J’en citerai deux exemples qui me paraissent bons à retenir. Il y a environ huit ans, devant la cour d’assises de la Loire-Inférieure, se déroulaient les tristes expédients employés par un paysan, qui avait séduit sa servante et qui voulait la faire avorter. Cet homme, monté sur un vigoureux cheval sur lequel il prenait sa domestique, partait au galop à travers les champs et lançait à terre cette malheureuse au plus fort de sa course. Ce barbare moyen, auquel il eut recours à deux reprises , n’ayant pas produit d’effet, il imagina de lui appliquer sur l’abdomen des pains bouillants sortant du four. Cette seconde tentative fut aussi infructueuse que la première, et la pauvre fille, ainsi martyrisée, accoucha cependant à terme d’un enfant vivant et bien constitué (1).
(1) Brillaud-Laujardière, de V Avortement provoqué. Paris, 1802, p. 279*