DE L’AVORTEMENT SIMULÉ
tions , la solennité qui doit entourer la discussion de leur opportunité, et enfin les indications limitées et précises qui, seules, peuvent les légitimer, sont autant d’obstacles qu’il appartient à l’expert d’opposer aux abus déplorables que l’on a pu justement redouter.
DE l’aVORTEMENT SIMULÉ.
Je terminerai celte étude de l’avortement par le récif d’un fait qui, à ma connaissance, est jusqu’ici unique dans les annales de la médecine légale, et qui montre quels problèmes inattendus peuvent surgir dans la pratique de cette partie de notre art, avec quelles difficultés imprévues l’expert peut se trouver aux prises. En effet, si une chose pouvait à bon droit rester en dehors des prévisions du médecin légiste, comme elle l’est de tous les livres et de tous les recueils spéciaux, c’est la simulation de l’avortement, c’est-à-dire la participation feinte d’une femme à un acte dont son aveu mensonger la faisait complice en l’exposant à une peine infamante.
Ce fait inouï s’est pourtant présenté au mois de septembre 1857, à Melun, et je m’empresse de dire qu’il a fourni à M. le docteur Saint-Yves, médecin légiste aussi honorable qu’éclairé, que j’ai eu l’honneur d’assister dans cette circonstance, l’occasion de déployer la plus rare sagacité en soupçonnant la fraude là où il était si difficile de la croire un seul instant possible.
Une sage-femme de la ville voulant, par le plus odieux calcul, se débarrasser de la concurrence d’une nouvelle venue, imagina de la dénoncer comme coupable d’avortement sur la personne d’une ancienne servante, qui ne craignit pas de s’associer à cette infâme machination dans laquelle un long service chez un médecin la mettait plus qu’une autre en état de jouer son rôle.