‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 82 sur 113 · DE L’AVORTEMENT SIMULÉ · texte numérisé non relu

DE L’AVORTEMENT SIMULÉ

Voici la fable imaginée sans doute en commun et racontée avec une rare impudence et non sans une réelle habileté par la femme qui se serait soumise aux manœuvres abortives. Elle avait vu ses règles manquer trois fois, et à la quatrième époque, paraître moins abondantes que de coutume. Ne sachant si elle est enceinte, elle va consulter la sage-femme (qu’elle accuse aujourd’hui), à qui elle ne dit pas qu’elle a vu deux jours auparavant, et qui, sans lui demander où elle en est de ses époques menstruelles, la touche, lui dit qu’elle ne sait pas si c’est un amas de sang, et, séance tenante, la femme élant debout, lui introduisit une sonde. Elle dit n’avoir rien senti : il ne coule rien. Ceci se passait le 6 septembre, à neuf heures du soir. Le lendemain, à sept heures du soir, del’eau s’écoule, des douleurs et des coliques surviennent pendant la nuit. Une voisine dépose qu’elle U a vue se tordre et grincer des dents. Le surlendemain elle se lève, mais elle est reprise de douleurs et rend du sang pur, liquide, puis un peu plus tard un caillot qu’elle dit gros comme deux doigts et recouvert d’une peau blanche. Elle s’écrie : a La malheureuse m’aura blessée ! » et fait alors appeler pour la secourir une autre sage-femme, sa complice, celle dont elle veut servir la passion intéressée. Celle-ci, deson côté, déclare qu’à ce moment elle la trouve se tordant, se cramponnant, ayant des poussements comme une femme qui va accoucher. Elle la touche et prétend aussi trouver dans le vagin un petit caillot de sang et une dilatation de l’orifice utérin de soixante millimètres. Le lendemain, examinant le vase de nuit, la sage-femme dit y avoir vu nageant au milieu du sang un morceau de placenta long comme la paume de la main. Le même jour, elle recueille encore un lambeau de chair qu’elle porte le soir à M. Saint- \ves qui croit bien avoir reconnu un fragment de rate de mouton. Cependant, continuant leur triste jeu, quatre jours

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