‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 84 sur 113 · DE L'AVORTEMENT SIMULE · texte numérisé non relu

DE L'AVORTEMENT SIMULE

ment ni de sécrétion. Je dois dire que cette malheureuse, qui commençait à se sentir embarrassée de son personnage, feignit d’avoir éprouvé une sorte de trouble des facultés intellectuelles et cherchait à éluder les questions en alléguant une perte de la mémoire qui n’était nullement admissible en présence des déclarations minutieuses qu’elle nous faisait sur d’autres points.

Nous n’avons pas eu de peine, on le pense bien, à démontrer quel tissu de faussetés, quelles impossibilités de toutes sortes se cachaient sous le récit en apparence assez habilement conçu des deux coupables ; et les magistrats distingués qui dirigent le parquet et l’instruction au tribunal de Melun étaient aussi convaincus que nous, lorsque peu de jours après notre visite, à la suite d’un nouvel interrogatoire où elle avait persisté dans sa version mensongère, la femme qui se disait victime de l’avortement finit par se décider à dire toute la vérité. Elle avoua alors qu’elle n’avait jamais été chez la sage-femme accusée : et que le faitde cette visite et del’opération était une fahleinventée par elle d’accord avec l’autre sage-femme qui voulait nuire à sa rivale par jalousie de métier. Interrogée sur les détails de cette comédie odieuse, elle dit que sa complice avait attendu le moment où ses règles revenaient avec quelques coliques pour lui faire simuler la fausse couche, que le sang qu’elle avait montré mélangé à l’urine était le sang de ses règles rendu comme à l’ordinaire; qu’elle s’était laissée réellement tamponner pour jouer mieux encore la fausse couche, et qu’enfm les lambeaux de chair présentés au docteur Saint-Yves avaient ôté apportés par la sage-femme.

Un pareil fait n’a pas besoin de commentaires ; il porte avec lui tout un enseignement. On a dit bien souvent que tout est possible : cela est vrai, surtout de quelques-uns des faits qui se présentent à l’observation du médecin légiste,

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et parmi ceux-ci l'avortement simulé occupera désormais une place à part. Il ne nous est pas donné de prédire dans quelles circonstances nouvelles un second fait de cette nature pourrait se produire. Mais nous pensons que l’erreur ne serait pas plus difficile à éviter qu’elle l’a été pour l’habile expert de Melun et pour moi, si l’on s’attachait à analyser minutieusement, et pour ainsi dire, pas à pas, chacun des détails allégués par les coupables ; à en contrôler non-seulement la vraisemblanceabsolue, mais encore l’enchaînement et la coordination; à les vérifier enfin par l’examen direct de la femme qui prétendrait avoir subi une opération abortive. Dans le cas singulier que je viens de citer, c’est là la marche que nous avons suivie et nous avons reconnu aisément que les conditions dans lesquelles se serait faite l'opération n’étaient pas admissibles, la femme ayant eu deux jours auparavant ses règles et la grossesse devant pour tout le monde paraître au moins incertaine ; que les suites de l’avortement étaient très-inexactement rapportées, que la description de l’œuf expulsé était notoirement fausse ; que le traitement employé ultérieurement par la sage-femme complice ne reposait sur aucune indication meme spécieuse. Enfin, l'examen direct auquel nous avons soumis la femme, examen qui, dans un cas pareil, ne devra jamais être négligé, est venu achever de renverser l’échafaudage de mensonges sur lequel elles avaient cherché à édifier une accusation calomnieuse à l’aide d’un avortement simulé.

choix d’observations et d’expertises médico-légales

RELATIVES A l’aYORTEMENT.

Je crois utile de réunir ici un certain nombre d’observations eide relations particulières destinéesà servir de base et de justification à mes recherches qui ne peuvent avoir

OBSERVATIONS ET EXPERTISES

d’autre valeur que celles qu’elles emprunteront à l’observation exacte et à la saine interprétation des faits. J’ai divisé ces exemples choisis en huit catégories ainsi réparties :

1° Tentatives (T avortement suivies ou non de résultat, et ayant donné lieu à des poursuites fondées sur des signes probables.

2° Avortements provoqués par l'usage de substances abortives, if, rue, ergot de seigle et sabine.

o° Avortements provoqués par des manœuvres directes , suivis d’accidents immédiats plus ou moins graves et entourés de toutes les circonstances du fait.

4° Avortements provoqués par des manœuvres directes , compliqués de blessures de la matrice, et suivis le plus souvent de la mort.

5° Avortements provoqués par manœuvres directes avec blessures sur le fœtus , isolément ou en même temps que sur la matrice.

6° Avortements provoqués par manœuvres directes , compliquées de mutilations étendues , arrachement, déchirures profondes, ablation d’organes.

7° Avortements provoqués par manœuvres directeset suivis d'accidents consécutifs éloignés dont la nature doit être appréciée.

8° Enfin, il m’a paru intéressant de rapprocher de ces faits criminels quelques exemples d’opérations obstétricales pratiquées dans le but de provoquer artificiellement V avortement ou T accouchement prématuré , opérations dans lesquelles tout se passe au grand jour, sous la responsabilité du médecin, et qui, par cela même, sont singulièrement propres à fournir un point de comparaison sur certaines parties de la question médico-légale dont nous nous occupons.

Ce dernier groupe comprend onze cas : Les sept pre-

OBSERVATIONS ET EXPERTISES

miers embrassent cinquante-sept observations d’avortements criminels, dont seize appartiennent à différents auteurs que nous avons cités. Les quarante et un autres, qui ne portent aucune indication, ont été puisés par moiméme dans ma pratique personnelle.

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