‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 86 sur 113 · TENTATIVES D’AVORTEMENT · texte numérisé non relu

TENTATIVES D’AVORTEMENT

Obs. 111. — Suspicion d'avortement, provoqué. Signes probables.

Discussion des allégations de l'accusée.

Nous avons visité, le 1 7 août 1849, à Clamart, avec le docteur Lacroix (de Fontenay-aux-Roses), une fille âgée de dix-huit ans, sur laquelle pesaient des soupçons d’avortement. Elle nous a donné avec une rare assurance les détails suivants :

Ses règles, d’abord suspendues par une émotion brusque au mois d’août de l’année dernière, auraient cessé de paraître au mois de décembre, et auraient depuis lors manqué complètement jusqu’au mois de juin dernier. Elle aurait consulté pour cette suspension un charlatan qui, sans l’interroger ni la visiter, l’aurait traitée uniquement par l’administration à l’intérieur d’une poudre blanche qu’elle aurait prise ainsi pendant cinq ou six mois. Le 22 juin, à la suite d’une fatigue un peu plus grande que de coutume, cette fdle aurait ressentie des douleurs de reins qui auraient été en augmentant jusqu’à ce que, dans la nuit, fût survenue une perte caractérisée par l’issue d’une grande quantité de caillots de sang très-volumineux. Cet accident, pour lequel aucun homme de l'art n’a été consulté, aurait duré quelques jours, et aurait été suivi d’un écoulement blanc assez abondant. Les règles ont reparu le mois suivant comme à l’ordinaire. Cette fille nie d’ailleurs de la manière la plus formelle s’être exposée à devenirenceinte. Elle confesse qu’elle a cessé d’être vierge; mais elle aurait été, il y a plus de trois ans, victime d’une violence unique qui ne se serait jamais répétée, et soutient que, depuis cette époque, elle n’a jamais subi les approches d’un homme.

Après avoir reçu ces déclarations faites avec une assurance qui ne s’est pas démentie malgré nos observations réitérées, nous avons procédé à l’examen de cette fille en présence de sa mère.

Les parois du ventre sont lâches et flasques, et présentent, dans toute l’étendue de la région hypogastrique, des éraillures profondes de la peau sous forme de plis longitudinaux d’une couleur violacée, remontant jusqu’à l’ombilic d’une part, et de l’autre descendant jusque sur la partie supérieure des cuisses. La ligne médiane, .qui s’étend de l’ombilic au pubis, tranche sur les parties voisines par sa coloration brune très-foncée, d’autant plus remarquable que telle n’est pas la teinte générale de la peau chez cette fille, qui présente un très-faible développement du système pileux.

Les organes génitaux offrent une conformation régulière, mais n’ont en aucune façon l'aspect qu’ils présentent chez une jeune vierge. En effet, outre qu’ils ont perdu cette fraîcheur et ce ton rosé tout à fait caractéristique, nous constatons que la membrane hymen est complé-

OBSERVATIONS ET EXPERTISES

tement détruite. Elle n’est pas le siège d’une simple déchirure, comme cela aurait lieu dans le cas où l’intromission du membre viril n’eût pas été renouvelée après une première et unique violence ; mais elle est réduite à deux replis latéraux presque effacés, comme cela s’observe après des approches fréquemment répétés, et surtout après un ou plusieurs accouchements. De plus, la fourchette, sans être profondément déchirée, présente cependant une petite éraillure superficielle accompagnée d’une inflammation encore assez vive. Le toucher pratiqué avec beaucoup de précautions, et qui malgré la douleur affectée qu’accuse cette fille est rendu très-facile par les dimensions des parties, permet de reconnaître que la matrice est plus développée qu’elle ne l’est en général chez une femme qui n’aurait pas conçu, et l’on constate de la manière la plus positive que le col est volumineux, notablement dilaté, et que l’orifice, élargi, forme une fente transversale dont les angles sont profonds et semblent avoir été déchirés incomplètement. Il n’y a d’ailleurs pas d’écoulement particulier par les organes génitaux.

Les seins sont peu volumineux, mais déjà flétris ; ils offrent quelques éraillures sous- épidermiques moins prononcées, mais de la même nature que celles du ventre. L’auréole qui entoure le mamelon est d’une couleur brunâtre. Nous comprimons très-doucement dans le but de constater s'il s’écoulerait du lait; mais cette fille, par ses plaintes évidemment exagérées, nous empêche de pousser plus loin cette expérience.

Des faits qui ont été exposés et de l’examen qui précède, nous concluons que :

Cette fille porte des traces évidentes d’une grossesse récente qui, si elle n’est pas arrivée jusqu’au terme naturel, a certainement dépassé le sixième mois.

La délivrance peut remonter à l’époque du 29 juin dernier.

Il est impossible de déterminer d’une manière certaine si l’accouchement a été prématuré, s'il a été naturel ou provoqué par des manœuvres abortives.

Les allégations de cette fille touchant l’impossibilité où elle eût été de devenir enceinte, et l'absence de tout commerce entre elle et un homme depuis la violence dont elle aurait été victime il y a trois ans, sont formellement contredites par l’état des parties sexuelles.

Il est également impossible d’admettre que le gonflement du ventre, qui suit quelquefois la rétention des règles, ait pu donner lieu aux déformations qui ont été signalées. Cette cause ne donnerait d’ailleurs nullement raison des modifications de forme et de volume que nous ont présentées le col de la matrice et la matrice elle-même.

AVORTEMENTS PAR SUBSTANCES ABORTIVES.’

Obs. IV. — Avortement. Signes négatifs n' excluant pas la possibilité

du crime.

Le 15 juin 1851, nous avons été chargé par M. le procureur impérial de procéder à l’autopsie d’une femme que l’on supposait avoir succombé à un avortement provoqué, et du fœtus sorti de son sein.

Nous constatons que la mort de la femme L. est le résultat d’une attaque d’éclampsie déterminée par une fausse couche.

11 n’existe aucune lésion particulière ; on ne trouve pas non plus sur les parties sexuelles et sur la matrice de traces de violences exercées directement dans le but de provoquer l’avortement.

La même observation s’applique au fœtus dont le corps, bien conformé, ne porte aucune trace de blessure qui ait pu le faire périr dans le sein de sa mère et amener son issue prématurée.

De cette absence de lésions appréciables, soit sur les organes de la mère, soit sur les organes du fœtus, il ne s’ensuit pas que la fausse couche ait été naturelle. Des manœuvres directes ont pu être exercées, et amener l’avortement sans laisser aucune marque visible. Rien n’explique dans l’état des organes digestifs que des substances abortives aient été administrées à l’intérieur.

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