‹ Étude médico-légale sur l'infanticideChapitre 90 sur 113 · MANŒUVRES DIRECTES COMPLIQUEES DE BLESSURES · texte numérisé non relu

MANŒUVRES DIRECTES COMPLIQUEES DE BLESSURES

Obs. XXXVI. — Avortement provoqué à trois mois. — Perforation de la matrice sans issue du fœtus. — Métro-péritonite rapidement mortelle (1).

Une jeune fille, âgée de vingt-deux ans, enceinte de trois mois, se rend chez une sage-femme qui lui introduit dans les parties un instrument très-aigu. Au moment où celui-ci a pénétré profondément, elle ressent une violente douleur dans le ventre. Un peu de sang s’écoule, et les souffrances augmentant, elle est obligée de passer la nuit chez cette sage-femme, qui la ramène le lendemain matin à son domicile, où elle l'abandonne. Les douleurs vont en augmentant rapidement, et malgré le traitement le plus énergique, la mort survient le quatrième jour. — A l’autopsie, on trouve une péritonite très-aiguë, dont le principal foyer est concentré autour de la matrice. Celle-ci contient un fœtus enveloppé de ses membranes intactes et non enflammées, et des eaux de l’amnios restées limpides. Dans l’épaisseur des parois du col on découvre une perforation étroite qui se prolonge en haut et en arrière jusqu’à 6 centimètres environ, et s’ouvre à la partie postérieure de l’utérus. La surface de la plaie fistuleuse était noire, mais le tissu environnant était sain. Il n’y avait aucune trace de caillot sanguin. L’œuf n’avait pas été intéressé.

Obs. XXXVII. — Avortement provoqué à quatre mois et demi. — Perforation de la matrice. — Mort (2).

MarieS., âgée de vingt-six ans, enceinte de quatre mois et demi, se rend chez un officier de santé, le mardi 24 février 1855, à dix heures du matin, avec toutes les apparences de la meilleure santé. Elle prend le même jour, à quatre heures du soir un bain ; un second le lendemain, à onze heures du matin, et vers deux heures, elle subit une opération tendant à déterminer l’avortement. Elle succombe trente heures après, dans la soirée du 26. On trouve à l’autopsie le col de la matrice dilacéré ; au fond de l'utérus, une ouverture de 4 à 5 centimètres d’étendue dans laquelle sont engagés des débris de placenta. Enfin, dans le péritoine, une vaste épanchement de sang en partie coagulé et des signes d’inflammation commençante.

(1) Ollivier (d’Angers), mémoire cité.

(2) Devergie, loc. cit.

OBSERVATIONS ET EXPERTISES

Obs. XXXVIII. — Avortement provoqué par manœuvres directes. —

Blessures de la matrice. — Mort.

Nous avons reçu mission, le 16 décembre 1850, de procéder, de concert avec M. le docteur Ivan, à l’autopsie d’une fille de dix-huit ans, chez laquelle nous avons trouvé les désordres suivants :

Putréfaction avancée, principalement sur le ventre. Pas de traces extérieures de violences.

Ventre très-tuméfié. Péritonite. Épiploons très-injectés, noirâtres. Fausses membranes. Épanchement sanieux dans le bassin. Estomac contenant du sang décomposé. Pas d’inflammation intestinale.

Matrice grosse comme la tête d’un fœtus de six à sept mois ; sanie très-fétide accumulée dans sa cavité. Col ramolli, tuméfié, verdâtre. Vers l’angle gauche de l’orifice, déchirure qui se prolonge jusque dans l’épaisseur du col et jusqu’au corps de l’organe. Intérieur de la cavité enflammé à un moindre degré que le col; débris de placenta au fond. Lait dans les seins.

Poumons très-congestionnés. Ramollissement putride.

En résumé, cette femme avait succombé à une métro-péritonite suraiguë, suite d'un avortement.

L’existence d’une déchirure au col et la violence de l’inflammation, beaucoup plus grande dans le col que dans le corps, démontraient d’une manière presque certaine que l’avortement avait été provoqué par des manœuvres directes, et notamment par une piqûre faite à la matrice.

La grossesse de la fille M. pouvait être parvenue au troisième ou quatrième mois, et l’avortement pouvait remonter à dix ou quinze jours au plus.

Obs. XXXIX. — Avortement provoqué par manœuvres directes. — Blessures de la matrice. — Hémorrhagie. — Mort.

Une sage-femme de Paris a été traduite devant la Cour d’assises de la Seine, et condamnée le 15 juillet 1855, dans les circonstances suivantes :

La jeune 0. M. passait pour avoir des mœurs relâchées. Au mois de janvier, le bruit de sa grossesse se répandit dans son village. Le 9 février, elle se rendit à Paris à l’insu de sa mère. Dès le lendemain, elle écrivait à sa sœur qu’elle était malade, et elle la priait de lui envoyer des vêtements sous un nom supposé. Le 12, au soir, 0. revenait ; elle avait l’air souffrant. Dès le lendemain, elle était prise d’une hémorrhagie considérable, suivie d’une fausse couche, et elle se délivrait

Page 1