MANŒUVRES DIRECTES COMPLIQUÉES DE RLESSURES
d’un fœtus de trois ou quatre mois. Bientôt les accidents devenaient plus graves, et, malgré les soins du médecin, la jeune fille périssait d’hémorrhagie, le 18 février, au bout de six jours de maladie. Près de ses derniers moments elle se décida à révéler à sa mère et au médecin les causes de son mal, qui n’étaient pas douteuses pour un homme de l’art. Le 9 février, 0. était allée à Paris chez la fille M., qui avait habité Ris, et dont l’enfant était sa filleule. La fille M. l’avait conduite chez une sage-femme, qui, pour 100 francs, avait consenti à l’opérer. Cette femme lui avait introduit dans la partie un instrument qui lui avait causé une vive douleur ; elle lui avait ensuite ordonné une longue promenade suivie d’un bain chaud.
L’autopsie du cadavre de la victime a fait retrouver les traces de cette opération ; les médecins ont constaté deux déchirures dans le trajet du col de l’utérus, c’est-à-dire des traces du passage d’un instrument vulnérant dirigé dans la cavité utérine.
Dès lors il était certain que des manœuvres et violences abortives avaient été pratiquées siir la personne d’O. M..., et que les blessures résultant de ces violences avaient occasionné par l’hémorrhagie la mort de cette jeune tille.
Obs. XL. — Avortement tenté par manœuvres directes. — Blessures de la matrice et de V artère iliaque interne. — Hémorrhagie mortelle (1).
Une femme âgée de trente-six ans, enceinte de six mois, s’adresse à un charlatan qui, sur sa demande, se mit en devoir de la faire avorter, et pratiqua une opération qui, au bout de douze heures, était suivie de la mort de la patiente et amena cet homme devant la justice. L’autopsie, à laquelle procédèrent quatre médecins, permit de constater les faits suivants : le cadavre est exsangue; la cavité abdominale renferme une énorme quantité de sang en partie coagulé ; la paroi postérieure de l’utérus offrait une ouverture du diamètre d’une sonde ordinaire, qui s’étendait jusqu’à l’artère iliaque interne du côté droit, qui était elle-même perforée un peu au-dessous de son origine. L’ouverture du vaisseau aurait pu admettre une plume d’oie ; trois autres piqûres existaient à travers l’utérus, dans une direction à peu près semblable. Toutes les quatre avaient leur point de départ au col de l'utérus, de sorte qu’un stylet, introduit dans le vagin, en suivait trèsaisément le trajet. Malgré leur multiplicité, aucune de ces ponctions n’avait atteint l’œuf. Les membranes étaient intactes, ainsi que le fœtus.
(1) Docteur Raynard, Americ. Journal of thc med. sciences, 1855, p. 77
144 OBSERVATIONS ET EXPERTISES
Obs. XLI. — Avortement provoqué à t'aide d'une aiguille introduite
dans la matrice. — Perforation de la matrice. — Guérison (1).
Fronep rapporte l’histoire d’une femme qui, s’étant introduit une aiguille dans la matrice, afin de se faire avorter, ne put retirer cet instrument. Au bout de quelques semaines, un abcès se forma dans la région de l’aine, et donna issue à ce corps étranger, dont la femme fut ainsi délivrée sans accidents sérieux. Ce fait, si heureusement terminé, peut être, malgré le résultat différent, rapproché de celui qui précède.
Obs. XLII. — Avortement provoqué par manœuvres directes. — Blessure
de la matrice suivie de mort.
La fille A. V. a succombé, en décembre 1858, après quinze jours d’une maladie consécutive, à une fausse couche caractérisée par de violentes douleurs dans le ventre avec perte de sang et symptômes de plus en plus graves d'une inflammation de la matrice. L’autopsie a révélé des lésions qui de cet organe s’étaient étendues au péritoine et sur lesquelles nous aurons à revenir. L’accident auquel la fille Y. a cherché à attribuer sa fausse couche, c’est-à-dire une chute faite dans un escalier, n’a été vérifié par aucun témoignage, ni par aucune constatation faite sur le cadavre. D’ailleurs, il est une remarque décisive, c’est qu’à l'époque à laquelle était arrivée la grossesse de cette fille, deux mois environ, si une chute peut déterminer la fausse couche, elle ne peut, dans aucun cas, atteindre et léser la matrice, dont le volume est encore très- peu considérable, et y déterminer les désordres que nous avons nous-même reconnus. 11 n’y a pas à s’étonner que le produit de la conception n’ait pas été retrouvé par les personnes qui ont assisté la fille V. La délivrance a dû suivre de très-près l’opération qui a dû provoquer l’avortement, et cette fille n’a pris le lit et n’a appelé du secours que lorsque les accidents inflammatoires consécutifs à l’avortement se sont développés et ne lui ont plus permis de résister.
L’examen direct des organes extraits du cadavre confirme pleinement ces premières données. Il nous sera permis de faire remarquer, que si nous n’avons pas procédé à l’autopsie complète, nous avons eu sous les yeux la matrice et ses annexes, siège de lésions caractéristiques ; une observation poursuivie plus loin dans la profondeur du tissu montre, d’une manière plus évidente encore, les altérations qui
(1) Froriep, Notizen aus dcm Gebietc der Natur und Heilkunde , "Weimar, t. VI, n° 18; cité par Slingenberg, loc, cit., p. G8.
PERFORATIONS DE LA MATRICE. 145
ne peuvent laisser aucun doute sur l’origine et la nature des violences auxquelles a succombé la fille V.
En effet, Futérus, dont le volume répond à une grossesse de deux mois environ, présente vers l’angle de la lèvre antérieure du col une piqûre qui pénètre dans l’épaisseur du tissu de la matrice et vient s’ouvrir, après un trajet de 4 centimètres, à l'intérieur de l'organe. 11 est très-facile de suivre l’instrument vulnérant, dont, le passage est marqué par un caillot de sang altéré qui adhère à la paroi du tissu utérin traversé. Cette blessure, cette plaie intérieure a été le point de départ d'une inflammation aiguë qui s’est terminée par la formation d’un abcès et par l'extension du foyer purulent dans la substance même de la matrice et jusque dans les ligaments et les annexes de cet organes.
En résumé : 1° la tille V. a succombé à une inflammation aiguë de la matrice consécutive à un avortement ;
2° L’avortement a été provoqué par des manœuvres directes qui ont consisté dans l’introduction d'un instrument piquant qui a perforé la matrice et amené le désordre profond dont la mort a été la conséquence ;
5° Il est absolument impossible d’attribuer à une chute accidentelle les lésions tout à fait caractéristiques que nous avons constatées à la matrice.
Übs. XLIII. — Avortement criminel. — Perforation de la matrice
attribuée par L'accusée à une rupture spontanée. — Discussion du
Mémoire présenté par la défense ,
Au mois de février 1857, la cour d’assises du département de l’Aisne jugeait et condamnait, pour crime d'avortement, un médecin de Saint- Quentin, que son âge et son titre de docteur n’avaient pas préservé de l'infamie. Sa défense, habile autant qu'audacieuse, souleva, pendant 1 instruction d’abord, puis devant Je jury, la discussion la plus vive et la plus intéressante à laquelle il m’ait été donné de prendre part, et dans laquelle j’ai eu l’avantage de me sentir soutenu par les eflorts unanimes de cinq confrères honorables de Saint-Quentin, MM. Cordier, Cattiau, Blin, Doublet et Lobgeois, qui m’aidèrent à faire partager à la justice notre conviction. Je reproduis ici, comme résumant très -exactement la question débattue dans cette déplorable affaire, le Mémoire que je rédigeai quelques jours avant les débats en réponse à celui de l’accusé.
En l’absence de renseignements précis sur les circonstances qui ont précédé et suivi l’avortement de la dame G., les constatations anatomiques faites sur le cadavre formeront l’unique base de notre juge - Tardieu, Avortement, s9 édition. 10
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
ment et nous serviront à contrôler les assertions contenues dans le Mémoire justificatif du docteur F.
Quant au récit qu'il donne de la marche et de la nature des symptômes observés soit avant, soit après la fausse couche, nous n'avonsaucun moyen d’en apprécier la véracité, et nous n’en tiendrons compte que sous toute réserve.
De ces derniers renseignements il résulte que la femme C. a succombé, le 27 octobre dernier, vers minuit, après avoir fait, le 25 au soir, une fausse couche à deux ou trois mois de grossesse; et qu'à l'autopsie on a trouvé dans la matrice et dans la cavité abdominale des désordres profonds auxquels la mort doit être attribuée.
Que cette femme ait fait déjà d'autres faussas couches, que durant cette dernière grossesse elle ait éprouvé divers accidents, chute dans un escalier, choc contre un meuble, ou enfin qu'elle «ait eu recours à différents moyens réputés propres à rappeler la menstruation, telles que application de sangsues, bains de siège, ce sont là des circonstances dont la réa.ité ne nous est pas démontrée, mais qui, dans tous les cas, ne sont que secondaires en présence des lésions constatées par l’autopsie.
Celles-ci sont tout à fait caractéristiques, et il importe de les rappeler succinctement.
Le péritoine est le siège d’une inflammation presque générale et des plus intenses, caractérisée par la production de fausses membranes étendues, de pus épanché à la surface de I épiploon et entre les anses intestinales. — Du sang altéré baigne les organes contenus dans le petit bassin. — La matrice, qui ne renferme que quelque* débr.s du placenta et qui ollre tous les caractères d'une récente délivrance, est perforée vers le fond de sa cavité. Les bords de l’ouvertuie sont noirâtres, pulpeux et inégaux; le tissu qui l’entoure, à une distance de 2 centimètres environ, est aminci et ramolli superficiellement; mais, au delà, la texture de l’organe n’est nullement altérée.
Les honorables experts qui ont procédé à l'autop ie ont conclu que ces lésions, consécuti\es à un avortement, étaient la cause de la mort; et qu’elles avaientété elles-mêmes produites par des manœuvres directes exercées sur la matrice et notamment par l’introduction violente d’une lige métallique; se refusant ainsi à admettre que la perforation qu ils avaient constatée au fond de la matrice eût pu survenir spontanément.
C’est précisément contre cette interprétation des désordres existant sur le cadavre de la femme C. que I inculpé s’est elforcé de lutter en cherchant à en donner une explication dillérente ; et c'est entre les deux systèmes que je suis appelé moi-même à rue prononcer.
PERFORATIONS DE I A MATRICE
Je ne crois pas devoir suivre l'inculpé dans les explications personnelles par lesquelles il cherche à prouver que, si l’avortement a été provoqué, il n'en est pas Fauteur. Je ferai remarquer seulement ce qu'il y a de contradictoire dans ces explications qui admettent, d’un coté, la réalité de l’avortement provoqué, tandis que, de l’autre, le sieur F. fait tous ses efforts pour démontrer qu’il n’y a pas eu avortement. Je ne relèverai pas l’insinuation par laquelle il essaye de faire croire qu’un coup de scalpel maladroitement dirigé aurait pu perforer la matrice au moment de l’examen cadavérique. Si l’inculpé avait cru sincèrement à la possibilité de cet accident, que contredisent formellement les caractères de la perforation, si nettement et si explicitement consignés dans le rapport, il ne se serait apparemment pas donné la peine de poser et de discuter la thèse d'une perforation spontanée.
C’est donccette seconde partie de son Mémoire justificatif que, je me bornerai à examiner, en comparant les assertions qu'elle renferme avec les données positives de l’autopsie, qui, mieux qu'une argumentation théorique, peuvent éclairer le cas particulier qu’il s’agit de juger.
L'hypothèse à laquelle se rattache l’inculpé peut être exactement résumée en ces termes : La femme C. est morte d’une métro-péritonite, six ours après 1 avortement, et. d’une rupture de l’utérus arrivée une heure avant qu'elle succombât, et parfaitement indiquée par le cri perçant et la syncope, sur lesquels a insisté le professeur Désormeaux. Celte rupture elle-même serait le résultat d'une inflammation et d'une gangrène, déterminées par une forte contusion qui aurait eu lieu sur la matrice à une certaine époque de la grosse>se.
Il n'est pas une seule do ces propositions qui ne soit en contradiction formelle avec los t onnées générales de la science et avec les circonstances les mieux établies du fait dont il s agit.
L’inculpé a bien compris que l'on ne pourrait se contenter d’attribuer 1 avortement de la femme C. à une cause naturelle, teLe que la pré ii'posi ion, ou l'état d’affaiblissement de li constitution, ou encore une émotion morale. Une simple fausse couche ordinaire n'amène pas ces accidents terribles et ces dé'Ordres si étendus et si profonds. C’est pourquoi il a invoqué une violence extérieure, une chute, un choc, Ma>s alors même qu il serait démontré que la femme C. est tombée de sa chaise ou s’e>t heurtée contre un meuble, ce n'est pas à l’époque peu avancée où elle était de sagiossesse que la matrice peut être atteinte, dans de telles circonstances, par une contusion assez forte pour déterm ner une inflammation et une désorganisation du tissu de Forgane. Les cas dans lesquels une violence extérieure directe a pu agir sur la matrice et en amener la rupture diffèrent essentiellement de
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
celui-ci, soit par le développement plus considérable que présentait la matrice, soit par l’énergie plus grande de la cause vulnérante.
Dans l'hypothèse de l'inculpé, on a vu que la rupture ne serait survenue qu'au derniermoment delà vie et consécutivement à l'inflammation de la matrice. C’est là le point capital de son argumentât on; et il insiste, pour le prouver, d’une part, sur le cri perçant qu’aurait poussé la femme C. quelques instants avant de mourir, et d’une autre part, sur le temps qui s’est écoulé entre l'avortement et la mort.
Mais le cri et la syncope, auxquels le sieur F. paraît attacher tant d’importance, ont, dans les auteurs auxquels il emprunte ce caractère, une signification toute différente de celle qu’il leur attribue. C'est dans les cas de rupture subite survenant soit dans le travail, soit dans un état de santé apparente, que ces phénomènes marquant le début des accidents, peuvent avoir une valeur pathognomonique, et non chez une femme atteinte depuis plusieurs jours d'une maladie mortelle et prête à rendre le dernier soupir. Ce n’est pas d’une syncope qu’il s'agit chez la malheureuse femme C., mais des dernières douleurs de l'agonie.
Quanta l'objection tirée de la durée excessive qu’aurait eue la maladie à laquelle elle a succombé, elle ne mérite pas qu’on s'y arrête. Il est bon d'abord de faire remarquer que ce n’est ni six jours ni huit jours, comme le prétend, à quelques lignes de distance, l’auteur du Mémoire justificatif, que la femme C. a survécu à l’avortement, mais seulement quatre jours; car, d’après le propre récit de l’inculpé, délivrée dans la soirée du 23 octobre, elle n’exisfait plus le 27 à minuit, c’est-à-dire après quatre jours. Or, ce terme de quatre jours est précisément celui qui marque la limite dans laquelle est contenue le plus ordinairement la durée de la métro-périlomte consécutive à l'avortement provoqué par des manœuvres directes, maladie qui dure en général, ainsi que je l'ai établi d’après le relevé d’un grand nombre de faits, d’un à quatre jours. En 1856, j’ai été appelé à procéder, dans l’un des grands hôpitaux de Paris, à l’autopsie d'une femme qui avait succombé après quatre jours de maladie aux suites d'une perforation de la matrice résultant de violences abortives, qui offraitavec le cas de la femme C. la plus complète et la plus frappante analogie; tandis que les deux exemples de blessures de la matrice cités par l’inculpé, par un coup de cornes dans un cas, par une fourche dans l’autre, n’ont pas avec celui qui nous occupe le moindre rapport.
Mais il est d’autres preuves plus décisives encore à opposer aux assertions du sieur F. Elles résultent du caractère même des lésions si bien décrites dans le procès-verbal d'autopsie. L'aspect de la perforation, la couleur et la disposition de ses bords, la consistance des parties voisines , indiquaient delà manière la plus positive que la solution
PERFORATIONS DE LA MATRICE
de continuité n’était pas toute récente et n’avait pas précédé la mort de quelques instants seulement. La présence de sang altéré dans le bassin «ajoute à cette démonstration, en prouvant que l'épanchement remonte à une époque assez éloignée déjà du moment delà terminaison funeste. Enfin, la généralisation et l’intensité de l’inflammation du péritoine constituent des caractères tout à fait propres à la péritonite par perforation, et ne permettent pas d’attribuer la présence du pus à la surface des intestins et de l’épiploon à une autre cause qu’à la déchirure de l’utérus.
Il n’est donc pas douteux que celle-ci ait eu lieu au début même des accidents et en soit la cause déterminante : dès lors on ne peut l’expliquer que par une lésion directe de la matrice, et, comme l’ont pensé les experts, par l’introduction d’un instrument vulnérant dans l’intérieur de l’organe; car nous avons vu qu’une contusion extérieure n’avait pu atteindre la matrice au point de la désorganiser. Quant aux autres causes de rupture spontanée, qui ont pu être signalées d’une manière générale, il est à peine nécessaire de faire remarquer qu’elles s’appliquent toutes à des conditions tout autres que celles dans lesquelles s’est trouvée la femme C. C'est dans le travail d’un accouchement difficile, ou sous l’influence d’un très-violent effort, ou encore dans le cas d’une désorganisation générale de la matrice due à une maladie putride que la perforation pourrait s’opérer spontanément. Ajoutons que l’état d’intégrité du tissu utérin exclut toute idée d’un travail morbide capable de favoriser la perforation.
En résumé, m’associant sans réserve aux conclusions des premiers experts, et répondant aux questions posées dans la commission rogatoire, je n’hésite pas à conclure que :
1° 11 est possible de distinguer les cas de rupture spontanée de la matrice des cas où cette lésion est occasionnée par des causes traumatiques; et en admettant comme exactes les constatations faites sur le cadavre de la dame G., il est permis d'affirmer que cette dame a succombé à une perforation de la matrice résultant de manœuvres abortives directes et à la péritonite aiguë qui en a été la suite.
2° On ne peut s’arrêter un seul instant à l’idée que la lésion observée soit le résultat d’un coup de scalpel porté par les médecins chargés de l’autopsie : cette lésion a eu lieu très-positivement pendant la vie.
3° Les circonstances indiquées par l’inculpé comme ayant pu déterminer chez la dame C. une fausse couche naturelle eussent été absolument impuissantes à produire les désordres qui ont été constatés sur le cadavre.
4° La nature, la marche et la durée des symptômes qui ont été observés chez la dame G. sont, de même que les lésions trouvées dans
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
les organes, caractéristiques d’un avortement provoqué par des manœuvres criminedes.
Obs. XLIV. — Perforation de la matrice , suite de manœuvres ayant pour but de terminer violemment un accouchement à terme clandestin.
L’af aire dont je vais parler est plus horrible encore que celle qui précède II s’agit d'un père qui, après avoir abusé de sa fille pendant plusieurs années et l’avoir rendue cinq fois mère, en faisant chaque fois disparaitre le fruit del inceste, l’aurait enfin fait périr elle-même en la délivrant violemment. Les graves questions de médecine légale que soulevait ce fait inouï m’ont été soumises concurremment avec M. le docteur P. Lorain.
Nous commencerons par résumer, d’après les déclarations recueillies dans 1 instruction, les antécédents relatifs à la santé de la fille P., et les faits qui ont précédé, accompagné et suivi l'accouchement.
Depuis sept ans environ cette fille, qui était àgee de trente-neuf ans lors de son décès, était, au dire de ?a sœur, dont le récit, empreint de la plus expressive naïveté, mérite d’être reproduit textuellement, « atteinte d une maladie qui lui faisait beaucoup grossir le ventre, et qui, vers la fin, lui donnait de fortes coliques. Cette maladie s’est renouvelée tous les dix ou onze mois. La première fois qu’elle lut malade, son ventre était énorme, ses jambes et ses bras étaient enflés, et une nuit, vers deux heures du matin, elle souffrait beaucoup, elle se plaignait, disant : « Cela ne finira donc jamais ! » puis tout d’un coup elle me dit : « Tiens je sens quelque chose qui s'en va. >' J'ai porté la main, j’ai senti que cela se balançait comme une vessie, puis cela s’est crevé et le ht a été inondé d’eau. » Tels étaient la marche et les symptômes de cette maladie singulière, qui s’est répétée avec la périodicité la plus frappante, et dans laquelle il est impossible de ne pas reconnaître 1 évolution régulière de plusieurs grossesse> et les premiers indices du travail de l’accouchement. Il convient d’ajouter que l'exa. men du col de la matrice nous a fait reconnaître des traces de déchirures anciennes qui démontrent l’existence de grossesses et d’accouchements répétés.
Pour ne parler que du dernier accouchement, celui qui a été suivi de la mort et sur lequel nous devons plus particulièrement donner des explications, aucune des phases qu’il a présentées n’est à négliger. Elles sont d’ailleurs retracées de la manière la plus nette et la plus précise dans la déposition remarquable de la sage-femme Combault.
Lorsque celle-ci a été appelée, dans la soirée du 4 mars dernier, les douleurs de l’enfantement, qui avaient paru depuis deux ou trois jours,
PERFORATIONS DE LA MATRICE
étaient arrivées au dernier période, et le travail élait assez avancé pour que, à travers le corps dilaté, la sage-femme trouvât la tête au détroit inférieur, la poche des eaux bien formée et les membranes intactes. Il n'est pas douteux qu'à ce moment la délivrance fût imminente et se lût accomplie rapidement si la poche eût été percée ; il est non moins constant qu’il n'y avait pas alors de déchirures de la matrice, puisque les eaux faisaient saill e à travers le canal largement dilaté v t étaient encore contenues dans la poche ré ulièrement formée. D’ailleurs la fille P. n’éprouvait alors que les douleurs ordinaires de l’enfantement ; elle pouvait descendre de son lit, aller prendre une chemise sur un meuble, et ne présentait, tn un mot, aucun des terribles symptômes de la déchirure ou de la rupture de la matrice.
Huit heures plus tard, lorsque la sage-femme qui avait été éloignée revint, la scène avait complètement changé ; les traits de la fille P. étaient décomposés, les extrémités froides, le pouls presque insensible ; du côté de la matrice les choses étaient aussi dans une situation bien diflérente : 1 accouchement, qui, la veille au soir, était sur le point de se terminer naturellement n’avait pas eu lieu, et cependant on ne retrouvait plus la tète de l'enfant au seuil en quelque sorte du bassin ; elle était considérablement remontée, quoique les membranes fussent rompues. La faiblesse de la fille P. étail telle, qu’immobile et sans voix, elle perdait à chaque instant connaissance. Quelques instants après elle expirait.
La cause de ce changement inattendu et de cette mort si rapide a été révélée par 1 aulopsie, qui a permis de constater une lésion profonde de la matrice, sur laquelle nous avons dû fixer toute notre attention. En effet, la question qui nous est soumise a précisément pour objet de déterminer la véritable nature de cette lésion, et de reconnaître si elle est le résultat d’un accident en quelque sorte si ontané ou travail de l’accouchement, ou d’une manœuvre directe exercée sur la matiice dans le but d'opérer la délivrance violemment et contre toutes les règles par une personne étrangère à l ai t.
L’examen, que nous avons fait de concert, des organes extraits du cadavre de la fille P., a pleinement confirmé les observations consignées dans le procès-verbal d'autopsie ; aussi, après les avoir rappelées succinctement, nous n’aurons ici qu'à en rechercher et à en démontrer la signification.
La matrice de la fille P. élait déchirée, et l’enfant, parfaitement conformé et parvenu au terme de la vie intra-utérine, a passé dans le ventre à travers la déchirure. Celle-ci est située en arrière, au-dessus du col, transversale, d’une étendue de 12 à 15 centimètres, irrégulière, et à bords déchiquetés, présentant toute l’apparence d'une plaie par arrachement, des débris du tissu utérin étant en partie détachés.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
Nous constatons de la manière la plus positive que ce tissu n’est d’ailleurs nullement altéré, qu’il n’a subi aucun ramollissement morbide et n’offrait aucun changement dans sa texture qui put l’exposer à se rompre. Il est àremarquer, en outre, que le col est notablement dilaté, et que son ouverture répond très-exactement aux constatations faites par la sage-femme Combault, c’est-à-dire à un travail régulièrement commencé et déjà assez avancé ; les membranes ont été trouvées, lors de l’autopsie, complètement rompues, preuve nouvelle du progrès qu'avait fait l'accouchement naturel.
Les caractères de cette lésion sont tellement tranchés, les circonstances dans lesquelles elle s'est produite sont si évidentes, qu'il suffit de les avoir exposées pour en faire apprécier les causes et la véritable nature. Cependant il ne saurait être inutile de faire ressortir les différences principales qui permettront de distinguer la déchirure de la matrice, observée chez la fille Victorine P., des ruptures spontanées qui peuvent survenir durant le travail de l’accouchement.
Une première remarque ne doit pas être négligée, c’est que ces ruptures spontanées de la matrice constituent en réalité un accident fort rare, surtout chez une femme qui a eu plusieurs enfants. Les conditions dans lesquelles elles se produisent ont en outre quelque chose de caractéristique. Tantôt elles résultent d’une altération du tissu de l'organe, d’un ramollissement partiel qui rend la matrice facile à rompre sous un effort peu considérable; rien de semblable n’existait chez la fille P. Tantôt, et c’est là le cas le plus commun, le tissu de l'utérus cède et se rompt pendant un travail difficile, lorsque le coi ne se dilatant pas et l’ouverture naturelle par laquelle l’enfant doit sortir ne cédant pas, des contractions énergiques, répétées, violentes, parviennent à surmonter la résistance des parois de la matrice, les déchirent et chassent le produit de la conception dans le ventre au lieu de le pousser hors du sein de sa mère. L’est là le mécanisme nécessaire, essentiel des ruptures spontanées de l’utérus pendant l’accouchement. Mais si, au contraire, le travail se préparant naturellement, le col a subi une dilatation suffisante pour que la poche des eaux fasse saillie au dehors; si la tête de l’enfant, régulièrement engagée dans les voies naturelles, les a déjà parcourues presque tout entières, et se trouve descendue au détroit inférieur, qui ne comprend que c’est par cette issue facile et libre, et non par une rupture impossible, que sortira l’enfant, sous l'influence des contractions utérines? Or c’est précisément dans ces conditions que se trouvaient les organes de la fille P., lorsque ont eu lieu les constatations si précises, et nous ne craignons pas de le dire, si exactes de la sage-femme Combault. Tout se préparait chez elle pour une délivrance naturelle, que l’on pouvait regarder comme imminente, et, si
PERFORATIONS DE LA MATRICE
le travail avait été un peu lent, ce qui parait résulter de l’apparition de quelques douleurs, dans les deux ou trois jours qui ont précédé celui où elle a été examinée, il n’en est pas moins vrai que ce travail n’avait pas été stérile et avait amené une dilatation suffisante du col, la formation d'une poche des eaux et la descente de l’enfant jusqu'au détroit inférieur. Que l’on suppose à ce moment les contractions les plus énergiques, les plus désordonnées de la part de la matrice, celleci étant saine, exempte de toute lésion de tissu, l’enfant sera rapidement expulsé par les voies naturelles, la matrice ne se rompra pas.
Cependant cet enfant n’est, pas sorti du sein de sa mère, on l'a retrouvé dans la cavité abdominale, dans une position qui indique qu’il se présentait, non dans une position tout à fait vicieuse, mais la tête un peu déviée de la position la plus ordinaire. Il n’est pas difficile de voir comment il avait pu ainsi changer de direction. Quelque dilaté qu’ait été le col utérin, quelque libres que se soient trouvées les voies naturelles, elles n’étaient ni aussi larges, ni aussi faciles que l’ouverture béante offerte par la déchirure de 15 centimètres faite à la paroi postérieure de la matrice. C’est par là que devait nécessairement passer l'enfant, au moment même où la déchirure s'est produite; mais, nous le répétons, celle-ci ne pouvait, chez la fille P., se produire spontanément, l’intégrité du tissu de l’utérus, le progrès régulier du travail s'y opposaient d’une manière absolue.
Tout concourt ainsi à démontrer que la déchirure est le résultat d’un véritable arrachement : sa forme, son siège dans la partie la plus accessible à une main inhabile, ses bords irréguliers, déchiquetés, en partie détachés, son étendue lui assignent tous les caractères des plaies par arrachement, et viennent ainsi confirmer, en établissant sa nature, ce que nous avons dit de son origine. Des tractions opérées avec violence et précipitation pour saisir l’enfant, dans une intention que nous n’avons pas a rechei cher, ont presque nécessairement dû amener cette déchirure de la matrice, par laquelle l'enfant devait forcément échapper d’une manière subite à la main inhabile ou criminelle qui Voulait le saisir.
En résumé, de l'exposé des faits qui précèdent, des constatations et de la discussion à laquelle nous nous sommes livrés, nous n hésitons pas à conclure que :
1° Les prétendues maladies qu’aurait eues à cinq reprises la fille Victorine P., et qui auraient présenté des caractères et une durée identiques, ne sont autre chose que des grossesses répétées et successives.
La mort de la tille P. est le résultat de la déchirure de la matrice.
, o° Cette déchirure a été manifestement produite par des manœuvres
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directes et violenfes opérées au dernier moment d’un accouchement qui était sur le point de se terminer d’une manière naturelle.
4“ Elle ne saurait, dans aucun cas, être attribuée à une rupture spontanée de la matrice ou à une cause accidentelle quelconque survenue pendant le travail.
Obs. XLV. — Perforation de la matrice par un instrument introduit
pour provoquer l' avortement.
Ce dernier exemple, que je crois inutile de rapporter en détail, est celui auquel j’ai fait allusion dans la XLI IIe observation. 11 l’agit delà femme Froment, qui, au mois de décembre 1856, succomba à l'hôpital Beaujon, dans le service de M. le docteur Béhier, quatre jours après un avortement provoqué par des manœuvres directes, vers le quatrième mois. Chargé de procéder à l'autopsie, je constatai une perforation de la matrice large comme une pièce de cinq francs environ, située sur le fond de l’organe, qui avait été traversé de part en part par la tige volumineuse et mousse d’un fer à papillotes. La plaie de la matrice était le siège d’une violente inflammation avec infiltration de pus dans le tissu voisin, dont l’état contrastait avec l’intégrité des autres parties de l’utérus.