V. — Avortements provoqués par manœuvres directes
Blessures du fœtus.
Obs. XLVI. — Avortement provoqué à six mois. — Piqûre sur la tête
du iœtus (1).
Le cadavre d’un enfant nouveau-né trouvé, dans le cimetière du Nord, et dont le développement est celui d’un enfant de six mois révolus, présente au sommet de la tête une plaie anguleuse d’un centimètre d’étendue, à bords nettement arqués, paraissant faite par un instrument très-acéré, à lame triangulaire évidée sur l’une de ses faces, et traversant toute l’épaisseur de la plaie. Un épanchement de sang noir coagulé existe autour de la plaie. L instrument vulnérant n’avait pas dépassé le tissu cellulaire sous-cutané.
Obs. XLV II. — Avortement provoqué à huit mois par manœuvre directe. — Blessure du fœtus à la tête (2).
Un enfant nouveau-né trouvé sur la voie publique, et parvenu au huitième mois de la vie intra-utérine, présentait, outre les signes de
(1) Ollivier (d’Angers), mémoire cité.
(2) H. Bayard, Annales d’hygiène publique et de médecine légale, première série, loc. cit.
BLESSURES DU FŒTUS
la mort par strangulation, une plaie située sur la ligne médiane, et à la partie moyenne de l’occipital, dirigée verticalement, longue de 8 millimètres, à bords très-nets, à angle supérieur aigu et inférieur obtus. La paroi osseuse a été traversée par l’instrument qui a pénétré jusque dans l'épaisseur du cervelet, et du sang coagulé est épanché à la surface du cerveau. — D'où l’expert, appelé à prononcer sur ce fait, conclut, avec raison, qu'il y a eu provocation de l'accouchement prématuré par la rupture de la poche des eaux, et leur écoulement au moyen d’un instrument piquant et tranchant, comme un bistouri droit, plongé dans la tète du fœtus.
Obs. XLV1II. — Avortement provoqué à quatre mois par manœuvres directes. — Blessure du fœtus sur la poitrine et sur la tête (1).
Un fœtus, trouvé à Paris, dans un égout, et parvenu à quatre mois environ de la vie intra-utérine, présentait, d une part, sur la peau du crâne, depuis le sommet jusqu'au niveau des vertèbres cervicales, une incision très-nette, avec épanchement de sang sous les bords de la plaie; et d une autre part, sur la partie antérieure de la poitrine, quatre incisions linéaires de 5 à 5 centimètres, très-nettes, dirigées obliquement de gauche à droite, étayant les bords infiltrés de sang. — Bayard, etiargé de l’autopsie, conclut que la forme particulière des incisions indiquait qu’elles avaient été produites par un instrument qui, après avoir perforé les membranes amniotiques, avait glissé à plusieurs reprises sur la poitrine et sur la tête, en n’intéressant que la peau, sans doute à cause de la mobilité du fœtus.
Obs, XLIX. — Avortement provoqué par manœuvre directe. — Blessure
de la tête du fœtus.
Le 50 janvier 1840, la dame de S. est entrée comme pensionnaire chez une sage-femme ; le "1 février, dans la journée, elle s’est absentée; quatre jours après, un médecin, appelé par la sage-femme, trouvait cette dame au lit, dans un état de faiblesse extrême, et se plaignant de suffocation et d’engourdissements dans les membres inférieurs, et de douleurs vives dans la fosse iliaque gauche. La peau était paie, anhémique, recouverte d’une sueur Froide. Le col de l'utérus était dilaté. Le lendemain, dans la soirée, l'alfaiblissement était arrivé au dernier degré, la vue était éteinte et l’expulsion du fœtus eut lieu sans que la mère en eût connaissance. Elle expira presque aussitôt.
Chargé, avec notre confrère Bayard, de procéder à l’autopsie des deux cadavres, nous avons constaté les faits suivants :
(1) Bayard, toc. cil.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
Examen et ouverture du corps de la dame de S. — La conservation du corps est parfaite, quoique la mort ait eu lieu le 7 de ce mois ; mais pendant cinq jours la température a été très-basse, il y avait plusieurs degrés de froid.
Pâleur générale du corps. — Absence de toute trace de violence à la surface du tronc et des membres. Dans la région abdominale la peau a une teinte légèrement verdâtre. On sent une tumeur volumineuse faisant saillie au-dessus de l'arcade des pubis et formée par l’utérus.
Les parties génitales sont baignées par des mucosités séro-sanguinolentes ; le vagin est élargi, béant, et permet l’introduction facile de l’extrémité de la main.
Nous n’apercevons pas de traces de piqûres ou de déchirures sur les grandes et les petites lèvres, non plus que sur les parois du canal vaginal.
La section de l’arcade pubienne nous permet d’examiner dans leurs rapports naturels les organes génitaux. Le col de 1 utérus est élargi, distendu, sans que cependant il soit très-aminci. — Il n’existe pas sur les bords du col de traces de piqûres ou de déchirures.
L’utérus est très-volumineux, il renferme dans sa cavité du sang en caillots. Le placenta a été expulsé.
Des adhérences nombreuses unissent la surface extérieure de l’utérus avec les portions voisines des intestins.
A gauche, près de l'insertion des trompes, la paroi externe est le siège d’une injection sanguine notable dans une étendue de 8 à 10 centimètres.
A droite, nous constatons une injection sanguine analogue, mais elle existe plus profondément sous le péritoine.
Dans le petit bassin, il y a 500 grammes environ d’un liquide jaunâtre, sans flocons blanchâtres.
Ces altérations dénotent une métro-péritonite à son début, et dont les symptômes se sont manifestés pendant les derniers jours qui ont précédé la mort.
La pâleur générale que nous avons déjà notée existe aussi sur les intestins. — L’estomac et le tube intestinal ont été ouverts sur toute leur longueur, il n’y a pas de traces d'inflammation ni d altération organique. Nous avons mis à part l’estomac et les intestins pour examiner avec soin les matières qu’ils renferment. On aperçoit une substance pulvérulente grisâtre, dont on ne peut déterminer la nature que par des recherches spéciales . Le foie et les autres viscères sont décolorés, pâles. Ils ne contiennent que très-peu de sang.
Les organes contenus dans cette cavité sont à 1 état normal, le cœur est assez volumineux; son tissu est très-pâle, mais le ventricule droit renferme du sang coagulé.
BLESSURES DU FŒTUS
Il n’y a pas de liquide épanché dans les plèvres.
Le cerveau présente la décoloration, l’absence du sang que nous avons déjà signalée pour les autres parties du corps. — Il n’y existe d’ailleurs aucune lésion morbide.
Examen et autopsie du fœtus. — Le fœtus est du sexe masculin. — Poids, 670 grammes ; longueur totale, 52 centimètres ; du sommet de la tête à l'ombilic, 18 centimètres; le cordon ombilical a été coupé avec un instrument tranchant à 48 centimètres de l’insertion abdominale ; la coloration générale du corps est d’un rouge brunâtre, sur les parois abdominales la teinte est plus foncée; l’épiderme est détaché sur les parties latérales du tronc et des membres inférieurs. — Il est conservé sur les autres régions, il n’y a pas de traces de duvet sur la tête.
Nous constatons à l’union antérieure des pariétaux et des frontaux, dans cette partie désignée sous le nom de fontanelle antérieure, une ecchymose noirâtre de 5 centimètres d’étendue. La dissection de la peau fait reconnaître que cette ecchymose est formée par du sang coagulé et liquide. Il existe à peu près au milieu une plaie longue de 2 millimètres, linéaire, dirigée transversalement. Cette plaie a intéressé l’épaisseur de la peau, et elle existe sur la dure-mère, immédiatement au-dessous.
Entre la dure-mère et le cerveau, du sang coagulé est épanché en nappe, le sinus a été ouvert et a donné issue au sang infiltré.
Sur les autres parties de la tête, nous n’avons pas aperçu de plaies ou de déchirures ni aucune ecchymose.
L’examen des viscères de la poitrine et de l’abdomen n’a rien offert de particulier, tous les organes sont à l état normal et ont le développement ordinaire à cet âge de la vie intra-utérine.
Conclusions. — De l’ensemble de ces faits nous n’hésitons pas à conclure :
Que des manœuvres criminelles avaient été exercées sur la dame de S., dont la grossesse était parvenue au cinquième mois; — Qu’à l’aide d’un instrument piquant, tel qu’une sonde à dard, ou un stylet aplati, on avait perforé les membranes et atteint la tête du fœtus, sur la fontanelle antérieure; — Que celte blessure avait occasionné sa mort ; — Que la mort du fœtus avait eu lieu plusieurs jours avant J’accouchement ; — Qu’en rapprochant de la pâleur extrême du corps, de l'absence du sang dans les organes que nous avions constatée, les remarques faites pendant la vie sur la faiblesse excessive de la dame de S. et sur son état d’anhémie, dans notre eonviclion, la dame de S. avait dû éprouver des hémorrhagies abondantes antérieurement au 6 février; — Que les douleurs ressenties dans la région iliaque gauche par la malade, étaient un des symptômes de la métro-périto-
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
nite que nous avons constatée par l’autopsie; — Qu’enfin, la mort de la dame de S. avait été la conséquence de manœuvres exercées sur elle pour provoquer l’avortement.
Obs. L. — Avortement provoqué à deux mois et demi par manœuvres directes. — Blessure de la matrice et du fœtus. — Mort.
Une femme âgée de trente-quatre ans arrive de la province à Paris, le 7 avril 1855 ; elle passe toute la journée du 8 chez une sagefemme, d’où elle ne sort que pour se mettre au lit, se plaignant des plus vives douleurs ; et après avoir réclamé en vain tous les secours de celle à qui elle attribuait sa mort, elle expire dans la soirée du surlendemain, le 10, à onze heures du soir.
Chargé de procéder à l'autopsie, nous trouvons le cadavre de cette femme, jeune et vigoureusement constituée, dans un état de putréfaction avancée. Il n'existe sur les diverses parties du corps aucune trace de violences.
Les téguments et les os du crâne sont intacts. Il n'y a rien à noter de ce côté.
Les organes thoraciques sont sains. Les poumons sont fortement engorgés a la base et vers les parties postérieures Le cœur est presque complètement vide; on ne trouve que quelques caillots très-peu volumineux dans les ventricules.
Les viscères abdominaux sont à l'état normal. L’estomac renferme quelques cuillerées de liquide biliaire. Il n’est le siège d’aucune inflammation ou lésion quelconque. 11 en est de même du reste du tube digestif.
On ne trouve dans le péritoine ni épanchement, ni inflammation, ni perforation.
Li s seules lésions qui existent sur le cadavre sont limitées aux organes génitaux.
Les ovaires sont notablement tuméfiés et ramollis par une infiltration sanguine comidérable.
L’utérus dépasse de deux travers de doigt environ l'arcade du pubis. Son volume dépend en grande partie de la congestion des vaisseaux qui sont gorgés de sang. Son tissu est violacé.
Le col est allongé, ramo.li, gonflé et dilaté au point d’admettre facilement le doigt. La surface du col lui-même ne présente aucune déchirure. Mais de chaque côté du museau de tanche, à la face interne du vagin, à 1 centimètre environ du cul-de-sac uréthro-vaginal, on voit trois petites piqûres récentes caraclérisées par une plaie trèsrégulièrement arrondie, dont le trajet est marqué par une infiltration de sang coagulé. En suivant ce trajet, on voit que deux de ces plaies
BLESSURES DU FŒTUS
n'intéressent que la membrane muqueuse. Mais la troisième est plus profonde et pénètre assez loin dans le tissu cellulaire sous-muqueux. Toutes les parties voisines sont comme l’utérus même fortement congestionnées.— L’intérieur de la matrice est vide, on y trouve seulement quelques débris de placenta et quelques détritus de sang coagulç. Mais, entre les grandes lèvres, à l’entrée même de la vulve, nous découvrons des fragments de caillots irréguliers, longs, et ayant à peu près le volume d’une amande verte. L’examen attentif de ces caillots nous permet d'y reconnaître, de la manière la plus positive, les débris d’un fœtus. Nous distinguons l'un des pariétaux, les deux membres supérieurs, sous forme de Filaments bien dessinés mais non ossifiés, un tronçon de colonne vertébrale auquel adhèrent plusieurs côtes. Tous ces fragments sont déformés, en partie brisés et réunis en un amas informe agglutiné par du sang coagulé.
De l'examen qui précède nous concluons que la mort de la demoiselle B. est la suite d'un avortement provoqué.
L’avortement a été déterminé par des manœuvres directes, exercées sur la matrice, et dont les tr-is piqûres constatées au voisinage du col utérin sont 1 indice manifeste Ces manœuvres qui n’ont exigé ni beaucoup de temps ni beaucoup d’adresse, n’ont certainement pas été exercées plus de quarante-huit heures avant la mort.
Le fœtus a été expulsé; et l'état dans lequel ont été trouvés ses fragments prouve que le produit de la conception avait éié violemment dilacéré dans le sein de la mère. La grossesse était parvenue environ à deux mois ou deux mois et demi.
Dans cette atfaire, qui amena devant la cour d’assises de la Seine l'une des sages-femmes les plus connues de Paris, l'éloquence de M. Chaix d’Fst-Anue réussit à faire n îtredes doutes sur Fauteur, mais non sur les circon>tances et la réa itéd un crime dont les traces étaient pour ainsi palpables. L’argumentation de l’h bile défenseur eut principalement en vue de faire admettre que l’opération avait été pratiquée à une époque antérieure à 1 arrivée de la victime à Paris1, ce que le caractère tout récent des lésions que nous avons constatées ne nous a pas permis de confirmer dans nos déclarations; et que la blessure de la matrice supposait une inhabileté qu’on ne pouvait imputer à une sage-femme, et qui était incompatible avec l’emploi du spéculum. Nous n'avons pas besoin de dire combien de faits contredisent ce système de défense.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
VI. — Avur(cmen(s provoqués jtar manœuvres directes compliquées de mutilations et d’arrachement.
Obs. Ll. — Avortement à sept mois par arrachement du fœtus, de la
matrice et des intestins.
Un homme, qu’une condamnation capitale a frappé, en 1847, aux assises du Finistère, avait plusieurs fois déjà fait avorter sa femme et lui avait introduit, à différentes reprises, la main tout entière dans les parties sexuelles. Elle était parvenue au septième mois d’une dernière grossesse, lorsque pour mettre le comble à ces atroces brutalités, il lui lit subir d’effroyables mutilations qui amenèrent un avortement suivi de la mort. — L’autopsie cadavérique pratiquée parM. le docteur Morvand, ancien interne fort distingué des hôpitaux de Paris, et par M. Salzat, tous deux médecins à Lanilis, montre alors les désordres suivants : La vulve et l’anus sont béants et excoriés. Une déchirure longue de 10 centimètres comprend la partie supérieure gauche du vagin et une portion de l’utérus lui-même. Le péritoine est ouvert en troispartiesdifférentes, etlesbordsdecesplaies sont irréguliers. 11 existe, en outre, une perte de substance qui intéresse les parois internes de la matrice. Enfin la plus grande partie de l’intestin grêle aété arrachée. 11 n’en reste en tout qu'un tronçon supérieur long de 50 centimètres, et un inférieur qui n’en a pas plus de 8, formant de part et d'autres des lambeaux inégaux et frangés. Entre les jambes était le fœtus, qui lut reconnu avoir vécu et respiré.
Obs. L1I. — Avortement à quatre mois par violences , suivies de déchirures du vagin et du péritoine; renversement et issue de la
matrice au dehors (1).
La femme Grand succomba au quatrième mois de la grossesse à des violences qui ont amené dans les organes génitaux les désordres les plus graves. La cloison postérieure du vagin aurait été déchirée; la matrice, complètement renversée, faisait saillie hors de la vulve. Le péritoine était largement ouvert dans une étendue de 7 centimètres, et l’on remarquait de chaque côté de la plaie des déchirures semblables à cel* les qu'auraient produites des coups d’ongles. Les intestins étaient mis à nu, mais non lésés. La mort , arrivée seulement sept heures après, a été attribuée à l’hémorrhagie et à la violence des douleurs.
(1) P. Dubois et Devergie, Annales d’hygiène et de médecine légale , lre série, t. XIX, p. 425.