ACCOUCHEMENTS PRÉMATURÉS ARTIFICIELS
Obs. LXVI. — Avortement, provoqué dans un cas de rétrécissement extrême du vagin. Emploi de divers moyens successifs (1).
Par suite d'une plaie gangréneuse profonde et delà formation d’un tissu cicatriciel extrêmement résistant, il était survenu, chez une femme de trente-quatre ans, un rétrécissement du vagin, tel qu’il pouvait à peine admettre l’extrémité du doigt indicateur. Parvenue au troisième mois d’une nouvelle grossesse, elle se présenta au docteur Oldham, qui jugea impossible d’attendre une délivrance naturelle, et se décida à recourir à l’avortement.
Dans ce but, il donna sans succès des lavements de seigle ergoté, introduisit ensuite la sonde utérine dans l'intérieur de l’organe et lui lit exécuter quelques mouvements de rotation sans obtenir autre chose qu'un écoulement blanchâtre et quelques douleurs dans les reins et dans le bas-ventre. L'électro-magnétisme ne réussit pas mieux. Vingt-six jours s’écoulèrent dans ces tentatives répétées sans succès. Ce fut alors que M. Oldham se décida à ponctionner les membranes ; il ne s'écoula que quelques gouttes de sang et de sérosité. Pendant cinq ou six jours, on put craindre que l’avortement n’eût pas lieu ; cependant le travail se déclara et marcha régulièrement. Il n’y eut aucune suite fâcheuse.
Obs. LXVI 1 . — Avortement provoqué à l'aide de t'éponge préparée (2).
Une femme âgée de trente-cinq ans, rachiticjue, chez laquelle le bassin n’avait pas plus de cinq centimètres au détroit supérieur, fut soumise pour trois grossesses successives à des avortements provoqués à l’aide de l’éponge préparée, vers trois mois et demi et quatre mois de lagestation .La troisième fois, M. Lenoir pratiqua cette opération en portant dans le col utérin une pince à trois branches, et les branches écartées, un morceau d’éponge préparée, taillée en cône, et solidement fixée sur une canule de gomme élastique qui fut maintenue en place, et remplacée le lendemain par une éponge plus volumineuse. Le travail commença le jour suivant et se termina heureusement. Les suites de l’opération furent des plus simples et le rétablissement rapide.
(1) Observation du docteur Oldham, London Medic. Gaz , août 1849.
(2) Observation de Lenoir, Bulletin de l’Académie de médecine , décembre 1851.
Tardieu, Avortement. 3e édition.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
Ob. LXVIII. — Avortement provoqué pour rétrécissement du bassin.
Emploi successif de t'éponge , de V électricité et de la ponction des
membranes (1).
Chez une femme rachitique et complètement contrefaite, parvenue à trois mois et demi d’une première grossesse, et admise à l’hôpital des Cliniques, M. Cazeaux provoqua l’avortement à l’aide de l’éponge préparée. Le résultat se fit attendre onze jours. Pendant deux jours seulement, les douleurs furent très-aiguës; les suites de la délivrance furent très-heureuses. La même femme étant redevenue enceinte une seconde fois l’année suivante, M. le professeur P. Dubois, reconnaissant également la nécessité de provoquer l’avortement, tenta vers le quatrième mois l’emploi de l’électricité ; mais l’expérience échoua en grande partie par l'indocilité de la femme. L’éminent chirurgien se décida alors à décoller les membranes. Il se servit d’abord d’une sonde de gomme élastique soutenue par un mandrin. Il put facilement l’introduire dans le col utérin, mais ne trouvant pas l’instrument suffisamment résistant, il le remplaça par une grosse sonde d'argent, ce qui lui permit de pousser assez loin le décollement. Les adhérences placentaires furent détruites dans un certain espace, ce qui donna lieu à un peu d’écoulement de sang. Du reste, les membranes n’avaient pas été perforées. Presque aussitôt après l’opération, qui fut rapidement faite, les douleurs se développèrent peu violentes d’abord, mais tout à fait franches, pendant la journée qui suivit l’opération. Vers le soir de ce jour, les membranes se déchirèrent spontanément, et une demiheure après l’avortement eut lieu.
Obs. LXIX. — Accouchement prématuré artificiel pratiqué à Vaide
de douches utéro-vaginales (2).
Sur une femme de quarante ans, enceinte pour la treizième fois et affectée d’une tumeur osseuse du bassin, M. le docteur Perrin se décida à provoquer à sept mois et demi l’accouchement prématuré au moyen des douches utéro-vaginales. La première fut administrée le 27 août 1859, à deux heures du soir, à l’aide d'un simple irrigateur muni d’une canule en gomme élastique droite, flexible, de 22 à 24 centimètres de longueur, à orifice unique. L’injection de huit à dix litres d’eau tiède fut dirigée pendant quinze à vingt minutes tantôt sur le col de la matrice, tantôt dans le col lui-même. Pendant
(1) Observation rapportée par M. le docteur E. Laborie, Union médicale. 1848, p. 94.
(2) Union médicale , 1859, IIe série, t. IV, p. 501.