AVORTEMENT PAR INTRORUCTION DE LA MAIN
l’action de la douche, la femme accusa le réveil d’une douleur fixe audessus du pli de l’aine droite, ainsi qu'une sensation d’engourdissement général dans les membres inférieurs, et remontant le long du rachis dans les exlrémités supérieures. Un quart d’heure plus tard sur vint un frisson avec pâleur générale, suivi d’un accès de fièvre maligne et d’une insomnie complète. Le lendemain deux douches sont données à onze heures du matin et à sept heures du soir; avant la première, le col était plus ramolli et plus ouvert ; avant la seconde, dilaté au point de permettre l’introduction du doigt dans la cavité utérine. Ce frisson et la réaction fébrile ne se sont plus reproduits après la troisième douche; la poche des eaux se rompt à cinq heures du malin. Deux douches sont encore administrées le 29 et le 50 à neuf heures du matin, mais la délivrance ne s’opère que ce même soir à neuf heures, c’est-à-dire trois jours et demi après la première douche. Les suites de couches ont été régulières.
IX. — Avortements tentés ou provoqués par des procédés divers.
Obs. LXX. — Tentative prétendue d' avortement par L'introduction
de la main. (Rapports inédits.)
La fille Bornigal, âgée de vingt-deux ans et demi, fait la déclaration suivante :
« J’étais enceinte des œuvres de Mercereau, mon maître, âgé de vingt et un ans. Sur son conseil, j’ai bu des infusions de rue, qui n’ont eu aucun effet. Le 31 mai 1863, j'étais enceinte d’environ sept mois ; sur l’invitation de Mercereau , je me rendis dans un champ de blé, il m’y suivit, me fit coucher entre deux sillons, après m'avoir écarté les cuisses, il quitta son gilet, troussa sa manche, et me plongea toute la main dans les parties. Il me fit très-grand mal, et me dit qu’il avait tué l’enfant. Je restai environ un quart d’heure dans le champ sans pouvoir remuer, le sang venait en abondance. Enfin, je regagnai la maison. Jusqu'ici j'ai gardé le silence parce que Mercereau promettait de m'épouser. »
L’accusé nie très-énergiquement; il attribue au dépit qu’éprouve cette fille de n’être pas épousée par lui, une accusation contre laquelle il s’élève.
La tentative de la main aurait eu lieu le 31 mai 18G3; le 27 juillet, le docteur Drouet visitait, pour la première fois, la fille Bornigal. Son examen ne constatait rien que de naturel chez cette fille. Le 1 7 août 18G3, M. le docteur Pihan-Dufeillay visitait cette fille plus de deux mois et demi après.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
Les rapports suivants feront connaître l’avis de ces deux médecins.
Rapport de M. Drouet. — - Je soussigné Drouet , Aimé-Alexandre, docteur en médecine à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, etc., etc., certifie avoir visité, avec beaucoup de soin, la fille Sidonie Bornigal, âgée de vingt-deux ans, se plaignant de tentatives d’avortement sur sa personne, tentatives exécutées le 31 mai 1865.
La fille Bornigal est enceinte d’environ huit mois , et les parties de la génération internes et externes ne présentent aucun signe de violence.
Rapport de M. Le docteur Pihan-Dufeillay. — Je soussigné Pihan- Dufeillay, docteur en médecine, etc., etc., certifie m’être transporté, etc., à l'effet de visiter la nommée Sidonie Bornigal, pour constater son état de grossesse, et rechercher s'il existe à ses parties sexuelles des traces de violences qui y auraient été exercées, il y a plus de deux mois, dans le but de faire périr l’enfant qu’elle portait dans son sein, et si l’état de ses organes est ou non compatible avec les violences dont elle dit avoir été 1 objet.
La fille Bornigal offre le développement abdominal d’une femme enceinte de huit mois. La peau de la région sous-ombilicale est parsemée de taches blanches nacrées, dues à l’érailluredu derme sous l’action de la grossesse. La palpation fait reconnaître, à travers les parois du ventre, la présence d’un corps résistant renfermé dans l'utérus, et l’auscultation, en permettant de percevoir les battements du cœur d’un fœtus, ne laisse aucun doute sur la nature de ce corps.
L’aréole du bout du sein est de couleur brune très-prononcée et largement étendue autour du mamelon. Le loucher à l’aide du doigt introduit dans le vagin donne la sensation d’un corps volumineux et arrondi renfermé dans la matrice.
Les parties génitales extérieures, l’ouverture de la vulve et le méat vaginal sont presque aussi dilatés qu'ils le seraient chez une femme qui serait déjà devenue mère à une époque plus ou moins éloignée, et pourtant ni les seins , ni la ligne blanche abdominale , ni l'intégrité de l'ouverture du col de l'utérus , ne permettent de supposer que cela eût été. La fourchette n’existe plus, les nymphes ou petites lèvres sont notablement diminuées, et on peut, sans causer de douleur, introduire dans le vagin un spéculum à valves courtes, mais assez volumineuses.
Le spéculum permet d’apercevoir l’ouverture du col de la matrice, qui parait humecté de mucus et faiblement ouvert, ainsi que cela a lieu normalement chez la femme dont le part approche.
Des faits ci-dessus décrits je conclus :
1° Que la fille Bornigal est enceinte et qu’elle doit arriver avant peu au terme de sa grossesse ;