‹ Étude médico-légale sur l'infanticide [electronic resource]Chapitre 24 sur 50 · ÉPOQUE DE LA MORT · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE LA MORT

nière la plus fâcheuse les conclusions des médecins légistes. On peut consulter à cet égard les registres fort bien tenus de la Morgue de Paris : il y a vingt-cinq ou trente ans l'héniorrhagie ombilicale se représente à chaque pas comme cause de mort énoncée. On ne trouvait pas de traces apparentes de violences, le cordon n'était pas lié, il n'en fallait pas plus pour admettre la mort par défaut de ligature du cordon. Aujourd'hui, mieux éclairés sur les signes anatomiques, nous reconnaissons dans le plus grand nombre de ces cas la mort par suffocation. Il faut donc pour le nouveau-né aussi bien que pour l'adulte ne conclure au meurtre que lorsqu'on peut en déterminer le genre et en démontrer sur le cadavre les caractères certains.

A quelle époque remonte la mort? — J ai dit, au Commencement de ce chapitre, que l'expert n'avait pas seulement à rechercher la cause de la mort du nouveau-né, mais qu'il devait encore s'attacher à en préciser l'époque. L'intérêt est le même à cet égard pour l'infanticide que pour le meurtre de l'adulte. Il y a lieu, en effet, de rattacher autant qu'on peut le faire la date de la mort du nouveau-né à celle de l'accouchement de la femme sur qui pèse le soupçon d'infanticide. Les moyens auxquels doit recourir l'expert en pareil cas sont malheureusement assez bornés. Je serai donc bref sur ce sujet.

J'ai déjà montré comment on pouvait établir combien de temps l'enfant avait pu vivre après sa naissance. C'est d'autre chose qu'il s'agit ici. Il faut trouver des signes propres à mesurer le temps depuis lequel il a cessé de vivre. Or, pour ce qui concerne l'infanticide,, il est bien rare que l'expert puisse mettre à profit les signes immédiats de la mort qui lui servent si utilement dans le flagrant délit d'un assassinat. Le cadavre du nouveau-né a pu être dissimulé plus ou moins longtemps, des semaines,

Tardieu. — Infanticide. 14

210 DES DIFFÉRENTS GENRES D'INFâNTICIDE.

des mois, parfois des années. On ne peut interroger l'estomac pour y trouver les traces du dernier repas et constater le nombre d'heures qui l'ont séparé de la mort. On n'a, en réalité, pour se guider que les diverses phases de la décomposition putride. 11 est donc important de faire connaître les différences qui existent à cet égard entre l'adulte et le nouveau-né.

D'une manière générale, la putréfaction marche beaucoup plus vite sur le cadavre du second que sur le premier. Mais il est impossible de circonscrire les changements qu'ils subissent dans des limites fixes. Il faut donc se borner à comparer l'influence des différents milieux.

La décomposition qui s'opère à l'air est la plus rapide de toutes. Pour peu que la température soit élevée, on voit se produire une énorme quantité de larves qui dévorent en quelques jours le petit cadavre. Il se produit un développemn.nt énorme de la tête et des parties supérieures qui se fait à peine attendre; et si l'air est humide et la température élevée, en quelques jours la décomposition est

complète. , , •

Le milieu dans lequel elle s'accomplit le plus vile après l'air, c'est le fumier où dans les campagnes il n'est pas rare 'de trouver enfouis les cadavres de nouveau-nés et où la putréfaction est plus active que dans l'eau, dans les fosses d'aisances et dans la terre. Plus le corps sera profondément enfoncé dans le fumier, plus la décomposition sera rapide et complète ; et l'on voit s'y produire en quelques semaines la transformation en gras de cadavre.

J'ai trop longuement parlé de l'immersion dans les fosses d'aisances pour revenir sur la manière dont la decomposition s'y opère. Je rappellerai que les cadavres de nouveau-nés qu'on y plonge y résistent d'une façon surprenante. J'en ai vu retirés après trois ou quatre mois, qui avaient pris un aspect crétacé ; c'était une sorte de

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