ÉPOQUE DE LA MORT. 2H
masse blanchâtre ressemblant à du plâtre qu'on aurait brassée avec des matières fécales, infecte et repoussante, mais très solide. Ces caractères ne sont pas insignifiants ; car on sait combien il est fréquent de trouver des cadavres de nouveau-nés dans les fosses d'aisances.
On a vu, à l'occasion de la combustion des nouveau-nés, la momification qui pouvait résulter de l'exposition prolongée du cadavre à une haute température. Un fait extrêmement curieux cité par M. le docteur Bergeret, d'Arbois (1), a montré quelle lumière inattendue un esprit sagace peut faire jaillir de circonstances ingénieusement commentées. Au mois de mars 1850, on découvrait le cadavre d'un enfant nouveau-né dans une cheminée où il s'était momifié sous l'influence d'un milieu chaud et sec. Pendant les trois années précédentes, quatre locataires s'étaient succédé dans cette chambre; le plus ancien y avait séjourné quatre ans. La taille, la présence du point osseux établissaient que l'enfant était né à terme. Les organes intérieurs avaient disparu, dévorés par des larves d'insectes sortis de nymphes dont on retrouvait les coques dans les cavités splanchniques. Dans l'épaisseur des muscles, il existait des larves ou vers blancs vivants. Il était important de déterminer l'époque de la mort, afin de pouvoir rapporter le crime au temps de l'occupation de U'un des quatre locataires successifs. M. Bergeret mit très heureusement à profit pour cette détermination la pré sence et le développement des insectes : d'une part, des coques vides, deux seulement renfermaient des mouches mortes; de l'autre, des larves vivantes. Il était évident que deux générations d'insectes, représentant deux révolutions annuelles, s'étaient succédé dans le corps de cet enfant, très probablement mort durant l'été de 1848. Sur le ca-
(0 Bergeret (d'Arbois), Infanticide. Momification naturelle du cadavre (Ann. dhyg. et de méd. lég., 1855, 2« série, t. IV, p. 442j.
davre frais, la mouche carnassière avait déposé ses larves à cette époque; et dans le cadavre desséché, le papillon des mites avait pondu ses œufs en 1849. Moquin-Tandon, à qui j'avais soumis le fait, reconnut qu'il était possible, et que les déductions qu'en avait tirées M. Bergeret étaient justes.
M. P. Bi'ouardel, professeur à la Faculté de médecine a eu l'occasion d'observer en 1878 un nouvel exemple de momification d'un cadavre de nouveau-né. Bien que dans le cas publié par M. Brouardel (1), il n'ait pu fournir à la justice des renseignements aussi précis que le cas du docteur Bergeret, les recherches auxquelles se sont livrés, à sa prière, MM. Perier professeur au Muséum d'histoire naturelle et Megnin, méritent d'attirer l'attention et pourront sans doute dans des cas plus favorables être utilisées^ par les experts.
Le cadavre est celui d'un enfant nouveau-né du sexe féminin, il mesure 48 centimètres de longueur et pèse 520 grammes, la 6^ partie du poids normal. Il est absolument desséché, sonne comme du carton II est transformé en une véritable momie ; il est recouvert par un linge à torchon qui a contracté avec la peau des adhérences tellement internes qu'il est impossible de l'en séparer.
Le cordon ne porte pas de ligature, il mesure 25 centimètres et
adhère à l'ombilic. , . , , a
Les os sont intacts, il n'y a pas de fracture notamment des os du crâne Les viscères desséchés ne forment plus qu'une masse mforme dans laquelle on ne distingue plus les points où cesse le parenchyme pulmonaire, le cœur, le foie, etc. Tous les tissus, notamment les muscles, sont transformés en gras de cadavre.
Le crâne est vide, le cerveau a disparu, on ne trouve plus sur les bouts du cervelet qu'une masse depulvérin de quelques grammes. 11 est donc imnossible de reconnaître actuellement l'existence de lésions qmn auraient atteint que les parties molles, et de savoir si l'enfant a respire. Lescondylesdufémurontleurspoinlsd'ossificationbiendeveloppes.
, Ce cadavre est donc celui d'un nouveau-né arrivé au terme delà vie intra-utérine.
(HP Brouardel, De la détermination de l'époque de la naissance et delà mort d'un nouveau-né faite à l'aide de la présence des aca,'es et des chemes d'ng!osses dans m cadavre momifié. {Annales d^hygtene et de méd.
légale, 1879.)
MOMIFICATION d'un CADAVRE DE NOUVEAU-NÉ. 213
Sur la peau el dans la cavité du crâne fourmille une quantité d'aca- Tus que l'on distingue nettement à la loupe et des larves d'insectes.
L'état de dessication de cette petite momie ne permet pas de croire qu'elle ait séjourné longtemps dans le terrain vague où on l'a ■trouvée exposée à l'humidité de l'air. 11 est certain que le cadavre a dti d'abord être conservé dans un lieu sec, dans une armoire, une malle ou derrière un lieu chauffé tel qu'une cheminée, et que c'est dans ces •derniers jours seulement qu'il a été déplacé et déposé dans le terrain situé rue Rochebrune.
Il restait à savoir si on pourrait utiliser les lois du développement •des insectes que l'on trouvait sur le corps du nouveau-né pour déterminer approximativement le moment de sa naissance, ainsi que le D"^ Bergeret y était parvenu en 1850. M. Brouardel s'est adressé à M. Perier, professeur au Muséum d'histoire naturelle et à M. P. Megnin, vétérinaire de l'armée qui ont mis, avec la plus grande complai sance, leurs connaissances spéciales à sa disposition.
Voici les notes qu'ils ont bien voulu lui remettre ;
NOTE PAR M. PERIER, PROFESSEUR DU MUSÉUM d'hISTOIRE