XIV. — Rapport médico-légal sur un cas de folie lypé
maniaque, avec hallucinations et délire de persécutions.
Inculpation de faux.
Nous soussigné, commis par arrêt de la 7° chambre du tribunal de police correctionnelle, en date du 18 juin 1848,
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à l’effet de visiter le sieur C., actuellement détenu à la Force, constater son état mental, et rechercher à quelle époque pourrait remonter le dérangement de ses facultés, nous sommes rendu le 20 janvier 1848 en la chambre du conseil de la 7° chambre où nous avons prêté serment entre les mains de M. Jourdain, président du tribunal. Il nous a été en même temps fait remise au parquet du dossier que concerne l’inculpé G.
Nous avons visité G. à trois reprises différentes, les 25 janvier, 7 et 17 février, et chaque fois nous avons causé longuement avec lui. Nous avons en outre pris connaissance des pièces de la procédure qui pouvaient nous éclairer soit sur les antécédents, soit sur les dispositions mentales de G., depuis sa détention. G’est àl’aidede ces données, et après un examen répété que nous pouvons répondre d’une manière précise aux questions qui nous ont été soumises.
Dans les trois visites que nous avons faites à la Force, G. s’est toujours présenté à nous sous le même aspect. Son teint est pâle, ses yeux caves etpresque toujours baissés, son regard terne , ses cheveux en désordre ; son attitude est caractéristique. La tête inclinée en avant, les mains constamment en mouvement, roulant entre les doigts son bonnet, la face agitée de contractions spasmodiques , il ne répond directement à aucune question et paraît avoir beaucoup de peine à suivre un raisonnement. Pas une seule fois G. ne s’est informé du motif et du but de mes visites.
Lorsque je l’ai interrogé sur ses affaires d’intérêt, ou sur les causes de son arrestation, le plus souvent il s’est contenté de lever les yeux sur moi et de hocher la tête , et quand il a voulu répondre, il n’a pu recueillir ses souvenirs, ou bien il a articulé quelques mots incohérents, avec des réticences évidentes. Il était cependant facile de comprendre qu’il faisait allusion à des inimitiés dont il se croit entouré, à des persécutions auxquelles il dit être en butte. Il se borne ordinairement à dire : « Oh, tout ça, tout ça, c’est toujours la même chose, ils sont tous contre moi. » Il y a eu à cet égard un progrès marqué entre ma première et ma dernière
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visite, c’est-à-dire dans' l’espace de trois semaines : C., qui ' d’abord s’était loué' des bonnes intentions de M. Rivière, son défenseur, n’a pas tardé à le mettre au rang de ses ennemis imaginaires. Il se plaint d’être tourmenté; nous lui demandons, par qui? Il nous répond : « Par tous ces gens, comme ça, qui sont à l’affût pour me perdre, » il ajoute en s’animant : « C’est M. Rivière qui a tout fait. » Sa mémoire est singulièrement affaiblie. Il ne paraît pas se rendre compte de ce qui s’est passé lorsqu’il a été amené devant le tribunal. Loin de vouloir se faire regarder comme aliéné, il se révolte à l’idée qu’on peut le soupçonner d’être atteint de folie, et voit là une nouvelle machination de ses ennemis. Du reste, malgré l’altération évidente de sa santé physique, il ne souffre pas de la tête.
Des renseignements que nous avons recueillis à l’infirmerie de la maison d’arrêt, il résulte que C. a eu, à plusieurs reprises la nuit, de véritables hallucinations. Pendant le jour il se tient seul, taciturne, inoccupé, dans un coin de la salle. Il mange fort peu et a notablement maigri, ce que nous avons pu nous-même constater.
Quant aux antécédents de C. et à sa manière d’être, soit avant son arrestation, soit pendant l’instruction, nous trouvons dans les pièces de la procédure la preuve que , si l’inculpé a toujours eu l’intelligence bornée, il a néanmoins conservé jusqu’au mois de novembre 1847, un sentiment assez juste de sa position, et qu’il se préoccupait avec raison de ses affaires d’intérêt. L’interrogatoire de C. le 23 octo- ■ .bre 1847, ne renferme rien autre chose que l’exposé, trèsclair et très-net, de ses antécédents et des manœuvres qu’il a employées pour réaliser ses tentatives d’escroquerie. Seulement, dans le second interrogatoire du 26 octobre, et dans deux lettres du 2ü et çlu 25 novembre dont la première seule est autographe, on voit G. commencer à se plaindre de sa santé et de ses dispositions morales : « Je vous fais «• d'ailleurs observer, dit-il, que j’ai très-peu la tête à moi. « Je « crois qu’on a déjà eu lieu de s’en apercevoir dans la pri- « son où je suis. » Ou encore: « Permettez-moi, monsieur,
Tardieu. — Folie. 24
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« de rappeler a votre souvenir la prière que je vous ai faite « relativement à l’état de ma santé et de ma raison. » Il est incontestable que G. serait hors d’état aujourd’hui d’apprécier sa position avec tant de justesse. En effet, il ne se rappelle même pas les lettres qu’il a écrites ou signées et que nous lui avons représentées.
De l’exposé des faits qui précèdent et de l’examen auquel nous nous sommes livrés, nous concluons que :
1° Le nommé G. est actuellement en proie à une folie mélancolique parfaitement caractérisée, avec délire lypémaniaque et hallucinations;
2° L'aliénation mentale que l’on observe chez G. n’est pas sim ulée ;
3° Ce dérangement des facultés morales et intellectuelles, auquel G. paraît avoir été prédisposé par une faiblesse d’esprit qui a existé chez lui de tout temps, ne s’est manifesté que pendant sa détention et a fait, depuis un mois seulement, des progrès très-sensibles ;
4° L’état mental de l’inculpé G. le rend aujourd’hui tout à fait incapable d’apprécier sa conduite et sa position; mais rien n’indique qu’il en fut de même lorsqu'il a commis les actes qui ont motivé son arrestation.
XV. — Folie lypémaniaque. — Délire de persécution. — Demande de mise en liberté.
Le mémoire que l’on va lire, rédigé par le malade luimême, ancien magistrat, donnera l’idée la plus juste de la réalité et de la nature de son délire.
Vous désirez. Monsieur, pour vous assurer de l’état de mon intelligence, que je vous expose de nouveau quelles sont à mon point de vue, les causes qui doivent faire cesser l’inique détention que je subis à Vanves. La conversation que j’ai eu l’honneur d’avoir avec vous, avant-hier, a dû , je l’espère du moins, vous éclairer déjà, et encore bien que la tâche qui m’est donnée aujourd’hui ait son côté pénible, je m’efforcerai de la remplir conformément à vos désirs. Toutefois, je ne pourrai que répéter par écrit ce que j’ai déjà dit verbalement à M. le substitut Salmon, et à vous, Monsieur.
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Je me suis enquis dès l’abord, et à diverses reprises, des motifs qui m’avaient fait arrêter. Ils sont au nombre de trois : 1° j’ai eu l’intention de me battre en duel; 2° je témoigne de la défiance envers ma famille ; 3° je témoigne une défiance .générale. — S’il existe d’autres motifs, on ne me les a pas fait connaître.
Permettez-moi, Monsieur, d’examiner les différents chefs de l’acte d’accusation dirigé contre moi, séparément et l’un après l’autre.
1° J’ai eu l’intention de me battre en duel. — Gela est vrai, nonseulement comme Procureur impérial, mais comme homme, j’ai eu tort, je le reconnais, de songer, même un instant, à une action que la loi défend, et l’aveu que je renouvelle ici, je l’ai fait spontanément, le jour de mon arrivée à Yanves, devant M. le docteur Falret père. Il pourra vous le dire. — Mais enfin, cette intention conçue, je l’avoue, dans un moment d’irritation, comment s’estelle manifestée? par des insultes, par des provocations? Non, Monsieur; j’ai eu chez moi avec deux personnes qui avaient ma confiance une conversation à ce sujet, et tout s’est borné là. Comment le public a-t-il été mis dans la confidence? je n’en sais rien. Dans tous les cas, ce n’est certainement pas moi qui lui ai fait part de mes affaires. Je dois ajouter que cette idée n’avait été chez moi que momentanée , que depuis longtemps et bien longtemps j’y avais renoncé, que, vers la fin du mois de septembre dernier, lorsque mon père me communiqua la lettre de M. le Procureur général, que vous avez lue sans doute, je lui déclarai que le duel était dès lors loin de mes intentions, qu’antérieurement à mon arrestation, j’ai tenu un semblable langage devant M. IJavin, directeur politique du journal le Siècle, et devant M. Cuzon, l’un des rédacteurs de ce journal, et qu’enfin, dans cette maison, devant M. Falret père, qui donnait pour cause à ma détention mes projets homicides, en insistant fortement sur l’intérêt qu’avait ma famille d’y mettre obstacle, je protestai, sur mon honneur, de mes idées pacifiques. Si l’on me suppose des idées de duel et que l’on dise : cela est! — Moi, je dirai : cela n’est pas ! — Je n’ai pas d’autres moyens de preuve que ma parole. — En ce qui concerne le duel, il n’y a pas eu autre chose que ceci : intention manifestée, en particulier, à deux personnes, et bientôt abandonnée.
2° Je témoigne de la défiance envers ma famille. — Sur ce point, Monsieur, croyez bien que je ne parlerai que contraint et forcé. J’ai aimé les miens autant qu’un fils peut aimer son père et sa mère, j’ai été envers eux toute ma vie respectueux et obéis-
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sant, et je sais ce que l'on doit à sa famille. Mais enfin, je ne puis me résigner à finir mes jours dans une maison d’aliénés lorsque je sens que rien, dans mon intelligence, ne m’y assigne une place. *
Je vous ai dit avant-hier, Monsieur, que je quittai P. dans les premiers jours de septembre pour jouir de mon congé annuel, congé que j’ai toujours passé chez mon père. Quand j’arrivai à Paris, ma mère et ma sœur se trouvaient à la campagne, à l’Etang-la-Yille, près Saint-Germain ; mon père m’y conduisit le soir même, et j’y restai quinze jours. Mon père, que ses affaires retenaient dans les bureaux du Siècle, venait nous voir plusieurs fois par semaine. 11 arrivait pour dîner, passait la nuit, déjeunait le lendemain et repartait. Nous revînmes à Paris, et huit ou dix jours après notre retour je résolus de conter mes ennuis de P. à mon père, pour lequel mes affaires particulières n’ont jamais été cachées. Ce que je fis en effet. Il me répondit : « Mais je sais tout cela depuis trois semaines! a Et il me communiqua une lettre de M. le Procureur général, écrite par ce magistrat à M. Guzon, peu de jours après mon départ de Bretagne. On avait trompé la religion de M. le Procureur général; on lui avait dit que j’avais voulu faire destituer deux gendarmes, ce qui est faux; que j’avais voulu me battre avec cinq personnes, ce qui est faux; enfin que j’étais fou, ce qui, j’ose le dire, est également faux. Dans le premier moment, cette communication m’émut peu. M. le Procureur général, pour qui je professe la plus grande reconnaissance et le plus respectueux attachement, écrivait dans sa lettre que quant à lui, il n’avait pas remarqué le moindre dérangement dans mon intelligence ; d’un autre côté, l’affaire était entre les mains de mon père, et "bien que je n’en attendisse pas une très- vive affection, je croyais encore pouvoir compter sur lui lorsqu’il s’agissait de détruire l’imputation de folie que l’on faisait peser sur moi. Depuis trois semaines, en effet, il m’avait vu trèsfréquemment, et mieux que personne il devait savoir que j’avais l’esprit sain. Cette tranquille confiance ne dura pas longtemps toutefois. J’appris bientôt, peut-être mon père me le dit-il luimême, que pendant mon séjour à la campagne il était allé consulter un médecin, (j’ai su son nom depuis, c’est M. Blanche) et qu’il lui avait parlé de ma folie. En vérité, je n’avais pas donné le plus léger signe d’aliénation, et mon père le reconnaît lui-même. Mais alors pourquoi aller aux consultations, et ne pas détromper M. le Procureur général? — Passons à un autre point.
M. le Procureur général témoignait, dans sa lettre, le désir de
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me voir demander une prolongation de congé d’un mois, mon père abondait dans ce sens, et je me rendis sans grande difficulté. Un matin, mon père me dit qu’il s’était fait délivrer un certificat de médecin, (mais il ne me le montra pas et je ne sais de qui il émanait) et il m’engagea à motiver ma demande de prolongation sur une névralgie de la face; je refusai. La face touche de trop près au cerveau pour que, alors que l’on me disait fou, je pusse raisonnablement prétexter d’une pareille maladie, que je n’avais pas d’ailleurs. Mon père dut solliciter lui-même la prolongation. Mais j’avais quelques appréhensions en ce qui concerne le contenu du certificat. M. Cuzon, devant lequel j’exprimais un jour mes craintes à cet égard, me dit : « Rassurez-vous. Croyez bien que je ne veux pas que vous soyez compromis. J’ai vu ce certificat, je l’ai fait changer. » Ainsi, mon père n’hésitait pas à adresseràM. le Garde des Sceaux une pièce tellement compromettante que M. Cuzon, qui n’est pas de la famille, s’opposa à son envoi.
Enfin, Monsieur, et j’aborde là les derniers faits dont j’ai à vous entretenir, du moment où mon intention de duel était devenue publique, du moment où l’imputation de folie avait été, quoiqu’à tort, dirigée contre moi et n’avait pas été démentie, je crus que je ne pouvais plus convenablement et dignement conserver mes fonctions de Procureur impérial. Mon père approuva d’abord ma résolution. Puis, la prolongation de congé étant sur le point d’expirer, il me conseilla d’en demander une nouvelle, j’opposai la plus vive résistance, et M. Ravin pourrait le certifier. J’avais hâte de sortir de l’impasse où j’étais, et surtout d’aller trouver M. le Procureur général , et de lui dire : « Voyez-moi, examinez-moi, jugez-moi. En vérité, je ne suis pas fou, et il vous sera facile de vous en convaincre ! » Mais M. le Procureur général demanda de lui-même, mù par une bienveillance dont je lui sais gré, une prolongation nouvelle de deux mois. Je lui ai trop d’obligation pour résister à ses désirs, lorsqu’il me trace une ligne de conduite personnelle, et je me vis de nouveau lié à Paris pour un temps assez long. Mon père changea alors de langage. Dans l'origine , lorsque je le priais de me trouver une position nouvelle, il me répondait : « Mais qu’as-tu besoin de travailler ? ISi’avons-nous pas assez pour vivre tous ensemble? Voyons ! rtaurais-tu pas la force de ne rien faire ? Et lorsque je revenais à la charge, il me recevait mal. Ses paroles, sinon son but, devinrent différentes. « Pourquoi ne resterais-tu pas dans la magistrature, me dit-il un jour? Des gens de plus de mérite que toi se sont
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trouvés dans ta position. Tiens ! vois M. V ! Il a été comme toi, maintenant il est bien, et cela ne l'empêche pas d’être considéré. Ecris à M. le Procureur général que ton intelligence a été un instant troublée, mais qu’elle est revenue à son état normal, et tu reprendras tes fonctions sans difficulté! » Trois ou quatre fois il me tint ce langage, et je me rappelle que, la dernière fois devant ma mère et ma sœur, je lui demandai : « Est-ce la condition sine qud non ? » Il me répondit : « Oui, c’est la condition sine quâ non ! » Je m’écriai : «Je n’écrirai jamais cela ! «Vous comprendrez en effet, Monsieur, que je ne pouvais reconnaître une chose qui n’était pas, et que c’était d’ailleurs une singulière façon de consolider sa situation dans la magistrature que de s’avouer aliéné. Le conseil était évidemment mauvais, aussi lorsque je le lui rappelai devant M. le docteur Deschamps, il le nia. Il faut dire qu’hier il m’est venu voir, pour la première fois depuis mon arrestation, et qu’il l’a reconnu vrai devant MM. Voisin et Falret père. J’ajouterai qu’hier j’ai énuméré devant mon père tous les faits qui précèdent, et qui figurent sous le n° 2 de ma lettre, et qu’il a reconnu l’exactitude matérielle de tous sans exception. Les directeurs de cette maison le constateront.
Eh bien ! Monsieur, mon père aurait dû, je crois, du moment où il était certain que je ne donnais pas de signes d’aliénation, écrire à M. le Procureur général avant l’expiration de mon congé, pour lui faire connaître mon état, au lieu d’aller demander aux médecins des consultations qui portaient à vide, puisqu’ils ne m’avaient pas vu; il n’aurait pas dû songer à faire parvenir à M. le Garde des Sceaux un certificat constatant, dans des termes compromettants, une maladie qui n’existait pas; il n’aurait pas dû me donner le conseil de m’avouer, par écrit, aliéné , et m’ayant donné ce conseil, il n’aurait pas dû le nier. Il a fait cela cependant, et ces différentes circonstances m’ont fait perdre la confiance que je pouvais avoir en lui. C’est pourquoi j’ai quitté sa maison.
Je ne vous parlerai pas, Monsieur , de mon enfance, et d’un ■certain nombre de faits récents qui ne peuvent que me déterminer à persister dans ma résolution. Permettez-moi une dernière réflexion. Il m’a semblé qu’hier mon père désirait que je restasse dans la magistrature. Pensez-vous qu’un enlèvement par quatre agents de police soit de nature à donner de la condition à un magistrat ?
3° Je témoigne une défiance générale. — Exigerait-on de moi.
par hasard, une confiance générale? s’il fallait choisir entre les deux extrêmes, peut-être vaudrait-il mieux pencher vers la défiance. Mais la vérité est que, si je pêche, c’est par une confiance trop grande. Dans mon enfance, je poussais loin ce défaut, et si l’expérience des hommes et des affaires m’a donné de pénibles, mais salutaires avertissements, vous savez que le vieil homme ne se dépouille jamais entièrement. J’ai confiance, Dieu merci, dans quelques hommes encore, et surtout dans la magistrature, qui a été ma meilleure famille.
En résumé. Monsieur, je ne me crois pas fou; mon intelligence, ma conscience me disent que je ne le suis pas. M. Havin, qui veut bien s’intéresser à moi, m’avait trouvé une position assurée et bonne, au moment où j’ai été arrêté, j’avais la certitude de pouvoir vivre honorablement, sans être à charge à personne, je suis majeur, et par conséquent libre de demeurer ailleurs que chez mon père; je demande à user de cette liberté que la loi me donne.
Lorsque j’ai eu l’honneur de vous voir, Monsieur, vous m’avez engagé à vous écrire, je n’avais pas compris tout l’intérêt que vous attachiez à une lettre de moi. M. Voisin me l’a fait comprendre hier, et je me suis mis à l’œuvre aussitôt. La visite de mon père m’a interrompu, et ce n’est qu’ aujourd’hui que j’ai pu achever l’exposé qui précède. Je vous prie de vouloir bien excuser mon retard, et d’accélérer autant que possible la marche de mon affaire.
Cet écrit donne la mesure du degré de logique et de raisonnement qui peut subsister avec le délire partiel le mieux caractérisé.