IV. Affaire Duroulle. — Pendaison de la femme. Présomption
I d'homicide. Arrestation et acquittement du mari. — Je dois commencer, en rapportant cette affaire, par rappeler que l’accusation d’assassinat sur la personne de sa femme contre le sieur Duroulle a été mise à néant par le verdict du* jury de la Seine-Inférieure, grâce aux efforts réunis de Berryer et de M. Devergie. Mais les décisions du jury laissent intactes les questions scientifiques, et c’est au point de vue de la science que je vais revenir sur le fait de la mort delà dame Duroulle. Le 23 février 1854, cette dame était trouvée dans son grenier, la face contre terre, un bout de corde autour du cou. Une corde semblable était fixée autour d’une filière de ce grenier et faisait deux tours autour ide cette filière, à une hauteur de 1 mètre 85 centimètres. Bien que la première constatation avait conclu à un suicide, le justice ne tarda pas •à s’emparer de cette affaire. Le mari, mis en accusation, et condamné une première fois par la cour d’assises de l’Eure, fut renvoyé, après cassation de ce premier arrêt, devant la cour d’assises de la Seine-Inférieure. C’est dans cette dernière phase de la procédure que je fus «appelé, par ordonnance de M. le président en date du 10 mars 1 1855, à examiner les rapports de MM. les docteurs Bidault et Boulard, relatifs à la mort de la dame Duroulle, et à exprimer mon opinion sur les conclusions auxquelles sont arrivés ces deux médecins ; en conséjquence, dire si la mort de la dame Duroulle doit être attribuée à la -suspension, et, dans le cas de l’affirmative, si la suspension doit être considérée comme le fait de madame Duroulle elle-même ou comme le fait de mains étrangères; en d’autres termes, si, dans le procès, on doit conclure au suicide ou à l’homicide; commis, en outre, pour examiner les questions suivantes, qui ne sont pas résolues dans les deux rapports transmis, mais que le procès donne lieu de soulever : 1° Dans quel espace de temps se produisent la rigidité cadavérique et la disparition de la chaleur? 2° Après ce genre de mort, serait-il possible, à
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1 aide do vètemenls chauds et de couvertures, d’empêcher le développement de la rigidité et de maintenir la chaleur du corps pendant un temps assez long, même vingt-quatre heures?
Ces documents consistent en un procès-verbal succinct, dressé par M. Boulard au moment même où la mort de la dame Duroulle fut connue et en un rapport signé par MM. les docteurs Bidault et Boulard concernant l’autopsie cadavérique faite dix jours plus tard et après exhumation. C’est là que nous devons trouver l’exposé des faits matériels que nous avons à apprécier. Ce sont là les seuls éléments sur lesquels nous voulions faire porter notre jugement, laissant avec soin de côté les circonstances de toute nature et même les considérations morales que n'a pas à invoquer ici le médecin expert. En effet, si, dans certains cas, le médecin peut être autorisé à faire intervenir, pour établir la réalité du suicide, les faits de l’ordre moral, c’est seulement lorsque ceux-ci sont de nature à constituer une perversion de l’état mental, une véritable maladie dont les causes, les symptômes, la marche sont du domaine de la médecine. Dans le cas qui nous est soumis, les raisons morales qui ont pirêtre invoquées sont dune tout autre nature et ne doivent pas nous occuper. Nous nous renfermerons donc strictement dans les termes mêmes des questions qui nous ont été posées, et nous chercherons dans les seules constatations faites sur le cadavre les moyens de juger si les conclusions qu’en ont déduites les premiers experts sont bien fondées et répondent à la fois aux données générales de la science et aux circonstances spéciales du fait auquel elles se rapportent.
Avant d’entrer dans cet examen, nous devons cependant faire encore une remarque préalable : c’est que ces constatations matérielles, ces éléments anatomiques, base fondamentale de toute discussion médicolégale, pour permettre une conclusion absolue dans un sens ou dans l'autre, doivent être non-seulement exactes , ce que nous ne révoquons pas en doute un instant, mais encore aussi précises et aussi complètes que possible; et, sur ce dernier point, nous ne pouvons nous dispenser de faire observer que des lacunes très-regrettables existent dans les deux rapports, et que des renseignements très-importants y font absolument défaut. Dans l’impossibilité où nous sommes et où seraient eux-mêmes, aujourd’hui, les premiers experts de combler cette lacune, de réparer ces omissions, nous aurons soin, du moins, de ne pas ajouter aux chances d’erreur qui en peuvent résulter, en interprétant et en étendant le sens des termes employés dans les deux rapports ; nous nous attacherons à la lettre même, qui seule ici peut faire foi en l’absence du corps dont nous ne pouvons plus interroger les restes.
Nous ne croyons pas utile de reproduire une fois de plus les faits consignés dans les premiers rapports; nous entrerons sur-le-champ
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dans l’examen des questions qui nous sont posées en rappelant , à mesure qu’ils se représenteront, les éléments du problème à résoudre.
Première question. — - La première question, celle qui domine toutes les autres, est de savoir si la pendaison est bien la cause réelle et unique de la mort de la dame Buroulle, et si nulle autre cause n’a pu agir seule ou concurremment avec la pendaison.
Cette question, considérée d’une manière générale et en quelque sorte théorique, est, de l’avis de tous les auteurs, l’une des plus difficiles à trancher d’une manière absolue, l’une de celles où la réserve ou le doute même sont le plus impérieusement commandés, alors même que l’on possède la notion exacte et complète de toutes les circonstances du fait. Que sera-ce donc dans le cas où, comme pour la mort de la dame Duroulle, on sera privé d’éléments importants? En effet, ni la position du cadavre, ni le mode d’application du lien autour du cou, ni la spontanéité, ni la réalité même des évacuations auxquelles on a attaché une certaine importance, ni la prétendue chute du corps, n’ont été constatés. Et toutes les hypothèses que l’on peut faire à cet égard, ne suppléeront jamais au silence des faits.
Réduits aux signes tirés de l’inspection et de l’état du cadavre, les experts en trouveront-ils qui autorisent une conclusion absolue? Nous répondrons qu’il eût été prudent de ne pas oublier un principe que nous empruntons à M. le docteur Devergie. Pour qu’un signe puisse prouver que la suspension a eu lieu pendant la vie, il faut que sa formation entraine avec elle l’idée d’un phénomène vital, il faut, de plus, que ce phénomène n’appartienne qu’à la suspension, et enfin, qu’il soit constant, pour parvenir à prouver dans tous les cas, que la mort est bien le fait de la suspension. Mais nous sommes loin de posséder encore un caractère d’une telle valeur. L’auteur conseille alors d’examiner non-seulement les lésions isolées, mais leur ensemble, pour voir dans quelles circonstances on peut résoudre la question qui nous occupe. Faisons l’application de ces principes à l’état du cadavre de la dame Duroulle.
Les signes sur lesquelles les experts se fondent pour admettre que la suspension a été la cause de la mort, sont la teinte rouge violacée de la peau, la bouffissure de la face, la saillie et l’injection des globes oculaires, la coloration rouge vineuse de la conjonctive, la teinte violacée des lèvres, le gonflement de la langue dont la pointe est appliquée contre les arcades dentaires, la présence d’écume dans les voies aériennes, l’engorgement sanguin des poumons et du cerveau, la fluidité du sang, l’excrétion supposée des matières fécales, joints à la présence circulaire autour du cou avec injection de la peau au-dessus et au-dessous de l’empreinte et intégrité du tégument dans un point que
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1 on suppose correspondre au nœud formé par la corde, et enfin une ecchymose dans le tissu cellulaire sous-cutané, ce sont là, à ce que 1 on avoue, autant de preuves surabondantes de la mort par suspension.
Nous n hésitons pas a déclarer dès le principe qu'une telle conclusion n'est nullement légitime, qu’elle est fausse, par cela même qu’elle est absolue : et qu'il n’est aucun de ces signes qui, soit isolément, soit réuni aux autres, ne puisse être tout aussi justement invoqué comme preuve de la strangulation et de la suffocation suivies ou non de pondaison, c'est ce que va démontrer l'examen de chacun d'eux.
Nous laissons de côté les traces de congestion sanguine du cerveau et des poumons, aussi bien que la fluidité du sang, phénomènes qui appartiennent à la plupart des asphyxiés, de quelque nature qu'elles soient. Nous ferons toutefois remarquer qu'une description plus détaillée de l’état des poumons, et moins sommaire qu'on ne la trouve dans le rapport de MM. Bidault et Boulard, eût pu fournir des signes importants, notamment Su point de vue de la sufloeation.
La bouffissure et la coloration de la face, l'injection et la saillie des yeux, la propulsion de la langue en avant et l’écume sanguinolente à la bouche peuvent sans doute exister chez les pendus, mais c'est là le cas le plus rare. La face est généralement pâle, les yeux sont entr'ouverts et la bouche béante. 11 est une double circonstance cependant qui peut amener l’état de la face et de la langue qui a été noté chez la dame Duroulle: c’est, d'une part, le cas où le lien serait resté longtemps appliqué autour du cou après la mort et, d’une autre part, lorsqu’il aurait été placé au-dessous des attaches de la langue, c'est-àdire beaucoup plus bas que dans le cas qui nous occupe. Nous n’avons pas besoin de faire ressortir l'importance capitale que peut avoir ce fait au point de vue de la détermination de l'époque de la mort et des violences homicides. Nous aurons à y revenir. Ajoutons, toutefois, que si cet état de la face, coïncidant avec la présence du sillon dénotant l'application d'un lien, pouvait établir la présomption de la suspension pendant la vie, M. Devergie, que nous nous plaisons à citer, fait lui-mème cette sage restriction qu'il resterait cependant « le cas où on aurait fait périr par asphyxie un individu en lui comprimant avec les mains la trachée-artère, et que l'on aurait pendu ensuite. »
L’excrétion des matières fécales et même celle de l'urine, si elle a eu lieu, en admettant que ces évacuations proviennent bien réellement du corps de la dame Duroulle, n’ont, dans le cas présent, aucune signification, pas plus comme indice de la pendaison pendant la vie, que du moment où elle aurait rendu le dernier soupir. Nous nous bornerons sur ce point, quant à présent, à cette seule observa-
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lion, que le cadavre ayant été, de l’aveu de tout le monde, déplacé, manié, transporté, il est absolument impossible de savoir comment et à quel moment ces matières seraient sorties du corps. La pression sur le bas-ventre, le développement des gaz dans l’intestin suffiraient parfaitement pour donner l’explication de cette circonstance tout à fait secondaire.
Nous arrivons à des signes plus importants et sur lesquels certainement les experts ont pu compter davantage pour soutenir leur opinion exclusive.
L’existence d'un sillon produit par un lien autour du cou est un fait constant. Ainsi, ni le siège, ni la forme, ni la direction de ce sillon, ni l’injection de ces bords, ni l’état de la peau qui en porte l’empreinte, ne peuvent servir le moins du monde à établir avec quelque certitude qu’il ait été appliqué primitivement et uniquement dans le but d’opérer la suspension, ni même qu’il ait été appliqué sur la dame Duroulle encore vivante.
En effet, les expériences les plus positives et le consentement unanime des auteurs ont mis depuis longtemps hors de doute que toutes les formes et toutes les directions des sillons peuvent se présenter indifféremment dans le cas de strangulation ou de pendaison, et qu’il n’est nullement nécessaire qu’il y ait deux empreintes pour que l’on admette qu’il y ait eu successivement l’une et l’autre; que l’état de la peau est exactement le même, soit que le lien ait été appliqué sur le cadavre ou sur le vivant, et que l’injection même des lèvres du sillon se produit après la mort, pour peu que la constriction ait été opérée dans les premiers moments qui la suivent. Tout au plus la direction et la forme du sillon peuvent-elles fournir quelques probabilités de strangulation ou de suspension suivant qu’il est plus ou moins horizontal, plus ou moins complet et placé plus ou moins haut. Mais on comprend que toutes ces circonstances s'effacent devant la possibilité de la suffocation préalable, et de l’application du lien suspenseur sur une personne évanouie ou déjà privée de vie. Nous nous contenterons de faire remarquer que l’obliquité du sillon chez la dame Duroulle était loin d’être très-prononcée, et qu’il n’y avait que deux centimètres au plus entre le point le plus élevé et le point le plus bas. Quant à l’interruption qu’il présentait dans l’étendue de 1 centimètre environ, le premier médecin appelé en a fixé la place à la partie moyenne de la région maxillaire inférieure, tandis que, dans le rapport d'autopsie, elle est indiquée comme existant sur la partie latérale gauche du cou. Quoi qu’il en soit, elle n’a aucune valeur, et l’on comprend, sans qu’il soit besoin d’y insister, que la pression directe du lien sur ce point a pu être interrompue par trop de causes secondaires pour que l’on puisse faire autre chose que des hypothèses sur Tardieu. — Pendaison. 7
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cette preuve des conséquences de la position et de la direction du lien dans la suspension de la dame Duroulle.
La formation d écume dans les voies aeriennes est un phénomène exceptionnel dans la pendaison. M. Devergie n’en a observé que dans quelques cas ' et encore était-elle très-peu abondante et composée de bulles larges et épaisses, ce qui est le contraire de ce que l'on a observé dans les organes de la dame Duroulle, où, suivant les termes mêmes du rapport, il existait une quantité notable de mousse à bulles très-fines dans la trachée-artère et le larynx. C’est là précisément unedispo:ition presque constante dans la strangulation et la suffocation.
Enfin, une ecchymose a été constatée au cou, et cette circonstance est celle qui peut donner lieu aux interprétations les plus contradictoires. Aussi est-il nécessaire d’en bien préciser la valeur, et pour cela nous devons rappeler, avant tout, le principe que nous avons; cité en commençant. Le signe appartient-il en propre à la pendaison et s’y montre-t-il dans la plupart des cas? La doctrine admise très-généralement aujourd’hui est loin de répondre à cette question par l'affirmative. Nous nous rangeons pleinement, pour notre part, à cette conclusion qui est celle d'Esquirol, Ollivier (d’Angers), Orfila, Briand et Chaude et de M. Devergie, à savoir que, « dans le plus grand nombre des cas, il n’y a pas d’ecchymose; qu'il n'y a, en général, ecchymose que lorsqu'à un fait de suspension se joint quelque circonstance de violence, lors, par exemple, que la suspension est l’œuvre de meurtriers qui ont exercé une traction violente sur le corps de leur victime. » C’est là le fait général, la règle; mais on admet des exceptions, et il nous reste à rechercher si le fait de la dame Duroulle est de ce nombre. Il importe, à cet égard, de rappeler les caractères précis qu’offrait cette ecchymose. Elle est située « au niveau de l’angle maxillaire inférieur, dans le tissu cellulaire sous-cutané et large de 1 centimètre environ. » Les experts ajoutent qu’elle paraissait avoir été produite par la pression d’un nœud de la corde. En laissant de côté cette explication, qui n’est qu’une hypothèse de plus sur la position du lien, il est impossible de ne pas reconnaître qu’une semblable ecchymose peut avoir été produite par des causes tout autres que la suspension, qu’elle n’a aucun des caractères de siège, de forme, d'étendue, de direction qu’ont présentés celles que nous rencontrons dans quelques cas de pendaison simple ; qu’elle répondrait tout aussi bien à une pression limitée de quelque nature (ju’ellesoit. Enfin il est bon d’ajouter que la corde appliquée pendant l’évanouissement ou au moment où la vie vient de cesser, pourrait déterminer la même lésion; qu’ainsi ce signe n’a pas plus de valeur que les autres, soit à un point de vue général, soit dans le cas particulier qui nous occupe.
Première conclusion. — Sur la première question qui nous est
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soumise, et après la discussion à laquelle nous venons de nous livrer, nous sommes donc parfaitement en droit) de conclure que :
Les caractères anatomiques tirés de l’état du cadavre et les lésions constatées à l'autopsie , pris isolément ou dans leur ensemble, ne permettent en aucune façon d’affirmer que la mort de la dame Duroulle doive être attribuée à la suspension et peuvent aussi bien, et plus légitimement peut-être, conduire à admettre qu’elle a succombé à une strangulation ou à une suffocation suivie de pendaison.
Deuxième question. — - La seconde question a pour objet de rechercher si, dans le cas où il y aurait lieu d’admettre la mort par suspension, celle-ci doit être considérée comme le fait de madame Duroulle elle-même, ou comme le fait de mains étrangères ; en d’autres termes, si dans le procès on doit conclure au suicide ou à l’homicide.
La réponse que nous venons de faire à la première question simplifie singulièrement et abrège notre tâche, puisqu’elle montre que la mort peut avoir eu lieu autrement que par pendaison et qu’elle transforme ainsi le problème ordinairement si obscur delà pendaison volontaire ou criminelle. Nous sommes dispensé de réfuter cette objection banale qui consiste à tracer le tableau imaginaire de la lutte qu’aurait à soutenir contre sa victime le meurtrier qui n’accomplirait son crime qu’à l’aide d’une suspension volontaire. Nous n’avons pas à montrer la fausseté de cette proposition singulière, et chaque jour contredite par l’évidence qu’il n’y a pas de mort violente sans traces de violences. Nous pouvons nous borner à rappeler que dans tous les cas, assez nombreux aujourd’hui, où la pendaison a été notoirement criminelle, les assassins avaient d’abord étouffé ou étranglé, avant de les pendre, ceux qu’ils voulaient faire périr. Et il nous sera facile de mon trer que la mort de la dame Duroulle peut avoir eu lieu de la même façon.
Nous sommes privé, il est vrai, de la lumière que pourrait répandre sur ce fait une connaissance exacte et certaine de la position dans laquelle se trouvait le corps suspendu. Mais sur ce point nous n’avons aucune donnée précise, et nous croyons d’autant plus inutile de discuter les hypothèses diverses qui ont pu se produire, que ces circonstances sont en réalité tout à fait accessoires. Personne ne conteste que la mort puisse survenir dans les conditions de suspension les plus diverses, les plus invraisemblables en apparence, et que celles-ci ne peu. vent le plus souvent fournir aucun indice propre à distinguer sûrement le suicide de l’homicide. Il est donc tout à fait superflu de se livrer à des suppositions stériles sur la manière dont la dame Duroulle aurait pu attacher elle-même le lien, disposer ses jambes et s’abandonner à ce lien qui, assez fort pour déterminer l’asphyxie, se sérail rompu à un moment donné. Il vaut mieux rechercher si le cadavre porte que].
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que trace matérielle qui puisse éclairer d’un jour moins faux cette obscure question.
Par malheur, l’une des constatations qu’il eût été le plus utile de faire à ce point de vue, a été omise par les experts auxquels l’autopsie cadavérique a été contiée. Nous voulons parler de l’état de la colonne vertébrale dans la région du cou, là ou se rencontre quelquefois, et presque exclusivement dans le cas de pendaison homicide, des lésions véritablement caractéristiques. À défaut de renseignements, nous devons insister sur quelques-uns de ceux que nous avons déjà cités. L’ecchvmose au-dessous de la mâchoire dans le tissu cellulaire sous-cutané peut, en effet, avoir été produite par une pression exercée directement sur la bouche pour étouffer des cris, qui, de moins en moins énergiques, n’auraient cessé que lorsque la suffocation ou la strangulation eût. été complète. Sa forme arrondie, ses dimensions limitées, son siège, sa profondeur , se réunissent pour lui donner ce caractère, bien plutôt que celui des ecchymoses circulaires, étendues, superficielles, que produit dans quelques cas rares de pendaison la simple conslriction du lien. Enfin on pourrait encore l'expliquer par quelqu’une de ces violences auxquelles les auteurs s’accordent à attribuer les ecchymoses lorsqu’elles existent sur le cou des pendus.
L’idée d’une occlusion des voies aériennes opérée, soit immédiatement avec la main, soit médiatement à l’aide d’un corps quelconque, fournirait en outre une explication très-simple et beaucoup plus plausible que celle qui a été donnée à la légère blessure qui existait sur l’aile gauche du nez de la dame Duroulle. Cette excoriation superficielle ne serait-elle pas le fait d’un coup d’ongle ou de la compression des mains, plutôt que la trace, et la trace unique, de la chute du corps sur la face au dernier moment de l’agonie, lorsque la corde s’est rompue.
Cette circonstance même n'est-elle pas singulièrement suspecte, quand on considère l’état du cadavre sur lequel le premier médecin appelé s’étonnait lui-même de ne pas trouver les marques qui auraient pu résulter de cette prétendue chute spontanée. Que l’on compare le l’ail de la dame Duroulle avec cette expérience de M. Devergie dans laquelle la corde s’étant rompue, le cadavre d’une femme, pendue peu de temps après sa mort, tomba la face contre terre. Une quantité notable de sang s’écoula par le nez où une petite plaie s’était formée, et la pommette gauche devint en même temps le siège d’une ecchymose assez considérable, et une infiltration sanguine s’étendit dans le tissu cellulaire, sur toute la pommette et jusqu’à l'os. Que penser après un tel exemple de cette chute du corps de la dame Duroulle, qui, dans des circonstances si exactement comparables, n’aurait laissé d’autre trace que l'écorchure superficielle, non pas même de la partie la plus saillante du visage, mais d’une des ailes du nez.
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Enfin nous ne pouvons oublier toutes ces traces de violences extérieures qui, malgré leur peu d 'étendue, ne doivent cependant pas être négligées. La présence de l'écume dans les organes respiratoires, jointe à la coloration rouge de la face et à la saillie de la langue, constitue une présomption de mort par strangulation, et comme une marque intérieure de ces violences qui excluent l’idée d'une mort volontaire.
Deuxième conclusion. — En résumé, en admettant même que la mort de la dame Duroulle doive être attribuée à la suspension, rien n’autorise à conclure d’une manière absolue que la pendaison ait été volontaire ; bien des circonstances au contraire, tendraient à faire admettra qu’elle a été opérée par des mains étrangères sur un corp~ préalablement privé du sentiment ou de la vie par la strangulation ou l’occlusion forcée des voies respiratoires.
Questions subsidiaires. — Il nous reste à examiner les deux questions subsidiaires énoncées en ces termes dans l’ordonnance de M. le président des assises de la Seine-Inférieure :
l°I)ans quel espace de temps se produisent la rigidité cadavérique et la disparition complète de la chaleur dans la mort par suspewsion?
2° Après ce genre de mort serait-il possible, à l’aide de vêtements chauds et de couvertures, d’empêcher le développement de la rigidité et de maintenir la chaleur du corps pendant un temps assez long, même vingt-quatre heures?
Si nous bornions notre réponse à des considérations théoriques qui ne pourraient fournir qu’une solution abstraite de ces deux questions, nous ne remplirions qu’imparfaitement la mission qui nous a été confiée. Il est évident, en effet, qu’elles n'ont l’une et l’autre qu’un même but: arriver, par l’appréciation des phénomènes cadavériques, à déterminer autant, que possible l’époque précise de la mort de la dame Duroulle. Aussi croyons-nous devoir ramener à ces termes véritables le problème que nous devons agiter, et si nous trouvons dans les organes quelque autre indice propre à nous éclairer, nous n’hésiterons pas à le faire ressorjir, afin de fortifier, en les réunissant, les éléments d’appréciatio et dnasseoir notre jugement sur des bases plus profondes et plus solides.
En thèse générale, si les phénomènes qui se produisent après la mort dans le corps humain se succèdent dans un ordre régulier, sinon absolument constant; si le refroidissement graduel, la rigidité cadavé rique et la putréfaction se suivent ordinairement, il s’en faut de beaucoup que l'enchaînement de ces phénomènes ait lieu d’une manière toujours identique, et immuable. Tout au ‘contraire, les rapports de développement, de durée, de disparition qui existent entre eux sont essentiellement variables et changeants ; et, s’il existe quelque loi à laquelle il semble possible de les rattacher, telle que la cause de la mort,
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l’état de santé antérieure et les conditions dans lesquelles le corps était placé au moment où la vie l’a abandonné, il n’en est pas moins vrai qu’ils n’ont rien d’assez certain , rien d’assez fixe pour qu’on leur attribue une valeur réelle dans la détermination de l’époque de la mort. Aucun auteur n’a songé à le faire, et nous ne craignons pas de dire qu’il y aurait une insigne légèreté à le tenter. Ce sont là des principes tellement incontestés, et dont nous avons tant de fois nous-même constaté la justesse, que nous croirions tout à fait inutile d’y insister. Cependant précisons davantage et rappelons que la rigidité survient dans un très-grand nombre de cas alors que la chaleur n’a pas encore disparu.
D’un autre côté, sa durée est bien incertaine puisqu’elle a varié de deux heures jusqu’à sept jours. Plus elle paraît rapidement, plus elle disparaît promptement. Quant à la chaleur, elle peut persister à un degré plus ou moins abaissé pendant plus de vingt-quatre heures. De sorte que si la rigidité, par exemple, était survenue après trois ou quatre heures sur un corps non encore privé de chaleur et qu’elle n’eût duré que six ou sept heures, on pourrait, en examinant le cadavre seulement au delà de ce temps, considérer comme non encore développé un phénomène qui aurait déjà disparu depuis un temps plus ou moins long.
Nous avons dit que certaines circonstances pouvaient influer sur l’enchaînement et la durée relative de ces divers phénomènes. Elles sont loin d’avoir toutes la même importance. Aussi le genre de mort ne fournit à cet égard que des données très-incertaines, et pour la suspension en particulier il n’existe aucun fait, aucune expérience qui permettent d’apprécier, même approximativement, l’influence qu'elle peut avoir sur l’époque d’apparition et la durée de la rigidité. Mais il en est d’autres dont l’action est moins douteuse, nous voulons parler des conditions mêmes dans lesquelles le corps est resté'placé après la mort. Pour ce qui est de la rigidité, par exemple, surtout si elle est peu prononcée, des mouvements imprimés aux diverses parties du cadavre, pour le déplacer ou pour toute autre cause, avaient pour effet de la faire disparaître plus vite et sans retour.
Quant à la chaleur, personne n’ignore quelle persiste d’autant plus que le corps a été plus à l’abri du refroidissement extérieur. Ce n’est pas seulement de la saison et de l’état de l’atmosphère qu’il faut tenir compte, mais encore, et bien plus, de l’état de nudité ou d’enveloppement du cadavre. Alors que dans les amphithéâtres, où se sont faites la plupart des expériences des savants, le refroidissement est complet dans un court espace de temps; dans un lit, sous des couvertures, enveloppé de vêtements, un corps peut garder plus de vingt-quatre heures une certaine chaleur. C’est là, est-il besoin de le rappeler, la cause de ces doutes qui naissent bien souvent sur la réalité de la mort, etqu une
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pieuse sollicitude signale dans plus d’un cas à la science. En effet, il est bon de le répéter, le corps privé de vie retombe sous l’empire exclusif des lois physiques et se refroidit comme la matière inerte. La rigidité, phénomène d’un autre ordre et soumis aux lois organiques, est indépendante du refroidissement du corps. On voit donc, si nous nous sommes bien fait comprendre, que l'homme de l’art, placé devant un cadavre rigide ou non (hors le cas de décomposition, que nous laissons à dessein de côté) ne peut, a priori, et pour la seule considération du phénomène de la rigidité, se prononcer sans témérité sur l’époque de la mort.
Ces observations préliminaires étaient nécessaires pour faire mieux comprendre les circonstances dans lesquelles s’est présenté le cadavre de la dame Duroulle et les renseignements plus ou moins précis que l’inspection a pu fournir sur l’époque de la mort.
Le médecin appelé le premier à examiner le cadavre, très-peu de temps, une heure environ, après le moment où la mort était censée avoir eu lieu, trouve le corps de la dame Duroulle, ce sont ses expressions mêmes, déjà presque froid. Il ne fait pas mention de l’existence ou de l’absence de la rigidité. C’est à ce seul témoignage, recueilli par un homme de l’art et consigné par lui comme impression première, que nous pouvons nous en rapporter. Par quel abus de langage, par quelle inadvertance pourrait-on transformer cet état de froid presque complet en celui de chaleur persistante. Et comment ne ferait-on pas la remarque que si la mort eût été toute récente, datant d’une heure seulement, ce corps, vêtu de ses vêtements accoutumés et couché sur un matelas, eût gardé encore, non pas un reste de chaleur, mais la chaleur même de la vie. Cette seule observation ne dispense-t-elle pas de toute discussion et ne suffit-elle pas à lever de prétendues difficultés, et, en particulier, cette impossibilité de voir la chaleur persister plus de vingt-quatre heures? Non la chaleur ne persistait pas après vingtquatre heures, mais elle eût persisté après deux, et il est fort possible que, même après vingt-quatre heures, dans les conditions indiquées, le refroidissement ne fût pas complet.
La rigidité n’existait pas au moment de l’examen fait par le docteur Boulard. Mais sur quelle preuve matérielle, en vertu même de quel raisonnement pourrait-on affirmer sans crainte qu’elle n’avait pas existé déjà, suivi plus ou moins rapidement son cours, et disparu depuis un temps plus ou moins long? Dans ce cas, on le voit, il n’y aurait plus à s’étonner de l’apparition tardive de la rigidité, et à faire de cette hypothèse la base du système de la mort récente de la dame Duroulle.
Déjà, d’après ces seules considérations sur l'état de refroidissement incomplet et de non-rigidité du cadavre, nous voyons qu’il serait im-
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possible de nier absolument que la mort de la dame Duroulle remontât à vingt-quatre heures et plus, au moment du premier examen. Mais il est d autres signes qui peuvent donner à ce fait un caractère de très-grande probabilité, sinon de certitude.
Le gonflement et la coloration bleuâtre, notés dès le principe par M. Boulard et constatés lors de l’autopsie, l’injection des oreilles et des yeux, attestent, ainsi que nous l’avons dit, outre la probabilité des violences, la permanence et la durée de la constriction du cou. Nous avons montré l'unanimité des auteurs à reconnaître que cet état ne se rencontrait guère que dans les cas où le lien était resté longtemps appliqué après la mort. Comment concilier ces caractères si nettement, si explicitement décrits à deux reprises par les experts, avec l’hypothèse d'une mort récente et d’un lien appliqué tout au plus pendant une demi-heure? N’y a-t-il pas là une preuve de plus que le lien était resté beaucoup plus de temps autour du cou, et que la mort de la dame Duroulle remontait par conséquent à une époque plus éloignée?
Enfin il est un dernier fait qui ne doit pas être négligé et qui résulte, comme tous ceux que nous avons invoqués dans le cours de cette discussion, de constatations matérielles. On lit dans le rapport des médecins qui ont procédé à l’autopsie : « La personne qui avait enseveli le corps de la dame Duroulle ayant signalé des traces de contusions qu'elle aurait remarquées sur la poitrine et sur les reins, nous l’avons invité à nous faire voir ce qu'elle avait observé. Ce sont des taches violacées évidemment dues à un effet cadavérique. » Ainsi, de l’aveu des experts, il existait, au moment où a eu lieu l’ensevelissement, des signes d'un commencement de décomposition putride peu compatible avec une mort encore récente, et très-facile à comprendre si la mort n’avait eu lieu que vingt-quatre heures, et même plus, avant le premier examen. Ce serait là, il est permis de le dire, une nouvelle et bien forte preuve à ajouter à celles que nous avons réunies pour démontrer que, très-probablement, la mort de la dame Duroulle n’était pas toute récente, malgré la persistance d’un reste de chaleur et la non-rigidité du cadavre.
Conclusions. — Nous avons terminé ce long examen des questions soumises à notre appréciation ; nous avons cherché à ne jamais nous écarter des faits et de leur interprétation rigoureuse ; nous n’hésitons pas à conclure que :
1° La mort de la dame Duroulle ne peut être attribuée d’une manière certaine et exclusive, à la suspension.
2° Il n’existe aucune preuve positive que la suspension de la dame Duroulle ait été opérée par elle-même. 11 ressort, au contraire, de l’état du cadavre, plus d’une raison de penser qu’elle a été opérée par des mains étrangères.
5° Les phénomènes cadavériques, notamment la non-rigidité et le
DISTINCTION DU SUICIDE ET DE L'HOMICIDE
refroidissement incomplet observés chez la dame Duroulle, n’autoriseraient en aucune façon à affirmer que sa mort fût récente au moment où le corps a été examiné pour la première fois. Ces caractères peuvent servir au contraire à démontrer que la mort remontait à une époque plus éloignée.
V. Pendaison. Présomption d'homicide. — La femme Laruelle est morte au mois d’août 1868, dans des conditions que son mari rapporte ainsi : Il prétend que sa femme et lui ont dîné de sept heures et demie à huit heures et demie. Celle-ci ne s’était pas enivrée et n’avait pas eu d’attaque épileptique, ainsi que cela lui arrivait de loin en loin. Il ajoute qu’ils n’avaient pas eu de dispute et que sa femme, couchée vers neuf heures, était encore très-calme vers dix heures, quand il s’est endormi. Vers trois heures et demie, il l’aurait trouvée pendue ; ses pieds touchaient le lit ; le corps était affaissé sur lui-même et son poids faisait fléchir fortement les genoux ; la langue sortait un peu de la bouche, la face était noirâtre. Il n’a pas remarqué comment la corde était passée autour du cou. Le corps, les jambes surtout étaient froids.
Ce fait n’a pas été vérifié par les témoins. Ceux-ci contredisent en effet les déclarations du mari. Vers onze heures du soir, ils auraient entendu des coups répétés contre la cloison ; et en même temps la femme s’écrier par deux fois « Laruelle ! Laruelle ! » puis se débattre et pousser des gémissements étouffés. Il semble également établi que le sieur Laruelle est descendu chercher du vin à neuf heures et qu’il s’est levé à onze heures et demie, heures auxquelles il se disait couché et endormi. La femme était enceinte et prenait grand soin d’elle-même, ne voulant pas, disait-elle, compromettre l’enfant qu’elle portait.
L’autopsie ordonnée par la justice ne put être faite que quatre jours après la mort et par une température excessive qui avait singulièrement avancé la putréfaction. Les constatations ont été rendues trèsdifficiles. On voyait cependant à la partie antérieure du cou un sillon transversal interrompu en arrière où les cheveux avaient préservé la peau. On n’y reconnaissait pas d’ecchymoses.
Les poumons gorgés de sang sont le siège d’un emphysème putride. U n’y a pas possibilité de distinguer s’il existe des ecchymoses souspleurales. Des aliments, des pommes de terre , non digérés et du vin non altéré remplissent l’estomac. Un fœtus de cinq mois est expulsé après la mort. Mes conclusions bien incomplètes sont ainsi formulées :
1° La femme Laruelle porte les traces de la pendaison ;
2° Mais il est impossible de déterminer avec certitude, en raison de l’état de décomposition du cadavre, si elle a été étranglée ou étouffée avant d’être pendue;
DE LA PENDAISON
,J‘ N n’existait pas de traces appréciables de rixe, de lutte ni de violence quelconque, ayant précédé la pendaison;
4“ La mort a eu lieu moins de trois heures après le dernier repas ; et du vin avait été ingéré eu assez grande quantité peu de temps avant la mort;
5° Quant aux circonstances relevées, la position dans laquelle le corps aurait été trouvé, ne permet pas de supposer que les coups retentissant contre la cloison , aient pu provenir des convulsions que 1 on observe souvent chez les pendus; d'un autre côté, il est impossible d’admettre que la lemme Lamelle ait pu faire entendre des cris et même articuler une seule parole après qu’elle a été pendue ;
6“ En résumé, si les constatations faites sur le cadavre ne prouvent pas d une manière irréfragable que la mort de la femme Laruelle soit le résultat d’un crime, elles n’en éloignent nullement la possibilité, surtout quand on les rapproche des circonstances précédemment» relevées.
Indices tirés de violences meurtrières autres que lu pendaison. — Jusqu’ici, j’ai recherché dans les signes propres à la pendaison, c’est-à-dire dans les circonstances et les traces de la suspension elle-même, les éléments de la réponse que l’expert doit faire à la question qui nous occupe en ce moment, à savoir, la distinction du suicide ou de l’homicide dans le cas de pendaison. On a pu voir que ces éléments sont souvent bien pauvres et peuvent même faire complètement défaut. Il reste heureusement au médecin légiste une autre source d’informations qui, dans le plus grand nombre des cas, lui fournira les données les plus précieuses, et le mettra en possession de preuves vraiment décisives, les seules qui lui permettent d’établir d’une manière certaine que le pendu qu’il a examiné est la victime d’un crime et non d’une mort volontaire.
Ces preuves consistent dans la constatation d’une cause de mort autre que la pendaison et de violences manifestement faites par des mains étrangères avant que le corps ait été pendu. C’est là que se trouve la solution vraie et pratique de ce grave et difficile problème.
DISTINCTION DU SUICIDE ET DE L’HOMICIDE
La pendaison, en effet, n’est pas le procédé auquel recourent les meurtriers. Ceux-ci ne pendent que le cadavre de leur victime en vue de faire croire à un suicide. Mais les moyens par lesquels ils ont fait ce cadavre ont laissé des traces que l’expert doit rechercher et qu’il saura découvrir. Presque toujours, c’est à la strangulation ou à la suffocation qu’il faut les demander; et la connaissance que nous avons aujourd'hui des signes particuliers de ces deux genres de morts violentes, est singulièrement propre à faciliter l’étude différentielle que nous avons à faire ici.
Dans les cas dont il s’agit, la strangulation est toujours opérée à l’aide d’un lien et non parla pression des mains dont la trace serait trop visiblement différente de celle de la pendaison, s’il y avait simplement strangulation sans ' simulacre de pendaison, les signes qui permettraient de le reconnaître seraient principalement tirés de l’état du cou, la direction horizontale et la forme circulaire de l’empreinte, la profondeur moindre du sillon, les ecchymoses : pointillées de la face, de la région cervicale et de la partie s supérieure de la poitrine. Dans le cas où il y a eu pendaison après la strangulation opérée, les traces sont plus comiplexes. Le lien d’abord employé par pression directe, puis ] par suspension, peut laisser une double trace horizontale et oblique; la direction de celle-ci est importante à noter. On se rappelle que, dans la pendaison simple, l’obliquité ; dépend de la position du lien, et que le sillon remonte du plein de l’anse au nœud, celui-ci étant le plus souvent en arrière, le sillon est oblique d’avant en arrière et de bas en haut. C’est en tenant compte de cette circonstance avec sa rare sagacité que M. Caussé (d’Albi), fut mis sur les traces du crime de la femme Couronne , qui finit par avouer qu elle avait tué son mari en l’assommant et en l’étranglant ensuite avec une corde. Or celle-ci était nouée en avant, et cependant l’empreinte se dirigeait obliquement
DE LA PENDAISON
en arrière et en haut, c’est-à-dire qu’au lieu de remonter du plein de l’anse au nœud elle rcrnonlail de ce celui-ci au plein de l’anse; le contraire de ce qui eût dû arriver dans le cas de pendaison simple.
Il est très-important de remarquer que la strangulation homicide s’accompagne toujours d’ecchymoses et d’infiltrations de sang coagulé, tant à l’extérieur que dans l’épaisseur du cou. Elle détermine enfin d’une manière presque constante l’exhalation d’une écume fine et sanguinolente dans les voies aériennes, de suffusions sanguine et de noyaux apoplectiques à la surface et dans la profondeur des poumons; enfin un emphysème étendu par rupture des vésicules pulmonaires les plus superficielles, lésions qui manquent dans la pendaison.
Ces différences tirées de l’état des organes internes ont une valeur réelle et de beaucoup supérieure à celle des traces extérieures notées sur le cou. J’ai montré en effet que les caractères de l’empreinte que l’on trouve sur le cou des pendus varient beaucoup, et que, ni l’obliquité, ni 1 interruption de l’empreinte n’élaient constantes; qu’elle pouvait même être double, bien que le lien suspenseur fût unique. Il s’en suit que, à moins d’un défaut de concordance absolue entre les traces constatées sur le cou et le lien suspenseur, comme dans le cas de la femme Couronne, il faut se garder d’accorder une trop grande confiance à ces signes extérieurs dans la distinction de la strangulation et de la pendaison. Je n’ai pas besoin de dire que l’émission du sperme et l’évacuation de l’urine ou des matières fécales n’en mérite aucune.
C’est donc presque exclusivement par les traces de violences à l’extérieur et dans la profondeur du cou, ainsi que par les lésions caractéristiques des organes respiratoires que l’on reconnaîtra la strangulation. C’est à l’aide de ces signes que l’on pourra établir la cause réelle de la
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mort, et prouver que la victime avait été étranglée avant d’être pendue, le fait même de la pendaison élant d’ailleurs démontré par les caractères qui lui sont propres.