EXEMPLE DE PENDAISON SIMULANT LE SUICIDE ET PRÉCÉDÉE DE MORT
PAR STRANGULATION
L’exemple que je vais rapporter mérite de figurer dans celte étude, car nul n’est plus propre à montrer les dilticullés que présentaient, même aux plus habiles, les faits que je viens de rappeler et à faire comprendre quelle lumière eussent jetée sur l’expertise des notions positives touchant les signes anatomiques de la mort par suffocation.
(1) À. Tardieu, De la valeur clés ecchymoses sous-pleurales comme signe de la mort par suffocation {Ann. d'hyg. et de méd. leg. 2e série, t. XXIX, p. 104).
DISTINCTION DU SUICIDE ET DE L’HOMICIDE
IX. A ['faire Damais. — Suffocation homicide. — Pendaison simulant le suicide. — Dislocation du cou. — Avis contradictoires. — Dans la journée du 15 septembre 1859, vers une heure de l'aprèsmidi, on apprit que le nommé Dauzats venait d’ôtre trouvé pendu dans l'écurie de sa maison. On accourt, la porte de l’écurie est ouverte ; on trouve le cadavre suspendu par le cou à l’aide d’une corde, à une poutrelle du toit de l'écurie élevée d’environ 2 mètres ; il est assis sur le sol, la tête et le tronc un peu incliné du côté gauche; les jambes allongées; les vêtements ne présentaient aucun désordre; la partie de la corde qui passait autour du cou était appliquée sur le col du gilet et de la chemise ; sur la tête du cadavre était placé un bonnet de laine qui y tenait à peine. Autour du cadavre, le sol ne présentait aucune trace de piétinement; il paraissait avoir été balayé depuis peu.
Le 17 septembre, vingt-quatre heures après que la corde eut été détachée du cou, l’autopsie est pratiquée : la face est pâle; l’œil gauche est couvert par les paupières qui sont fermées; l’œil droit est entre ouvert et peu proéminent; on n'aperçoit aucune trace d’injection; la bouche est fermée et paraît pleine de bouillie de maïs délayée, regorgeant de l'estomac; la langue est retirée en arrière des arcades dentaires qui sont entre-croisées. Le cou présentait à peine sur quelques points une légère empreinte, s’effaçant sous le doigt et ne donnant point au tact de sensation différente de celle qui était perçue sur l’étendu normal de la peau. Les tissus sous-cutanés de cette région étaient à l’état normal, sans la plus petite trace d’ecchymose. L’articulation de la première vertèbre du cou sur la seconde était déplacée à gauche ; autour de cette luxation, les pal lies molles étaient restées saines. Dans le canal rachidien, la moelle était libre de toute compression et à l’état normal. Le pénis n’est point en érection, la portion de chemise qui recouvre immédiatement cette partie, est récemment humectée d’un liquide exhalant une odeur d’urine trèsprononcée. Sur la pommette gauche existe une large ecchymose , avec infiltration du tissu cellulaire sous-jacent. La main droite porte une autre petite ecchymose sans importance. Le tronc était le siège de grandes taches noirâtres, résultat de la putréfaction.
On voyait une ecchymose et des traces de contusions profondes et étendues sur la presque totalité du scrotum; vers la partie moyenne et postérieure, nous avons observé deux petites égratignures qui nous ont paru avoir fourni un peu de sang dans les derniers temps de la \ie; du sang épanché était infiltré dans tous les téguments celluleux du scrotum; le testicule droit ne devait sa tuméfaction qu’à un commencement d’hydrocèle; néanmoins autour de lui, l'infiltration sanguine était plus intense.
DE LA PENDAISON'
Les membres pelviens n’ont rien présenté de remarquable.
Les veines du crâne et en général tous les vaisseaux veineux encéphaliques, étaient gorgés de sang noir et liquide; les membranes d’enveloppe et le cerveau étaient dans l’état normal. Le cœur, d’uri volume médiocre, contenait une petite quantité de sang noir et liquide, dans les cavités droites l’oreillette et le ventricule étaient entièrement vides. Les poumons étaient d’une couleur noire assez prononcée, tous les autres organes étaient sains.
Les experts concluent que Dauzals semble avoir succombé dans un état d’asphyxie; que la suspension ne parait pas avoir été la cause de cette asphyxie ; que la position dans laquelle le cadavre a été trouvé, d’accord avec les résultats de l’autopsie, portent à croire au contraire que cette suspension n’a été pratiquée qu’après la mort. Toutefois, les médecins légistes ne s’arrêtent qu’à des soupçons d’homicide, soupçons corroborés par les désordres du scrotum qui semblent montrer l’action d’une main criminelle et étrangère.
Ces soupçons recueillis par la justice et grandis par la notoriété publique, amenèrent la mise en accusation de la femme de Dauzats et de son fils, qui furent jugés et condamnés par la cour d’assises du Tarn, le 4 juin 1840.
Le docteur Razal (de Gaillac) avait produit, en faveur des accusés, un mémoire où il concluait au suicide de Dauzals père; opinion combattue avec toute raison par M. Caussé (d’Albi) et par Orfila.
Les coupables, le lendemain de leur condamnation, firent l’un et l’autre, les aveux suivants ; Ils avaient serré les organes génitaux pardessus le pantalon ; Dauzats tomba en syncope ; on l’étouffa au moyen d'un bonnet de laine placé sur la bouche et le nez, et comme l'agonie se faisait attendre, Dauzats Dis monta sur le ventre avec les genoux, ce qui fit sans doute refluer la bouillie de maïs jusque dans la bouche. Le cadavre fut ensuite traîné à l’écurie où ils lui passèrent la corde au cou ; alors on lui tourna violemment la tète,
J’appellerai l’attention, dans ce fait si remarquable, sur le procédé de suffocation et en particulier sur la pression du ventre terminant promptement l’agonie; sur la dislocation du cou, que n’eût pu produire la pendaison simple et incomplète, les pieds louchant le sol ; sur l'absence d’ecchymoses et d’inflltration de sang autour des vertèbres lu xées, preuve que celte dislocation n’avait eu lieu que sur un cadavre ; enfin, sur la grave lésion du scrotum, trace évidente de violences criminelles.
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Ce n’est pas seulement par strangulation ou par suffocation que peuvent être mis à mort les individus qui sont ensuite pendus pour faire croire au suicide. Des coups portés sur la tête peuvent produire une commotion mortelle et la pendaison être opérée ensuite sur une victime étourdie ou morte. Il est. évident que, dans ces cas, le moyen de reconnaître la véritable cause de la mort est de mesurer et d apprécier la nature, l’origine et la gravité des blessures de la tête et de n’admettre l’homicide que lorsque celles-ci auront une véritable importance; une fracture ou un enfoncement des os, un épanchement de sang dans le crâne; la contusion ou la déchirure du cerveau, par exemple. Mais il faut prendre garde, même dans le cas de lésion grave, que des chutes accidentelles peuvent produire des blessures à la tête et précéder le suicide. C’est le casque l’on rencontre fréquemment chez les ivrognes, qui fournissent un fort contingent, comme on sait, au suicide par pendaison. Le fait que je vais citer en est pour moi un exemple non douteux. La question est donc ici de déterminer avec précision à quelles causes doivent être rapportées les blessures de la tête trouvées chez un pendu.
X. Pendaüon. — Contusion sur la tête, attribuée à des violences homicides. — Je fus appelé en décembre 1857, par une commission rogatoire de M. le juge d’instruction de Boulogne-sur-Mer, à donner mon avis sur la question de savoir si l’on devait admettre le suicide ou l’homicide, dans le cas suivant.
Une femme G. est trouvée pendue à une corde fixée au plafond à laquelle était attachée par un nœud coulant une autre corde de la grosseur du petit doigt; le corps à 35 centimètres du sol, froid aux extrémités avec un reste de chaleur sur le tronc. La face est pâle, la langue ne lait pas saillie hors de la bouche. Une certaine quantité d'écume sanguinolente sort par les narines. Au-dessus du cartilage thyroïde, au niveau de l’os hyoïde, la corde a laissé une empreinte large de 2 centimètres, dirigée obliquement sous l’angle de la mâchoire et derrière l'oreille. Le sillon est violacé dans toute son étendue. Le
DE LA PENDAISON
corps exhale une forte ardeur alcoolique. Le premier médecin appelé le docteur Duhamel, conclut à une suspension faite pendant la vie et volontaire, et fait remonter la mort à deux ou trois heures. Au bout de vingt et un jours, le cadavre est exhumé et soumis à un nouvel examen plus complet. MM. les docteurs Livois et Cousin procèdent à l’autopsie. Ils trouvent le corps dans un état de décomposition avancée; et constatent à la tète trois b sses sanguines considérables au sommet et en arrière du crâne avec épanchement de sang et décollement du cuir chevelu, sans plaie extérieure et sans fracture. L’état des organes internes n’a rien donné d’intéressant à noter. Les experts ont conclu à un homicide produit par des coups portés sur la tête et ont admis, comme cause de la mort, la commotion et l’ivresse.
Je n’ai pas partagé cette opinion et j’ai terminé une consultation détaillée, qu'il est inutile de reproduire ici dans tous ses détails, en déclarant que, s’il était impossible, en raison de l’époque tardive à laquelle a eu lieu l’autopsie du cadavre de la femme C., de déterminer avec une certitude absolue les causes de la mort de celte femme, il était du moins permis d’affirmer qu’il n’existait aucune preuve démontrant que la mort peut être attribuée à des violences criminelles, et notamment aux blessures qui ont été constatées à la tète; qu’il était au contraire très-probable que la mort était le résultat de la pendaison suicide.
Enfin, la pendaison peut encore être employée pour dissimuler un empoisonnement criminel. Le cas est rare sans doute, et je n’en connais pas d’exemple. Il pourrait offrir, dans la pratique, d’extrêmes difficultés, si le poison employé était de ceux qui ne laissent pas de traces trèsapparentes. L’expert attentif pourrait être mis sur la voie par les signes mêmes de la pendaison, qui lui montreraient que celle-ci n’a eu lieu qu’après la mort. S’il avait le moindre doute, il n’hésiterait pas à recourir à l’analyse chimique. On n’a pas oublié que c’est ce qui a été fait dans ces cas dont parle le professeur A. Taylor, où la rougeur excessive de la membrane muqueuse de l’estomac et de l’intestin avait pu faire croire à l’ingestion d’une substance vénéneuse. Il a pu se faire qu’un individu se pendit