‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 2)Chapitre 72 sur 88 · CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA STRANGULATION · texte numérisé non relu

CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA STRANGULATION

Quant à l'importance qu’il y a à distinguer la strangulation de la pendaison ou de la submersion, elle n’est ni moins réelle, ni moins sérieuse. Le cadavre d’un individu étranglé ou étouffé par des meurtriers peut être pendu ou noyé, et l’homicide peut être ainsi dissimulé sous les apparences d’un suicide. En présence de tels faits, qui ne sont ni très-rares, ni très-extraordinaires, quel sera l’embarras du médecin légiste habitué à confondre ces divers genres de mort dans une étude purement théorique, et qui n’aura pas appris à les différencier et à reconnaître chacun d’eux à des signes particuliers et certains? C’est vouloir au lit du malade négliger toutes les ressources du diagnostic différentiel pour s’en tenir aux indications vagues fournies par les symptômes communs à toutes les maladies aiguës. La justice qui l’interroge attend de l'expert une réponse catégorique à ces queslions : « Quelle est la cause de la mort? Est-elle le résultat d’un suicide ou d’un homicide? » Et pour les résoudre, il faut qu’il puisse reconnaître si, avant d’ètre pendu ou noyé, l’individu dont il examine le cadavre n’a pas été en réalité tué par strangulation ou par suffocation. C’est à ces conditions seulement que le médecin légiste se montrera digne de sa mission, de la science dont il est l’interprète, et dont il doit à la justice toutes les vérités.

Du reste, je ne crains pas d’avancer que l’histoire de la strangulation n’est pas très-difficile à présenter. Les faits la retracent d’eux-mêmes; etj’enai pour ma part recueilli un nombre suffisant pour avoir pleine confiance dans les simples données de ma propre observation ; j’y ai joint les résultats d’expériences multipliées que j’ai faites sur les animaux vivants, tant à l’occasion de mes recherches sur la suffocation que dans le cours de médecine légale de la Faculté, pour les besoins d’un enseignement auquel je m’efforcerai, tant que j’aurai l’honneur d’en être chargé,

DE LA STRANGULATION

de donner pour unique base l’observation pratique et l’expérimentation.

Des conditions dans lesquelles se présentent les laits de

strangulation. — Les conditions dans lesquelles se présentent le plus ordinairement les cas de strangulation méritent d’être rappelées d’une manière générale, car elles ont déjà par elles-mêmes quelque chose de caractéristique. En effet, une première remarque très-importante, c’est que si la pendaison est dans l’immense majorité des cas, sinon toujours, le résultat d’un suicide, la strangulation tout au contraire est presque exclusivement le fait de violences homicides. Je ne veux pas dire que l’on ne voie pas des individus s’étrangler volontairement; mais ces exemples d’ailleurs en petit nombre, si on les considère d’une manière absolue, constituent une très-rare exception comparativement au chiffre total des cas de strangulation. On

peut dire de celle-ci que, si elle est possible connue procédé suicide, elle est fréquente comme œuvre de violence et de meurtre, et doit presque toujours être attribuée à une main étrangère.

La. strangulation s’ajoute, du reste, souvent à d’autres violences. Les exemples que je citerai à la lin de cette étude montreront le plus ordinairement sur les victimes de la strangulation, notamment à la tête, des traces de coups et de blessures diverses, qui ont pu amener une perte de connaissance chez ceux que le meurtrier achevait en les étranglant. D’autres fois elle est employée concurremment avec la suffocation; l’occlusion de la bouche et des narines s’opère en même temps que la constriction du cou. Enfin, il n’est pas rare de voir le meurtre par strangulation compliquer et suivre un autre crime , tel que l’attentat à la pudeur et le viol.

A ces premières données s’en joint une autre qui en découle, et qui n’est pas moins intéressante : c’est que

Page 1