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QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES RELATIVES A LA STRANGULATION

Nous avons passé en revue les conditions clans lesquelles j se produit la strangulation et les traces matérielles qui : peuvent servir à la caractériser; mais, par cela môme qu’elle est le plus ordinairement le résultat d’un crime et l’œuvre de mains homicides, il faut pénétrer plus avant dans cette élude et mettre en quelque sorte l’expert aux prises avec les difficultés pratiques du sujet en présentant, dans toute leur vérité, les principales questions médicolégales relatives à la strangulation. Je ne prétends pas indiquer par avance et sous une forme définitive toutes celles qui pourraient surgir dans tel ou tel cas donné, imprévues comme le crime; mais je ne crains pas de dire qu’elles ne s’éloigneront guère de celles que je crois devoir poser comme résumant la plupart des faits. Elles sont d’ailleurs peu nombreuses et assez généralement faciles à résoudre.

Je ne crois pas utile de tracer les règles particulières que devra suivre l’expert dans le cas où il est appelé à constater un meurtre ou une tentative d’assassinat par strangulation. Elles ne diffèrent pas de celles qui président à toutes les opérations du môme genre, et il serait superflu de recommander l’examen le plus attentif de la région du cou, la description la plus minutieuse des lésions superficielles les plus légères comme des désordres les plus profonds et les plus graves, l’appréciation raisonnée de ces différents signes et la plus scrupuleuse attention à ne pas les confondre avec ceux qui appartiennent aux autres genres de mort violente rapprochés de celui qui nous occupe, la pendaison, la suffocation, la submersion. Du reste, les questions que je vais examiner successivement, sont toutes empruntées aux commissions judiciaires qui

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m’ont été confiées et reproduisent exactement les conditions les plus générales et les circonstances les plus ordinaires des expertises médico-légales en matière de meurtre ou de blessures par strangulation.

La mort a-t-elle pour cause la strangulation ? — Celte

première question n’est pastoujours conçue en ces termes : mais elle est implicitement contenue dans celle que pose nécessairement le magistrat dans tous les cas de coups ou de mort violente, à savoir quelle est la nature des blessures reçues et leur cause. Les traces de strangulation peuvent se montrer, avons-nous dit, soit à l’extérieur, soit dans la profondeur des organes ; et, lors môme que les premières feraient défaut, l’expert trouverait dans les secondes des preuves suffisantes. Je ne reviendrai pas ici sur les caractères que j’ai longuement décrits, mais je crois utile d’insister sur certaines difficultés d’appréciation que les signes de la strangulation peuvent offrir et sur les chances d’erreur qu’il importe d’éviter. Celles-ci porteront le plus souvent sur les traces extérieures qui se montrent au cou et qu’un examen superficiel pourrait faire attribuer à quelque autre cause naturelle ou accidentelle, telle que la mort par pendaison ou par suffocation ou encore à certaines conditions morbides.

C’est contre une erreur de ce genre, qu’Ollivier (d’Angers) s’est élevé, avec autant de force que de raison, à l’occasion d’une affaire qui a eu un grand retentissement et qu’il convient de rappeler ici (1 ). Il s’agissait de la mort d’une femme (d’Étampes), attribuées par les premiers experts à un meurtre par strangulation et par deux autres médecins entendus devant la cour d’assises de Versailles, à une apoplexie. Ceux-ci prétendaient que les deux principaux signes que l’on donnait comme caractéristique de la

(1) Ollivier (d’Angers), Mémoire cité (Ann. d'hygiène et de médecine légale , t.XXVI, p. 149).

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mort violente, le premier, c’est-à-dire une empreinte circulaire au cou, « pouvait se présenter, chez les personnes frappée d’apoplexie, en tout semblable à la lésion avec empreintes qu’aurait gravée sur le cou la pression des mains ou d’une corde, » le second, 5 savoir la présence de mucosités spumeuses et sanguinolentes dans les voies respiratoires, « excluait l’idée de strangulation et prouvait l’apoplexie. » Je ne reproduirai pas les arguments sans réplique qu'Ollivier a accumulés dans une longue et remarquable discussion contre ces deux propositions si complètement erronées. Je me borne à joindre mon témoignage au sien pour protester contre des assertions formellement contredites par l’expérience de chaque jour, et qui ne reposent, d’une part, que sur une fausse interprétation d’un phénomène cadavérique bien connu ; et, de l’autre, sur cette ignorance funeste des caractères de la strangulation que je signalais au commencement de ce mémoire. L’interprétation erronée qui a trompé les experts de Versailles n’est d’ailleurs pas nouvelle, et sur la valeur des traces de rougeur et d’ecchymose au-devant du cou l’opinion des anciens médecins légistes n’était pas plus éclairée. Zacchias (1), dans la discussion d’un fait où il ne s’agissait du reste ni de violences criminelles ni même de strangulation, s’exprimait ainsi : « Sanguis extravenatus in jugulo repertus non ünci tantum ex causa , ex sola nempe violentia per strangulationem procurata cipparere solet; et sic estsüjnum æquivocum et commune tam mortisper vim externam lacpieo vel allô quovis instrumenta procuratæ , quammortis quæ procedit a violentia interna ut a vomitu cum maximo conatu , vel àb apoplexia et ici gémis aliis. »

Il est constant que chez les apoplectiques dont le cou est court et replet, on voit, au niveau des plis nombreux

(1) Zacchias, loc. cil., p. 65.

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que forme la peau de la région cervicale, se former après la mort un ou plusieurs sillons plus ou moins profonds, d’une teinlc rouge, violacée, qui a bien quelque ressemblance avec l’empreinte d’un lien constricteur, mais qui ne peut tromper qu’un œil bien inattentif ou bien peu exercé. On peut faire les mêmes remarques sur le cadavre des nouveau-nés : le tissu cellulaire sous-cutané , trèsdense au cou, se durcit encore après la mort, et pour peu que la tête soit restée fléchie, la peau se plisse et présente une raie rouge circulaire qui induit très-souvent en erreur les médecins appelés à faire un premier examen, borné à l’extérieur du corps. Il suffit, dans l’un et l’autre cas, de pousser un peu plus loin les investigations et une simple incision permet de reconnaître que cette coloration cadavérique ne pénètre pas même toute l’épaisseur du derme et n’est jamais constituée par une infiltration de sang ou par une ecchymose. J’ajoute que, comme l’ecchymose elle-même peut manquer dans la strangulation, il convient, pour lever tous les doutes et pour n’êlre pas exposé à se tromper si grossièrement, de ne jamais conclure sans avoir procédé à une autopsie complétée! sans avoir contrôlé les signes extérieurs par les données que fournit l'examen des organes internes. 11 est d’ailleurs bien entendu qu’il faut avoir sur les lésions internes que procure la mort par strangulation des notions exactes et positives, et savoir, par exemple, que la présence d’écume plus ou moins teinte de sang dans les voies aériennes est un des signes les plus constants de la strangulation, un de ceux que l’on trouvera consignés dans toutes les observations citées à la fin de cette étude et que rien de pareil ne s’observe à la suite de l’apoplexie.

Je ne mentionnerai qu’en passantles diverses blessures, excoriations, érosions ou autres qui peuvent survenir accidentellement au-devant du cou par le fait de causes très-

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variées et qu’il est presque impossible d’énumérer et même de prévoir. L’action de certains topiques médicamenteux, sinapismes, emplâtres, eau sédative appliqués sur le cou, peut laisser des marques qui, au premier examen que l’on fait d’un cadavre, éveille les soupçons sur la cause de la mort. Il en serait de même de certaines écorchures ou de coupures légères qui se rencontrent si souvent dans celte région. Dans tous ces cas, c’est encore par une étude plus approfondie des lésions, tant externes qu’internes, qu’on évitera l’erreur.

Il en est une sur laquelle je dois insister davantage, car elle touche au point vraiment capital de l’histoire médicolégale de la strangulation : je veux parler de la confusion possible des signes de la strangulation avec ceux de la pendaison. Il est vrai que la distinction est surtout importante dans les cas où l’on trouve un cadavre pendu, et, c’est à ce litre que j’y ai insisté dans l’histoire de la pendaison. Mais sans revenir avec trop de développements sur cette étude comparative, il importe d’en fixer les principaux points, en vue surtout de la distinction essentielle du suicide et de l’homicide, dans le cas de strangulation.

Si le corps d’un individu, que l’on a lieu de soupçonner mort de mort violente, est trouvé gisant avec des traces de constriction du cou, on ne supposera pas qu’il ait été préalablement pendu; mais on doit toujours se demander si celui que l’on trouve pendu n’a pas été préalablement étranglé, en se rappelant que pendaison signifie le plus souvent suicide ; et strangulation, violence homicide. J’ai rapporté plusieurs exemples non douteux de cette complication : il en est où les recherches offrent de bien plus grandes et parfois d’insurmontables difficultés. Cependant je ne crains pas de dire que la tâche de l’expert sera singulièrement facilitée s’il ne perd pas de vue le rapport qui doit toujours exister entre les lésions externes et les lé^

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sions internes dans toute espèce de mort violente. Je suis convaincu que l’obscurité qui, dans tous les livres et dans l’esprit de la plupart des médecins, existe encore sur ce point, tient surtout a ce que l’on a voulu trouver des différences uniquement dans les traces extérieures, avec celte pensée que les organes internes ne pouvaient présenter que des lésions communes à tous les genres de mort que l’on réunissait sous le nom d’asphyxie.

Pour ne pas m’écarter de mon sujet, je résumerai donc les différences qui existent entre les signes de la strangulation et delà pendaison, sans parler des données que l’on peut tirer de la position du cadavre des pendus, des circonstances particulières de la pendaison, de la nature, de la forme et de l’arrangement du lien suspenseur. Or, en ce qui touche les signes locaux que l’on peut constater au cou, jerappelerai en premier lieu que, dans la plupart des cas, la strangulation homicide étant opérée à l’aide des mains, les empreintes des doigts et des ongles, les ecchymoses, les excoriations ne permettront pas de doute; il ne restera donc que les cas où l’étranglement a eu lieu par un lien. On a insisté sur la direction du sillon que laisserait l’application du lien, horizontale dans la strangulation, toujours plus ou moins oblique chez les pendus. 11 s’en faut de beaucoup que l’on trouve toujours une différence aussi tranchée. Lorsque la pendaison a été incomplète et que le corps n’a pas été abandonné tout entier à son propre poids, l’obliquité du lien et, par suite, celle de l’empreinte est souvent à peine marquée. Je n’attache pas non plus une grande importance à cette particularité que l’empreinte, dans le cas de strangulation, serait exactement et complètement circulaire, tandis que, dans la pendaison, elle serait toujours interrompue au niveau de l'anse formée par le lien suspenseur. En effet, d’une part, celui-ci peut être fixé autour du cou sans qu’une anse reste libre,

CAUSE DE LA MORT

et, par conséquent, il pourra rester marqué dans toute l’étendue de la circonférence chez les pendus ; et, d’une autre part, si, après la strangulation, le lien a été retiré ou s’est relâché, il arrive fréquemment qu’il s’imprime seulement sur les parties les plus saillantes du cou. Il y aurait à tenir compte cependant, eu égard à la direction du lien, de certains contrastes frappants : lorsque, par exemple, une double empreinte présente sur le cou un défaut de parallélisme très-marqué, l’un des sillons étant horizontal, l’autre très-oblique ; ou encore lorsque l’obliquité se montre précisément inverse de ce qu’elle devrait être dans les circonstances données, comme l’a noté avec beaucoup de pénétration M. Caussé (d’Albi), dans l’affaire de cette femme Couronne, qui avoua avoir assommé et étranglé son mari, qu’elle avait dit d’abord s’être pendu. Le nœud de la corde était fixé en avant, et l’anse avait laissé sur le cou de la victime une empreinte oblique d’avant en arrière et de bas en haut, tandis qu’il est évident que, s'il avait été pendu, le nœud de la corde placé en avant et en haut, l’anse eût obliqué en arrière et en bas.

Mais il est des signes plus positifs et plus constants. Chez les individus étranglés, le lien constricteur laisse, en général, une trace beaucoup moins apparente et moins profonde, souvent presque nulle, le plus ordinairement bornée à une empreinte superficielle qui ne peut être comparée au sillon que l’on trouve chez presque tous les pendus ; et l’on n’y voit pas en même temps, si ce n’est exceptionnellement, l’aspect nacré blanc et parcheminé de la peau. Mais, par contre, les ecchymoses, les infiltrations sanguines superficielles ou profondes, sont beaucoup plus fréquentes et plus marquées dans la strangulation que dans la pendaison. On constate aussi, dans la première, ces taches ecchymotiques pointillécs de la face, du cou et de la poitrine qui manquent, on pourrait dire toujours,

Tarmeü. — Pendaison.

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dans la seconde. Enfin il faut donner une très-grande place aux signes essentiels tirés de l’étal des poumons, qui généralement négatif chez les pendus, offre presque constamment, dans la strangulation, de nombreuses ruptures vésiculaires qui forment sous la plèvre ces plaques emphysémateuses que j’ai signalées comme vraiment caractéristiques, ainsi que ces noyaux d’apoplexie pulmonaire disséminés à différentes profondeurs dans le tissu même des poumons, et que l’on ne peut, confondre avec l’engouement en quelque sorte hypostalique que l’on trouve après la pendaison. L’écume dans le larynx et dans la trachée est moins constante chez les pendus que chez ceux qui périssent étranglés ; elle y est aussi moins fine et moins souvent teinte de sang.

Je n’ajouterai plus qu’un mot relatif à quelques signes que l’on a indiqués à tort comme appartenant spécialement à la pendaison et pouvant servir à la distinguer de la strangulation ; je veux parler des évacuations involontaires de matières fécales et d’urine, ainsi que de l’émission du sperme. J’ai déjà relevé cette erreur (1 ); mais c’est ici le lieu de la rectifier de nouveau. Il y aurait, en effet, un grand danger à laisser aux experts la pensée qu’ils puissent rien conclure de ces diverses circonstances. L’évacuation d’urine et de matières, aussi bien que l’émission du sperme, peut avoir lieu indifféremment dans presque tous les genres de mort violente. Signalé par M. Brierre de Boismont (2) dans une statistique qui comprend à la fois les pendus et les étranglés, le premier signe a été arbitrairement appliqué par M. Devergie (3) à la

(1) Questions médico-légales relatives à la mort par pendaison [Ann. d'hyg., 2' série, t. IV, p. 155).

(2) Brierre de Boismont, Du suicide et de la folie suicide. Paris, 1856, p. 524.

(5) Devergie, Consultation médico-légale dans l'affaire Duroulle [Ann. d'hyg., 2e sér., t. III, p. 445).

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pendaison seulement, alors que, sur 41 cas de suicide par pendaison, l’évacuation des matières et de l’urine n’a eu lieu que deux fois. Et, d’un autre côté, je l’ai notée dans mes expériences, comme M. Faure dans les siennes, aussi bien dans la strangulation que dans la pendaison, dans la suffocation et même dans la submersion. Quant à l’émis-

sion du sperme, j’en ai parlé longuement en traitant de la pendaison etil serait superflu de rien ajouter.

La strangulation doit encore être distinguée de la suffocation, mais on ne rencontre pas ici les causes de confusion et d’erreur qui résultent de la présence de lésions extérieures au cou, communes à la strangulation et à la pendaison. Lorsqu’il existe, en effet, sur les cadavres les traces apparentes des violences qui ont amené la suffocation, celles-ci siègent, non pas cà la région cervicale, mais autour des narines et de la bouche, sur les lèvres, les joues, les ailes du nez ; et cette seule circonstance éloigne l’idée de la strangulation, qu’il ne faut repousser du reste, même dans ces cas, qu’après avoir examiné, nonseulement les parties profondes du cou, mais encore les organes internes, le cœur et les poumons, qui fournissent des signes irréfragables, les ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques ponctuées qui appartiennent exclusivement à la suffocation. J’ai hâte d’ajouter cependant que les faits montrent une association fréquente des deux espèces de violences qu’un même mouvement, en quelque sorte, ou du moins qu’un acte simultané, peut produire surtout chez des nouveau-nés. Aussi n’est-il pas rare de trouver réunies les différentes lésions qui caractérisent la suffocation et la strangulation, tant à l’extérieur que dans les organes internes. J’en ai cité plusieurs exemples. Il y a d’ailleurs entre l’un et l’autre genre de violences plus d’une analogie qu’on ne saurait méconnaître: l'aspect du cadavre, les taches ecchymotiques, pointillées, disséminées

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à la face, au cou, à la poitrine, les ecchymoses sous la conjonctive, l’écume abondante, fine et sanguinolente dans le larynx et dans la trachée, et même, dans certains cas, les épanchements circonscrits de sang sous le péri crâne.

Mais si l’un des deux modes de violences a prédominé, tandis que l’autre est resté à l’état de tentative, on pourra trouver tantôt les signes extérieurs de l’un des deux genres de mort avec les lésions internes de l’autre, ou encore les traces de tous deux au cou et à la face avec des altérations uniques dans les organes respiratoires, suivant qu'en réalité la mort sera le résultat de la suffocation ou de la strangulation.

Mais, ainsi qu’on le verra mieux dans l’histoire de la suffocation, le rapprochement et même la confusion entre la strangulation et la suffocation seraient sans grand inconvénient et sans grand danger, parce qu’il n’y a pas là, comme pour la pendaison, à prendre un suicide pour un homicide, et réciproquement, et qu’on ne peut se tromper que sur le mode particulier et les circonstances secondaires d’un meurtre avéré.

Je n’ai parlé jusqu’ici que des signes propres à la strangulation complète et des moyens de la distinguer des autres genres de mort. Pour la strangulation incomplète, l’appréciation des caractères qui lui sont propres sera mieux placée quand il sera question de rechercher si la tentative de strangulation est réelle ou simulée. Il suffira de rappeler que c’est uniquement d’après les signes extérieurs que l’on pourra reconnaître la strangulation incomplète, notamment le gonflement du cou et de la face, les ecchymoses caractéristiques, les taches de sang disséminées à la surface de la peau, l’infiltration sanguine des conjonctives, l’altération de la voix et la difficulté de la déglutition.

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Enfin, il ne faut pas oublier que la strangulation peut quelquefois ne laisser à l’extérieur que des traces très-peu apparentes, et que l’expert devra se tenir sur ses gardes pour ne pas les laisser échapper. 11 est des cas, par exemple, où, sans intention criminelle, et seulement pour dissimuler un suicide, les marques qui existent autour du cou sont cachées au médecin chargé de vérifier les décès. Mais si l’on est bien pénétré delà pensée que pour se prononcer même d’une manière approximative sur la cause de la mort, il faut ne négliger aucune investigation, on arrivera sûrement à découvrir quelque indice de la strangulation en relevant la tête et en éclairant fortement la région antérieure du cou.

J’ai suffisamment caractérisé les signes de la mort par strangulation, pour qu’il soit désormais facile de reconnaître si tel individu vivait encore lorsqu’une constriction a été exercée sur le cou. Il est cependant des cas assez rares dans lesquels la mort ayant été déterminée par des violences autres que la strangulation,

une fracture du crâne, par exemple, ou une blessure quelconque, un lien est fixé autour du cou du cadavre, soit pour rendre la mort plus sûre, soit pour maintenir le corps dans une certaine position. C’est ainsi que j’ai vu plusieurs fois une corde passée d’un côté autour du cou, et de l’autre attachée à la jambe d’une personne assassinée ; de telle sorte que si la victime était tentée de revenir à la vie son premier mouvement eût pour effet de l’étrangler, et d’assurer ainsi les desseins du meurtrier. Dans d’aulres cas, comme dans le meurtre de Poirier-Desfontaines, le cadavre enfermé dans une caisse étroite et replié sur luimême, était lié par une ficelle dont une des extrémités faisait le tour du cou.

Quoi qu’il en soit du but que se sont proposé les assassins, il sera facile de distinguer si la constriction du cou a

DE LA STRANGULATION

été opérée après la mort, et d’une autre part si celle-ci est bien le résultat de la strangulation. Dans le premier cas, à part la présence d’un lien serré autour du cou, tous les autres signes extérieurs de la strangulation feront défaut et la trace même que laissera la corde sur le cadavre se réduira à un sillon plus ou moins marqué, pâle, parcheminé, sous lequel on ne trouvera ni ces ecchymoses, ni ces infiltrations profondes de sang coagulé, qui manquent rarement dans la strangulation. Quant à la preuve que celle-ci est bien réellement la cause de la mort, elle se déduira des lésions caractéristiques que l’on trouvera dans les organes respiratoires et de l’absence de toute autre cause de mort appréciable.

Comment la strangulation a-t-elle été opérée ? — La

manière dont la sti angulation a été opérée est l’un des points les plus importants des recherches médico-légales relatives à ce genre de violences. Elle peut être en général déterminée assez facilement par l’examen attentif des marques imprimées au-devant du cou ; car si l’état des organes internes ne présente à cet égard rien de significatif, les traces extérieures peuvent fournir des données très-précises.

Les caractères des diverses empreintes répondent, en effet, assez exactement au mode de strangulation qui a été employé. Le sillon imprimé sur le cou indiquera nonseulement que l’étranglement a été opéré par un lien, mais encore, si celui-ci n’a pas été retrouvé sur le cadavre, la forme et les dimensions de l’empreinte permettront le plus souvent de reconnaître de quelle espèce de lien s’est servi le meurtrier. 11 est donc très-essentiel de décrire avec une minutieuse exactitude les moindres particularités que peut offrir le sillon. Chez l’enfant nouveau-né, l’expert a à se préoccuper d’une circonstance toute spéciale, mais d’ailleurs fort rare, la possibilité de la strangulation

MODE DE STRANGULATION

par l’enroulement du cordon ombilical autour du cou au moment de la naissance. En fait, il n’est pas douteux pour moi, et je l’ai constaté de la manière la plus précise, que le cordon peut laisser sur le cou du nouveau-né une empreinte sous forme de sillon légèrement ecchymosé, ainsi que l’a admis Négrier (1), et que l’ont démontré plusieurs faits cités par Tauftïieb (2). Mais la question n’est ici ni dans la possibilité de l’enroulement, ni dans celle de l’empreinte, elle est dominée par ce fait capital en ce qui touche l’infanticide que lorsque l’enfant naît étranglé par le cordon, il n’y a pas respiration complète, ni surnatation des poumons dans les épreuves docimasiques : et que, par conséquent, si l’on trouve la respiration complètement établie, on a la preuve que la strangulation ne résulte pas de l’enroulement du cordon avant la naissance. Il n’en est pas de même dans les cas, d’ailleurs exceptionnels, dont cependant j’ai vu plus d’un exemple, où une femme se serait servie du cordon lui-même pour étrangler son enfant quelque temps après sa naissance. Les signes de ce mode de strangulation ne différeraient pas au fond de ceux que produirait toute autre espèce de lien.

Quant aux traces de la strangulation par les mains, elles sont plus expressives encore, puisque*c’est l’empreinte même des doigts et la marque des ongles qui se dessinent de chaque côté du larynx, sous forme d’ecchymoses et d’excoriations, que nous avons décrites assez longuement pour n’avoir pas besoin d’y revenir de nouveau. Je ferai seulement remarquer que ce mode destran-

(1) , Négrier, Recherches médico-légales sur la longueur et la résistance du cordon à l'occasion d'un fait qui prouve qu'une femme en se délivrant seule peut étrangler son enfant [Ann. d’hvq. et de mêd. lèg., t. XXV, p. 126).

(2) Taufïlieb, De la strangulation des nouveau-nés par le cordon ombilical [Ann. d'hyg. et de mêd. lég., t. XIV, p. 340).

DE LA. STRANGULATION

gulation, facile à reconnaître en général au premier coup d’œil, donne lieu à plusieurs questions subsidiaires qui ont, dans certains cas, une grande portée et qui demandent à être examinées d'une manière particulière.

Quels sont les auteurs «le la strangulation? — Les questions du genre de celle-ci n’admettent que bien rarement une solution absolue; elles dépendent de trop de conditions diverses et surtout d’un rapport trop hypothétique entre le meurtrier et la victime, pour que l’expert y réponde autrement que par des vraisemblances. Celles-ci peuvent, du reste, s’établir sur des circonstances souvent assez précises.

La strangulation opérée à l’aide des mains peut seule, d’ailleurs, donner lieu à une semblable question. Car l’application d’un lien autour du cou exige plus d’adresse que de force et peut se faire par surprise, de telle sorte qu’il serait impossible de se prononcer dans le cas de simple strangulation à l’aide d’un lien sur le nombre et la vigueur relative des assassins. Mais si l’on retrouve imprimée sur le cou la trace manifeste des mains et des ongles, on peut quelquefois apprécier la force qu’a exigée le crime d’après la résistance qu’a pu opposer la victime. Seulement le cercle des hypothèses est naturellement restreint. Il faut éliminer les cas de strangulation que l'on observe chez les nouveau-nés et les enfants, ou chez les femmes affaiblies par l’âge, cas dans lesquels la strangulation a pu être opérée facilement par une seule personne et par une main peu vigoureuse. Mais si la victime a pu résister, si on trouve les traces d’une lutte, et, à plus forte raison, si la strangulation a été incomplète, on peut être assuré qu'il n’y a eu qu’un meurtrier dont la vigueur était médiocre. Le contraire pourrait être admis, si c’était un homme et un homme robuste qui eût été étranglé, et chez qui l’on trouverait à la fois de nombreuses blessures et des traces

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