‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 2)Chapitre 76 sur 88 · IDENTITE DU MEURTRIER · texte numérisé non relu

IDENTITE DU MEURTRIER

Idc luttes; il y aurait à soupçonner la participation de plusieurs ou la vigueur peu commune d’un seul meurtrier. Cependant il faut considérer, en pareille circonstance, les -conditions particulières et très-rares que j ai indiquées comme pouvant favoriser le meurtre d’un homme par j strangulation, c’est-à-dire les habitudes de pédérastie. 11 est bon de faire remarquer aussi d’une manière générale que ce genre de violences est, dans l’immense majorité des cas, l’œuvre d’un seul individu, et qu’à moins qu’un double crime ait été simultanément commis, ou que l’on trouve sur un cadavre la preuve évidente de blessures différentes et de l’emploi de plusieurs instruments de mort, on peut répugner à admettre que la strangulation ait été opérée par plus d’un meurtrier.

En tin il faut avoir égard, jusqu’à un certain point, à la nature et à l’étendue des désordres dont le cou peut être le siège : certaines lésions rares, comme la fracture de l’os hyoïde ou des cartilages, l’aplatissement ou l’écrasement du larynx et de la trachée supposent sans doute une grande violence; mais il est impossible de ne pas reconnaître que j quelquefois l’absence ou le peu de gravité des lésions extérieures peut être précisément l’indice de la facilité et de la promptitude avec laquelle une main vigoureuse a accompli une strangulation complète.

On voit, par ces données très-contradictoires, combien il est difficile de résoudre, d’après des principes fixes et absolus, la question qui nous occupe. Elle ne peut se juger, pour ainsi dire, que par des raisons individuelles, dans chaque cas particulier et suivant les circonstances très-complexes dont j’ai cherché à donner un aperçu.

Ce n’est pas seulement dans les cas de strangulation homicide que l’expert peut avoir à rechercher sur la ' victime quelque indice propre à éclairer l’identité du meurtrier. L’emploi d’une arme, empruntée à telle ou

DE LA STRANGULATION

(elle profession, la manière dont a éfé faite une blessure suivant certains procédés techniques, les taches enfin de diverse nature dues au contact, peuvent fournir des données très-utiles dans toute espèce de meurtre ou d assassinat. De même, dans la strangulation , on pourrait tirer parti des souillures particulières qu’aurait imprimées sur le cou de la victime la main d’un individu exerçant un état dans lequel les mains offrent habituellement une coloration caractéristique. 11 me sera permis de rappeler que ces modifications dans la couleur de certaines parties du tégument externe sont au nombre des signes d’identité que j’ai indiqués comme pouvant être fournis par l’exercice de diverses professions (1).

Mais, parmi ces colorations particulières, les seules qui puissent servir à déceler l’auteur de la strangulation sont celles qui seraient de nature à déteindre, en quelque sorte, soit sur la peau des parties que la main comprime, soit sur les vêtements de la victime. Il en serait ainsi des souillures formées de matières solides, pulvérulentes, colorées, telles que celles qui adhèrent à la main des charbonniers, des mouleurs en cuivre, des meuniers, des boulangers, des maçons, des broyeurs de céruse,de minium ; ou par des matières grasses, huileuses, comme chez les charcutiers, les bouchers, etc. ; ou par des matières colorantes peu fixes, comme chez les peintres. Mais la question s’est présentée à moi dans une expertise récente où la solution, quoique forcément négative, n’est cependant pas sans intérêt (obs. XI). 11 s’agit du meurtre d’une fille publique, dont l’auteur présumé était un forgeron. La con-

(1) Mémoire sur les modifications physiques et chimiques que détermine dans certaines parties du corps l'exercice de diverses professions pour servir à la recherche médico-légale de l'identité. ( Ann.d'hyg.ct de méd. légale, t. XLlt, 1849.)

IDENTITE Dll MEURTRIER,

statation de l’identité présentait une grande importance, et M. le juge d’instruction Rohault de Fleury eut la pensée que les mains noires de cet individu pouvaient avoir laissé des taches et des souillures particulières sur le cou, le bonnet, le fichu de la femme étranglée. Le plus minutieux examen ne me permit pas de retrouver, soit sur la peau, soit sur les objets de toilette, aucune coloration noire suspecte. Mais ce résultat négatif était facile à expliquer, alors même que les soupçons eussent été justifiés, en raison même de la nature de la coloration que peut amener le travail de la forge. Celle-ci est formée, en effet, par une incrustation de matière noire, qui n’est autre chose que de la poussière de fer dans l'épaisseur même de Fépiderme, et peut, par conséquent, ne pas se communiquer par le simple contact. Celte donnée a son importance, puisqu’elle suffit pour montrer que l’absence de ce signe, dans des cas analogues à celui que je viens de rappeler, n’exclut pas l’identité de l’individu suspect.

Quant à la manière de reconnaître la nature des matières déposées par la main du meurtrier sur le cou ou les vêtements, je n’ai pas à y insister ici ; je rappelle seulement que le moyen le plus sûr est de recueillir quelque parcelle de ces matières et de les examiner, soit à la loupe, soit à l’aide de quelques réactifs, suivant les règles que j’ai tracées dans une précédente étude.

La strangulation opérée à l’aide d’un lien peut donner lieu aussi , dans certains cas , à quelques indications d’identité que l’expert ne doit pas négliger, bien qu’elles ne soient pas toujours de sa compétence, mais parce que lui seul peut les recueillir et les signaler. Ce sont celles qui résultent de la nature du lien que l’on retrouve atlaché autour du cou sur le cadavre de la victime. On n’a pas oublié ce que j’ai dit de l’extrême diversité des liens employés; un ruban, un fragment de vêtement, peuvent

DE LA STRANGULATION

mettre sur la voie de l’auteur du crime. Dans l’assassinat de la veuve du célèbre peintre Garneray, l'analogie du fragment de corde qui avait servi à l’étrangler, avec une pelote de corde semblable retrouvée dans le logement d’un individu, fit planer sur lui les plus graves soupçons et motiva son arrestation. C’est ainsi que, dans les divers mode de strangulation, quelquefois les circonstances les plus inattendues, l’état extérieur de la victime peuvent fournir des données précieuses sur l’identité du meurtrier.

Dans quelles circonstances la strangulation a-t-elle été

opérée? — 11 est intéressant de rechercher parmi les circonstances dans lesquelles s’est accomplie la strangulation quelle était la position relative de la victime et du meurtrier; quelle a pu être la rapidité de la mort, et si la strangulation a été compliquée de quelque autre violence.

Tout ce qui, dans les constatations médico-légales, peut jeter quelque jour sur les conditions matérielles dans lesquelles un crime a été commis, doit appeler au plus haut degré l’attention de l’expert; et ce principe ne trouve nulle part une application plus utile, plus frappante que dans certains cas de strangulation, notamment lorsque celle-ci est précédée de violences d’un autre genre, l’attentat à la pudeur, le viol ou la pédérastie, ou encore quand c’est par elle que s’accomplit l’infanticide. Dans tous les cas, c’est le nombre, la disposition, la forme, la direction surtout des empreintes que porte la région cervicale, qui souvent retracent en caractères saisissanls la scène de violences et dessinent la position relative de la victime et du meurtrier.

Il faut donc accepter et mesurer en quelque sorte chacune des traces que les doigts ont laissées au-devant et de chaque côté du larynx. On y retrouve, dans la disposition

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