‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 2)Chapitre 82 sur 88 · PAR OCCLUSION DIRECTE DES VOIES AÉRIENNES · texte numérisé non relu

PAR OCCLUSION DIRECTE DES VOIES AÉRIENNES

céder le pas aux caractères tirés de l’état des organes internes.

Ceux-ci ne sont jamais plus tranchés que dans les cas où la mort a été produite par occlusion directe des voies aéqtennes. J’ai soumis à ce procédé dix animaux, chiens, lapins et cabiais, et j'ai vu constamment, ainsi que je l’avais noté chez vingt-trois enfants nouveau-nés qui présentaient autour de la bouche et du nez des traces manifestes de violences, les poumons plutôt pâles et exsangues que fortement engoués ; les taches ponctuées de dimensions variables, très-nombreuses, très-irrégulièrement distribuées, confluentes dans certains points, et offrant un contraste frappant, par leur couleur presque noire, avec la teinte d’un blanc très-faiblement rosé des parties voisines. Les autres lésions, telles que rupture des vésicules pulmonaires, écume dans la trachée, épanchements pôricrâniens et péricardiques, étaient relativement beaucoup plus rares que dans les autres modes de suffocation. Mais il est àremarquer que dans les expériences de cette catégorie, et surtout dans les deux cas où nous avons employé le masque de poix, la mort est survenue très-rapidement, circonstance dont on peut tenir compte, d’autant plus sûrement, dans les appréciations médico-légales, que la résistance des animaux aux divers genres d’aspbvxie est plus grande que celle de l’homme.

Suffocation pat* compression des parois de la poitrine

et du ventre. — L’interruption complète , brusque ou prolongée, des phénomènes mécaniques de la respiration amène nécessairement la mort, alors môme que l’orifice des voies respiratoires reste accessible à l’air. Les exemples de ce genre de mort ne manquent pas. Des enfants nouveau-nés enveloppés de linges qui les serraient fortement ; des adultes et des vieillards, sur la poitrine de qui appuyaient violemement les genoux des meurtriers ;

DE LA SUFFOCATION

des enfants endormis, sur lesquels pesait, par mégarde, le bras ou le corps d’une nourrice, ou sur lesquels venait s’accroupir durant leur sommeil quelque animal domestique; des individus enfin pressés dans la foule, ont péri victimes de ce genre de mort. J’en ai imité à plusieurs reprises le mécanisme, en comprimant à l’aide de poids ou bandages fortement serrés, les parois thoraciques et abdominales de lapins et de cabiais.

Une première remarque que j’ai faite dans ces expériences, c’est que la mort, qui tardait quelquefois à se produire par une simple compression méthodique, était précipitée par une brusque pression exercée sur le ventre, de manière à refouler violemment le diaphragme. Ce fait confirme les observations de deux honorables médecins légistes, MM. Isnard et Dieu, qui ont signalé (1), avec autant de force que de raison, le rôle capital que joue dans la suffocation la pression exercée sur le ventre.

Les parois thoraciques et abdominales gardent trèsrarement l’empreinte extérieure d’une compression qui a le plus souvent agi sur une large surface. J’ai vu cependant une dépression manifeste de ces parties sur des enfants à la mamelle étouffés pendant leur sommeil. Mais comme il n’est pas nécessaire que l’obstacle mécanique ait une énergie excessive, et qu’il suffit qu’il soit maintenu d’une manière persistante et continue pour arrêter complètement le jeu des forces respiratoires, les traces de violences sonttrès-rares à l’extérieur, saut lescâsde luttes qui n’ont ici rien de caractéristique.

Mais il n’en est pas de même des organes intérieurs. Les poumons offrent un aspect généralement marbré, et peuvent être en même temps le siège d’un emphysème très-

(1) Isnard et Dieu, Revue des cas de médecine légale recueillis dans V arrondissement de Metz.

étendu. Les épanchements de sang multiples et ponctués se montrent très-nombreux dans le tissu cellulaire péricrânien : mais on peut voir, en outre, une exsudation sanguine en forme de couches plus ou moins épaisses, à la surface despoumons, du cœur et même des viscères abdominaux, sans qu’ils offrent pourtant la moindre déchirure.

Il est bon toutefois de distinguer ces exemples bien caractérisés de mort par suffocation des cas d’écrasement dans lesquels la suffocation peut bien avoir une part, mais qui entraînent le plus souvent des lésions d’une autre nature, telles que des fractures multiples des côtes, des ruptures viscérales, des hémorrhagies qui peuvent amener directement la mort. J’ai eu à procéder à l’autopsie d’un ouvrier de l’entrepôt des vins qui, occupé à dégerber des pièces, était tombé du tabernacle haut de 2 mètres environ, et sur lequel l’un des fûts avait roulé. Relevé il s’écria qu’il était perdu, et expira presque immédiatement, malgré les soins qui lui furent prodigués. Il n’existait à l’extérieur aucune trace de contusion. Mais on trouvait dans la profondeur des organes des désordres considérables, et, pour ne parler que des plus importants, six côtes étaient fracturées à la partie antérieure, le foie était déchiré, et un vaste épanchement de sang remplissait tout le bassin. Quant aux poumons, ilsétaient parfaitement intacts, ainsi que le cerveau, et il était impossible d’attribuer, en quoi que ce fût, la mort à la suffocation.

Ce qui est ici, et dans les cas du même genre, parfaitement tranché, peut l’être beaucoup moins lorsqu’il s’agit de ces faits observés dans plus d’une circonstance, et qui atteignent parfois les proportions d’un désastre public. Je veux parler de ces accidents terribles dont à plusieurs époqueset dans des circonstances diversesles grandes ♦ foules ont été l’occasion et dans lesquelles de nombreuses

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