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victimes ont péri écrasées, submergées sous le flot irrésistible et dans le courant aveugle d’une multitude qui se ruait sur elle-même. Déjà en 1857, à'propos d’un événement de cette nature survenu au Champ de Mars, Ollivier (d’Angers), dans une intéressante communication à l’Académie de médecine (1), avait montré quel intérêt peuvent offrir à la science ces faits heureusement exceptionnels, mais dont les proportions augmentent singulièrement la valeur. Le nombre des cas réunis pour ainsi dire du même coup, fournissent à l’observation des données qu’il serait regrettable de négliger.
Au mois de mai 1848, une terreur panique, produite dans un atelier de femmes par la chute d’un pan de mur, précipitait ces malheureuses vers une étroite issue où elles s’entassaient et s’écrasaient aveuglément. Un grand nombre étaient renversées et foulées aux pieds. Toutes les victimes de cet accident, qui eût pu avoir des suites si funestes, furent transportées à l’hôpital du Bon-Secours dans le service deM.le professeur A. Hardy, praticien excellent autant qu’éclairé, qui parvint à les rappeler toutes à la vie. Mais, dans l’état de ces femmes, une observation attentive lui avait révélé une grande variété de troubles fonctionnels et de lésions. A parties contusions et blessures extérieures, on voyait prédominer, chez les unes; des symptômes purement nerveux, convulsions, syncopes, paralysie ; chez les autres, et c’était le plus petit nombre, des phénomènes caractéristiques de suffocation.
Ces faits , quoique dépourvus des renseignements qu’aurait pu fournir l’examen des organes internes, n’en sont pas moins de nature à jeter un grand jour sur le sujet que nous étudions. Ils peuvent servir à expliquer
(1) Ollivier (d'Angers), Relation medicale des événements survenus au Champ de Mars , lue le 20 juin 1838 à l’Académie de médecine (Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., 2e série, t. XMII, p. 485).
Ikeomment, sur les seize cadavres dont Ollivier (d’Angers) rivait fait l’autopsie après la catastrophe du Champ de dars, il n’a noté que chez un seul, à la surface des poumons, des ecchymoses qui pénétraient à plus d’un pouce le profondeur dans le tissu pulmonaire. En effet, en admettant que ces taches sous-pleurales, qui n’avaient pas y : à ses yeux de signification, aient pu lui échapper, il faut •econuaître aussi que beaucoup de personnes , parmi celles qui étaient soumises à son examen, avaient pu périr >ar écrasement, par congestion cérébrale ou par syncope.
Quoi qu’il en soit, une particularité qui ne doit pas être oassée sous silence, et qui concorde avec mes propres ob-
IBrvations, c’est que, dans tous les cas observés par Ollivier l’Angers) et par M. A. Hardy, il existait soit des infil - ’ations sanguines de la conjonctive et des paupières, soit es ecchymoses ponctuées à la face, au cou et sur la poidne. J’ai dit déjà, du reste, que ce signe n’appartenait as exclusivement à la suffocation, et, en particulier, à \ suffocation produite par des violences criminelles. On ait qu’il n’est pas rare de l’observer chez cerlainesfemmes la suite d’un accouchement laborieux qui leur a arraché les cris aigus, ou qui seulement a nécessité des efforts irolongés.
Une catastrophe récente est venue s’ajouter à celles qui vaient attristé anciennement la population parisienne, et, ^quelque pénible que soit un retour sur de pareils mali heurs, j’ai cru utile de recueillir et de publier (1) la relation médicale de l’accident survenu dans la soirée du 15 août 1866 sur le pont de la Concorde.
Je commencerai par l’exposé sommaire du fait et des
Î(l) A. Tardieu, Relation médicale de V accident survenu au pont de ■la Concorde le 15 août 1800, pour servir à l'histoire de la mort par suffocation (Ann. d'hyg. publ. et de méd. légale, 2e série, t. XXVI, > PI* 558).
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constatations particulières auxquelles je me suis livré. Il me sera pins facile ensuite d’en résumer les principaux résultats et d’en faire comprendre l’importance au point de vue de l’histoire médico-légale de la suffocation.
L’accident du pont de la Concorde n’a heureusement pas eu la même gravité que ceux qui, il y a trente ans, au Champ de Mars, et près d’un siècle, à la place Louis XV, l’avaient précédé. Mais il s’est produit dans des circonstances et par des causes absolument identiques. A un moment donné et par un conflit dont le point de départ reste inexpliqué, au milieu de la foule, une première personne tombe privée de sentiment, une sorte de tourbillon se forme dans ce fleuve vivant et la peur aidant, les victimes s’accumulent. Cette fois le mouvement meurtrier a été rapidement maîtrisé, et tandis qu’Ollivier (d’Angers), en 1857, avait eu sous les yeux vingt-trois cadavres, je n’en ai trouvé à la Morgue, où ont été transportés tous ceux qui ont succombé, soif au moment, soit par suite de la catastrophe, que neuf. Le chiffre des blessés ne saurait être fixé d’une manière aussi exacte, quelques-uns ayant pu regagner leur domicile, soit après avoir reçu les premiers soins près du théâtre de l’événement, soit môme sans en avoir eu besoin. Les seuls dont l’état ait paru plus sérieux ont été conduits à l’hôpital de la Charité. C’est par erreur que l’on a dit qu’il en avait été admis un assez grand nombre à l’hôpital Necker ; je me suis assuré que pas un n’était dans ce cas. En résumé, en ajoutant aux dix blessés que j 'ai visités à la Charité onze autres individus dont les noms ont été publiés et qui auraient été soignés à domicile, on arriverait, avec les neuf cadavres reçus à la Morgue, à un total de trente personnes environ atteintes à des degrés divers par l’accident du 15 août dernier. Je ferai remarquer que l’une des personnes qui ont péri avait été primitivement portée à la Charité, où
i elle n’a succombé que le surlendemain et d’où, étant restée inconnue, elle a été transférée à la Morgue.
On trouvera parmi les observations qui terminent cette | élude le détail individuel de chacun de ces cas. En les résumant, une première observation frappe tout ü’abord, c’est que tous ceux qui ont péri dans l’accident du pont de la Concorde, ont péri étouffés.
Nulle autre cause que la suffocation n’a agi sur eux et les signes de ce genre de mort, tels que je les ai décrits, ont été invariablement retrouvés, non-seulement sur lous les cadavres que j’ai examinés, mais sur plusieurs des personnes les plus grièvement atteintes qui ont été transportées à l’hôpital de la Charité.
La constance et Luniformilé des lésions acquièrent dans ce cas une importance particulière, puisqu’elles confirment les caractères d’une espèce de mort violente que le médecin légiste a très-souvent l’occasion de reconnaître. On me permettra donc d’insister sur ces caractères, en faisant ressortir ce qu’ils ont de spécial dans le mode de suffocation dont il s’agit en ce moment et où la mort arrive par pression des parois de la poitrine ou du ventre. Mais avant de revenir sur cette analyse des signes de la mort par suffocation, il ne sera pas sans intérêt de rapprocher, en les comparant au point de vue de leurs conséquences, les accidents analogues à celui du pont de la Concorde, notamment celui du Champ de Mars qu’a rapporté Ollivier (d’Angers) et celui qui s’est passé au mois de mai 1848, dans un atelier de femmes du faubourg Saint-Antoine, et dont je donne la relation à la suite de cette étude d’après les observations qu’avait bien voulu me communiquer M. le professeur A. Hardy.
Ollivier (d’Angers) n’a parlé que des morts qu’il a eu à «.examiner au nombre de 23; dans l’accident plus récent
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que je rapporte ici, j’ai visité 9 cadavres seulement, mais, de plus, 10 personnes blessées à des degrés divers. Dans le premier cas, sur les 25 morts, il y en avait 11 du sexe masculin et 12 du sexe féminin ; dans le cas présent, les 9 morts comprennent 5 hommes et 6 femmes, les blessés 7 hommes et 5 femmes ; mais il est à remarquer que parmi les blessés, 4 offrent des signes de suffocation, et que parmi eux on compte 5 femmes; ce qui donne sur un total de 15 personnes étouffées, 9 du sexe féminin et 4 du sexe masculin.
Quant à l’âge, Ollivier (d’Angers) notait comme limite extrême 8 et 75 ans. J’ai trouvé parmi les morts deux jeunes gens de 15 et de 17 ans et 2 vieillards, un homme et une femme de 67 ans ; parmi les blessés, un enfant de 7 ans et deux de 13 et 14 , tous les autres étaient dans la force de l’âge. Il n’y a rien de bien décisif à déduire de chiffres si restreints; il est difficile cependant de ne pas faire remarquer que les femmes semblent et doivent être en effet plus exposées que les hommes à la suffocation. J’ai noté, comme l’avait fait déjà Ollivier, chez un certain nombre de victimes, un embonpoint excessif qui pourrait bien rendre moins énergique la résistance à ce genre de violences.
L’accident du Champ de Mars avait été à tous égards plus grave que celui du pont de la Concorde ; car, outre le plus grand nombre de morts, plus d’un tiers présentait des traces manifestes d’écrasement, des fractures multiples des côtes et du sternum : complications que je n’ai pas rencontré une seule fois. Mais, dans l’un comme dans l’autre accident, toutes les personnes blessées ou étouffées avaient sur diverses parties du corps, sur les membres inférieurs notamment, de nombreuses ecchymoses et des excoriations produites par des contusions reçues dans la foule. Quelques-unes portaient des marques de chutes, et
des coups qui les avaient atteintes, quand elles étaient déjà renversées, à la tête ou sur les membres. Les plus graves blessures que j’aie eu à constater chez Tune des femmes qui ont péri, est une profonde contusion du coude et une large plaie à lambeau de la jambe qui paraissait avoir été faite par le fer d’un cheval. Il demeure donc constant qu’au supplice de la suffocation, il faut ajouter, pour ceux qui succombent au milieu d’une foule, des blessures diverses et multiplées qui depuis les plus légères comme chez la plupart de ceux que l’on a admis à l’hôpital delà Charité dans la soirée du 15 août pour de simples contusions et qui en sont sortis dès le lendemain, jusqu’à des plaies et des fractures, telles qu’Ollivier les avait signalées, telles que j’en ai constaté dans un cas auquel il faudrait peut-être ajouter celui du jeune garçon que l’on a dit avoir eu, lors du dernier acciden, le péroné brisé.
Mais ce qui domine en réalité et ce que mettent hors de doute les autopsies cadavériques faites par Ollivier (d’Angers), par M. Lorain et par moi, ainsi que les observations recueillies par M. A. Hardy, et celles que je viens de faire moi-même sur les femmes qui n’ont pas succombé, c’est que la cause réelle et déterminante des troubles fonctionnels et de la mort dans les accidents dont il s’agit, est, sinon toujours, du moins dans l’immense majorité des cas et presque exclusivement, la suffocation. L’étude plus approfondie à laquelle les faits récents m’ont conduit me permet d’être sur ce point plus affirmatif et je le crois plus exact que je ne l’avais été dans monpremier mémoire sur la mort par suffocation. Une analyse rapide des signes relevés dans les différents cas qui ont été précédemment cités, en fournira la preuve manifeste.
Ces signes sont de deux ordres et consistent en traces * extérieures que le simple examen de la surface du corps
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fait aisément reconnaître, et en troubles fonctionnels plus ou moins graves, en lésions des organes internes que l’on constate à l’autopsie.
Les premiers sont flagrants et tout à fait remarquables par leur constance et par leur forme caractéristique.
Ollivier (d’Angers), décrivant les vingt-trois cadavres du Champ de Mars, disait : « Chez tous, sans exception, la peau de-la face, du cou, et chez quelques-uns, de la partie supérieure de la poitrine, avait une teinte violacée uniforme au milieu de laquelle apparaissait une multitude de petites ecchymoses ponctuées de couleur noirâtre, dont les plus larges avaient une ligne et demie de diamètre, tandis que le plus grand nombre formait un pointillé trèsfin. La conjonctive oculaire et palpébrale offrait une injection tout à fait semblable. Cette coloration particulière de la peau de la face et du cou variait bien d’intensité chez les différents sujets, mais chez tous elle avait les mômes caractères. » La plupart des femmes apportées en 1848 à l’hôpital du Bon-Secours, dans le service de M. A. Hardy, présentaient aussi des ecchymoses ponctuées à la face, au cou et sur la poitrine, et des infiltrations sanguines de la conjonctive et des paupières. Et la description que je viens de citer ne semble-t-elle pas littéralement tracée d’après les observations que j’ai recueillies moi-même sur les victimes de l’accident du pont de la Concorde? J’y ai à peine quelques traits à ajouter. La teinte générale du visage et des parties supérieures du tronc peut varier depuis une rougeur légère jusqu’au violet le plus foncé, jusqu’au noir même. Les points ecchymotiques tantôt semblent symétriquement semés, tantôt pressés et se confondant presque, ils forment comme un sablé très-fin. Ils s’arrêtent parfois, chez les femmes, aux parties que les vêtements recouvrent ; mais alors ils ont un caractère différent, et, très-proba-
blement, ne se produisent pas sous l’influence de la même cause. J'aurai à y revenir.
Les ecchymoses ponctuées de la face, du cou et de la poitrine sont liées à l’effort considérable par lequel se manifeste la résistance à la suffocation. C’est pourquoi elles s’accompagnent le plus souvent, ainsi que l’ont indiqué les deux observateurs que je cite en ce moment et qu’on le voit dans les cas qui me sont propres, d’infiltration de sang sous la conjonctive oculaire, qui est soulevée, comme dans le chémosis, et moins constamment, d’écume sérosanguinolente s’écoulant de la bouche et du nez, d'écoulement de sang par les narines et par les oreilles. On se rappelle que j’en ai noté plusieurs exemples et qu’Ollivier et A. Hardy en citent également un certain nombre. Il n’est pas besoin, pour expliquer ces derniers symptômes, de supposer une congestion cérébrale ou unelésion du crâne. Ils sont sous la dépendance de la suffocation elle-même. J’ai déjà fait remarquer ailleurs, et il est peut-être superflu d’insister sur ce point, que ces signes extérieurs de la suffocation ne lui appartiennent pas exclusivement, qu’il n’est pas rare de l’observer chez les femmes à la suite d’un accouchement laborieux qui a nécessité des efforts prolongés; que je l’ai constaté moi-même chez un épileptique mort durant l’attaque ; qu’enfm il se rencontre encore, ainsi que je l’ai spécialement indiqué, dans la strangulation. Mais il n’en est pas moins certain que, dans aucun cas, les ecchymoses ponctuées de la face, de la poitrine et du cou , les suffusions sanguines des paupières et de la conjonctive ne se montrent plus constantes, plus étendues, plus marquées que dans la suffocation par compression violente et prolongée des parois de la poitrine et du ventre.
Celte compression, quand elle a lieu dans les circon- 4 stances que nous relatons ici, c’est-à-dire au milieu d’une
Tardieu. — Pendaison. 18
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foule, détermine un autre effet, qui a été très-apparent sur plusieurs des personnes que j’ai examinées, soient qu’elles aient survécu, soient qu’elles aient péri. Ollivier avait déjà observé, sur cinq des cadavres soumis à son examen, une ecchymose allongée à la face interne d’un seul ou des deux bras, probablement produite par la pression latérale et violente des membres supérieurs contre les parois de la poitrine. J’ai rencontré, non-seulement des traces analogues, mais chez plusieurs des femmes que j’ai visitées, nolamment chez l’une de celles qui avaient été apportées à Fhôpilal de la Charité dans l’état le plus grave, le tour des seins, les plis du dos et des aisselles, la face exlerne et interne des bras était marquée par de larges traînées d’ecchymoses ponctuées, évidemment déterminées par la compression latérale de la poitrine. On comprend aisément que cette pression puisse aller jusqu’à l’écrasement, et que la violence avec laquelle elle s’exerce puisse déterminer les fractures des côtes et du sternum qu’a constatées sur sept individus Ollivier (d’Angers).
Il est très-intéressant de rechercher, dans ces différents cas, quels sont les troubles fonctionnels produits, quelles en sont la nature et la marche. On peut affirmer qu’ils sont très-simples et qu’ils se réduisent à la perte de connaissance, de sentiment et de mouvement qui caractérise l’abolition de la fonction et du sens respiratoires, ce que l’on a improprement appelé l’asphyxie et, pour parler plus exactement, l’apnée. C’est là ce qui s’est produit dès le premier moment, et dans tous les cas, chez les individus étouffés. Je neveux pas dire qu’il n’y ait pas, dans les foules, des gens frappés de syncope ou d’apoplexie cérébrale. Mais ce sont là des exceptions. La manière dont se comportent ceux qui reviennent à la vie montre bien qu’il s’agit, pour le plus grand nombre, de l’apnée par suppression des phénomènes mécaniques de la respiration y
et de rien autre chose. Je tiens de M. le docteur Constantin Paul, professeur agrégé à la faculté de médecine, qui a prodigué ses soins avec le plus grand zélé à quelques-unes des victimes du pont de la Concorde, dans une officine voisine, que deux femmes qui paraissaient le plus gravement atteintes, et chez lesquelles on eût pu croire à une lésion cérébrale des mieux caractérisées, ont recouvré le sentiment et le mouvement, et ont pu être reconduites chez elles dès que les moyens exclusivement dirigés contre la cessation de la respiration ont eu réussi à ranimer cette fonction. Il en a été de même chez les deux femmes apportées à la Charité sans connaissance, et qui ont passé de l’état de mort apparente à la santé la plus parfaite, l’une après douze heures, l’autre après un jour et demi. Celle même qui a succombé au bout de quarante-sept heures et chez laquelle l’autopsie n’a démontré d’autres lésions que celles qui sont propres à la suffocation, a fourni une nouvelle et plus éclatante démonstration de ce que j’avance. Elle n’avait présenté, durant le temps qui s’est écoulé entre l’accident et la mort, pour tout symptôme qu’une profonde stupeur, avec résolution et insensibilité complète, sans délire, sans convulsion, sans paralysie. Enfin, dans les observations si bien suivies parM. A. Hardy, que j’ai consignées dans mon mémoire sur la suffocation, à part quelques phénomènes nerveux dus à l’émotion et à la peur et qui encore n’ont été notés que chez les femmes qui avaient été le moins gravement atteintes , on voit les symptômes se bornera ceux de l’absence de respiration, l’abolition du sentiment, la mort apparente. Quelquefois un léger engouement pulmonaire persiste, caractérisé par de la toux et quelques râles humides. Je n’ai rien observé de pareil chez les individus qui ont survécu à l’accident du pont de la Concorde. Ils restaient fatigués, brisés, se plaignant des contusions qu’ils avaient reçues, inquiets de
leurs yeux sanglants qui n’étaient d’ailleurs le siège d’aucune douleur; rien de plus.
Pour ceux qui ont succombé, les lésions des organes internes n’ont été ni moins caractéristiques ni moins constantes. Lcà encore, nos observations offrent avec celles d’Ollivier (d’Angers) la plus parfaite concordance, et je demande la permission d’ajouter que j’ai trouvé dans ces faits nouveaux la confirmation la plus décisive des caractères anatomiques que j’ai assignés à la mort par suffocation. Il est utile cependant de nous arrêter sur ce qu’ils offrent de spécial, et de fixer d’une manière plus précise ceux qui appartiennent à ce mode particulier de suffocation.
Ce qui frappe dans tous les cas où l’autopsie cadavérique a été pratiquée chez des individus étouffés au milieu d’une foule, c’est l’étendue et la violence de la congestion pulmonaire et la fréquence de l’apoplexie des poumons, plus commune certainement que dans les autres genres de suffocation. Il s’y est joint dans le plus grand nombre des cas des suffusions sanguines et des ecchymoses ponctuées, sous les plèvres et sous le péricarde, ainsi qu’on le voit dans tous les autres groupes que j’ai proposés pour les diverses espèces de suffocation. Je les ai trouvés six fois sur mes neuf autopsies, et lorsqu’il n’y avait pas d'ecchymoses sous-séreuses, les noyaux apoplectiques et les congestions ne manquaient pas.
J’ai constaté aussi quelquefois de l’emphysème produit par la rupture de quelques vésicules superficielles du poumon comme il s’en produit dans la strangulation et dans les autres genres d’apnée; nouvel indice de l’effort qui rompt à la fois les vaisseaux sanguins et les extrémités les plus ténues des canaux aériens.
Parmi les caractères les plus constants, il faut citer la fluidité du sang et son accumulation dans les vaisseaux et
PAR COMPRESSION DES PaRüIS DE LA POITRINE.
dans le cœur, le plus souvent mais non exclusivement dans les cavités droites. Ollivier (d’Angers) avait déjà fait cette remarque, je la renouvelle et j’en fais une loi dans les morts violentes par apnée. J’attache beaucoup plus d’importance à la fluidité constante et persistante du sang qu’à sa couleur qui est quelquefois noire, mais très-souvent aussi plutôt rouge que noire.
Enfin, j'insiste sur l’état d’intégrité où j’ai trouvé le cerveau, dans les deux cas où il m’a été permis d’ouvrir le crâne. Une seule fois Ollivier (d’Angers) avait rencontré une exsudation sanguine assez considérable à la surface d’un des hémisphères cérébraux. Il avait eu la pensée de rattacher cette lésion à la congestion dont le piqueté de la face, la suffusion des conjonctives et l’écoulement de sang par les oreilles et par le nez semblentTindice. J’ai établi que le trouble apporté à la circulation par l’arrêt prolongé de la respiration suffit à tout expliquer, et que, dans tous les Gas, les lésions propres à la suffocation sont celles que l’on trouve si constantes et si caractéristiques dans l’état des organes respiratoires et circulatoires, et du sanglui-même.
Je termine sur ce sujet en appelant de nouveau l’attention sur l’intérêt qu’offrent, au point de vue de l’histoire médico-légale de la suffocation, ces accidents terribles qui peuvent se produire au milieu des grandes foules, et en ajoutant qu’il ressort des considérations dont le fait du pont de la Concorde m’a fourni l’occasion, une conclusion pratique très-importante, c’est que dans les secours à donner aux personnes qui tombent victimes de pareils accidents, et qui sont dans un état de mort apparente, ori doit avoir principalement sinon exclusivement en vue de combattre l’apnée et de ranimer, par tous les moyens que l’art enseigne, le mouvement et le jeu régulier des organes respiratoires.
Les signes extérieurs de la suffocation peuvent encore
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apparaître dans d’autres circonstances qui pourraient, jusqu’à un certain point, égarer le médecin expert appelé à prononcer sur la cause d’un décès, et à distinguer une mort naturelle d’une mort violente et criminelle. Je ne connais pas à cet égard d’exemple plus singulier et plus frappant que celui qui s’est offert à mon observation il y a une quinzaine d’années.
Un horloger, âgé d’une cinquantaine d’années, est trouvé, à neuf heures du soir, étendu sans vie sur le plancher de sa chambre. Il n’avait pas paru depuis la veille au soir, et plusieurs personnes avaient en vain frappé à sa porte dans le cours de la journée, lorsqu’à six heures du soir on s’aperçoit avec étonnement qu’une effraction vient d’avoir lieu, et l’on découvre le cadavre, dont il était bien permis, dans ces circonstances, d’attribuer la mort à un crime. Chargé de l’autopsie avec M. le docteur Robertet, nous ne trouvons aucune trace de violences extérieures, mais seulement à la base du cou et à la partie antérieure de la poitrine, un très-grand nombre de petites ecchymoses ponctuées analogues à des taches de purpura. Le cerveau est fortement congestionné ainsi que les deux poumons, sur lesquels n’existent pas de taches sous-pleurales. Ajoutons que la langue et la face interne des lèvres sont le siège de morsures profondes. La mort avait été manifestement déterminée par une double congestion cérébrale et pulmonaire consécutive à une attaque d’épilepsie, maladie dont cet homme, ainsi qu’on l’a su plus tard, était anciennement atteint. Des malfaiteurs le croyant absent s’étaient introduits dans son domicile avec l’intention de le voler, et avaient reculé devant ce cadavre dont le seul aspect, joint aux indices d’une effraction récente, pouvait si facilement faire naître l’idée d’un crime.
Ce fait, dans lequel une affection convulsive suivie de mort avait laissé après elle quelques-unes des lésions que
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•détermine la suffocation, m’a suggéré l’idée de rechercher expérimentalement jusqu’à quel point pourrait se poursuivre l’analogie. Et dans ce but, j’ai fait périr par la strychnine, au milieu de convulsions violentes, un certain nombre d’animaux dont j’ai pu examiner les organes. Dans aucun cas je n’ai trouvé la moindre trace d’ecchymoses sous -pleurales ; mais seulement un état de congestion très-irrégulier et partiel, généralement peu considérable, en raison de l’extrême rapidité de la mort, et une fluidité constante du sang.
En résumé, les ecchymoses ponctuées des téguments de la face, de la poitrine et du cou, ne sont pas un indice certain de la mort par suffocation, quoiqu’elles puissent se montrer lorsque celle-ci a été produite par la compression violente et prolongée des parois de la poitrine et du cou. On ne doit se prononcer que si l’on constate l’existence des lésions pulmonaires qui ne manquent jamais, et qui ne sont pas moins caractéristiques dans ce mode de suffocation que dans les autres.
Suffocation par enfouissement du corps vivant. — Un
être enterré vivant, ou enfoui dans un milieu solide plus ou moins pulvérulent, succombe après un temps variable, et présente les lésions caractéristiques de la mort par suffocation. Les exemples ne sont pas rares d’infanticide commis par ce moyen ; j’ai vu moi-même de malheureux nouveau-nés enfouis vivants dans du fumier, dans des cendres, dans du son, dans du remoulage ; et il existe un .assez grand nombre d’observations et de recherches entreprises dans le but d’éclairer la question de savoir si des corps retirés de ces différents milieux y avaient été placés vivants ou déjà privés de vie. Mais les auteurs qui •se sont livrés à cette élude se sont presque exclusivement attachés aux caractères tirés de la pénétration plus ou ♦moins complète dans les voies aériennes et digestives de
la matière au sein de laquelle avait séjourné le cadavre; cherchant ainsi une analogie que l’on ne saurait méconnaître entre l’enfouissement et la submersion. Mais en même temps ils négligent les caractères fondamentaux de la mort par suffocation, qui constituent la base nécessaire de toute recherche médico-légale appliquée aux cas de celte nature.
Or ces caractères ne font pas défaut ; je les ai constatés sous leur forme la plus tranchée, sur quatre enfants nouveau-nés. L’emphysème à son plus haut degré; l'écume sanguinolente dans les voies aériennes ; les épanchements de sang disséminés en grand nombre, sous la plèvre, à la surface des poumons et sur le crâne; la fluidité du sang ; tous ces signes évidents se sont montrés réunis dans ces cas, sans autre trace extérieure que la souillure du corps par l’enduit terreux ou pulvérulent provenant du lieu où il avait été enfoui. Ils n’ont été ni moins constants ni moins caractéristiques chez des cabiais que j’ai enterrés vivants ou enfouis dans une boîte hermétiquement fermée et remplie de son.
Mais si ce mode de suffocation ne diffère pas essentiellement des autres, il offre certaines conditions spéciales qui peuvent fournir des signes particuliers qu'il n’est pas inutile d’apprécier à leur juste valeur. Je rappellerai d’abord à ce sujet, d’une manière succincte, le petit nombre de faits que la science possède.
Un médecin belge, M. Matthysen (1), a fait quelques recherches expérimentales sur de jeunes chats et sur des lapins dans le but d’éclairer la question de savoir : si un enfant nouveau-né qu’on trouve enfoui dans la terre ou dans les cendres y a été enfoui mort ou vivant. Il est arrivé
(1) Matthysen, Ann. d’hyg. publ. et de méd. légale. Paris, 1345, t. XXX, p. 225.
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à ces conclusions : que chez l’animal qui n’a été enfoui qu’après la mort, la matière pulvérulente peut pénétrer dans la bouche, le pharynx et le larynx ; mais pour qu’elle aille au delà, et notamment dans l’estomac et les intestins, il faut nécessairement que l’enfouissement ait eu lieu avant la mort, et que l’animal vivant ait pu opérer des mouvements de déglutition.
Ces expériences ont été répétées, en 1851, par M. le docteur Céringuier (1), à l’occasion d’un cas dans lequel un enfant nouveau-né avait été enfoui dans un vase rempli de cendres. Par malheur, pour tout ce qui louche aux lésions produites par la suffocation, les recherches de cet observateur laissent à désirer ; mais elles n'en sont pas moins très-dignes d’intérêt, à cet autre point de vue, à savoir de quelle valeur peut être, comme signe de l’état de vie ou de mort de l’individu enfoui, l’introduction plus ou moins complète de la matière pulvérulente dans les voies aériennes et digestives. Quatre petits chiens enfouis dans la cendre trois heures après leur naissance ont survécu quinze heures : les cendres avaient pénétré jusqu’au milieu de l’œsophage; les fosses nasales et le pharynx en étaient farcis. Il ne s’en est pas glissé un atome dans la trachée; elles s’étaient arrêtées d’une manière nette et bien tranchée tout autour de l’entrée de la glotte. Des essais comparatifs ont été faits avec d’autres substances réduites en poussière, telles que du plâtre et de la farine, qui ont pénétré moins loin, à cause de leur agglutination dans la bouche et l’arrière-bouche.
Je dois à l’obligeance d’un ancien interne fort distingué des hôpitaux de Paris, en possession et très-digne de la
(1) Béringuier, Mémoire sur l'infanticide par l'immersion de l'enfant dans des matières pulvérulentes ( Journal de médecine de Toulouse, août 1 851).
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confiance du tribunal d'Évreux, M. le docteur Bidault, la communication d’un fait analogue à celui du docteur Béringuier.
Enfin M. le docteur Baynaud (de Montauban) a communiqué àM. Devergie un cas extrêmement intéressant (1) de mort par suffocation, dans lequel un homme avait été maintenu violemment, et pendant un temps assez long, la face sur un las de blé, et avait été ainsi étouffé. Sans entrer dans les détails de ce fait et dans la discussion des questions médico-légales auxquelles il a donné lieu, je crois utile de donner un aperçu des lésions qui ont été constatées, et qui caractérisent si nettement l’asphyxie par suffocation à son plus haut degré. Les poumons sont emphysémateux et remplissent complètement la cavité du thorax. Leur coloration, violacéeà la partie antérieure, est d’un brun noirâtre dans les deux tiers postérieurs. Sur ces derniers points à la surface externe des plèvres, on remarque de larges plaques noires de 6 à 8 centimètres de diamètre, paraissant formées par du sang extravasé. Tout le tissu du poumon est gorgé de sang dans les deux tiers postérieurs, et, au niveau des taches que nous venons d’indiquer, ce tissu est engorgé d’un sang noirâtre, et forme, à la moindre pression, une bouillie noire dans laquelle il est impossible de reconnaître la structure du poumon. Les mêmes altérations existent dans les deux poumons et sur des points correspondants. — On trouve des grains de blé dans B arrière-bouche et le pharynx, dans le larynx, dans la trachée, où existe également une bave écumeuse à bulles fines et serrées, et jusque dans les divisions bronchiques de deuxième et de troisième ordre. L’œsophage,
(1) Raynaud, Mort par asphyxie provenant de l'introduction de grains de blé dans les voies respiratoires et digestives [Ann. dhyg. et deméd.lcg. Paris, 1852, t. XLVIII, p. 187).
PAR ENFOUISSEMENT
l’estomac et le duodénum en renferment également un grand nombre. — Les cavités gauches du cœur sont distendues par une assez grande quantité de sang noir fluide. Tous les vaisseaux encéphaliques sont gorgés de sang noir. Le cerveau lui-même est fortement congestionné.
A ces faits viennent s’ajouter mes propres observations.
Chez un premier enfant dont j’ai fait l’autopsie le 16 janvier 1854, tout le corps était enduit de cendres; les narines et les lèvres en étaient obstruées, la bouche remplie. On trouvait la poussière dans toute la longueur de l’œsophage et jusque dans l’estomac où des parcelles de cendres sont mêlées à des mucosités épaisses. Du côté des voies aériennes, la cendre n’a pas pénétré au delà de l’épiglotte ; il n’en existe ni dans le larynx ni dans la trachée, où l’on trouve seulement de l’écume sanguinolente. Les autres organes portent les traces caractéristiques de la mort par suffocation.
Dans un autre cas, où l’enfouissement avait eu lieu dans un tas de fumier, on trouvait des détritus verdâtres bien reconnaissables dans la bouche et dans l’estomac.
Enfin, sur un enfant nouveau-né trouvé au mois d’octobre 1854 dans un tonneau rempli de remoulage, où la mère avouait l’avoir enfoui vivant, les narines et la bouche étaient remplies parla poussière qui ne pénétrait pas dans les voies digestives ’ au delà de l’isthme du gosier. La trachée contenait une petite quantité de liquide sanguinolent non spumeux et quelques petits grains de poussière semblable à celle qui enduisait le corps. Les signes de la mort par suffocation n’étaient pas moins tranchés que chez les précédents.
Lies expériences que j’ai entreprises sur les animaux, en vue de ce point spécial de la question, ont confirmé de la manière la plus complète les faits qui viennent d’être rappelés.
IJE LA SUFFOCATION
Dix lapins et cabiais vivants ont été enfouis dans du son ou dansla terre; six l’ont été de môme après avoir ôlô tués par hémorrhagie. Pour le premier groupe, la mort s’est fait attendre en général pendant un temps très-long, et bien que, ainsi que je l’ai dit, on ne puisse conclure des animaux à l'homme pour la plus ou moins grande résistance aux causes de mort, on peut, en comparant entre eux les différents genres de mort, remarquer que l’enfouissement est de tous les modes de suffocation celui dans lequel la mort survient le plus lentement. Des enfants nouveau-nés enfouis après leur naissance ont pu être retirées vivants après quatre ou cinq heures de séjour sous une couche de terre de 25 à 50 cenlimètres(l). J’ai trouvé chez ces animaux, enterrés vivants la poussière, le sable, les graviers emplissant la bouche et les narines jusqu’à la base de la langue. Dans le plus grand nombre des cas, ces matières n’avaient pénétré ni dans l’œsophage ni dans la trachée. Une fois seulement l’estomac était distendu par une énorme masse de son, sur laquelle ses parois s’étaient moulées.
Pour le deuxième groupe, la terre n’avait pas dépassé l’entrée des narines et de la bouche; elle imprégnait fortement les dents. Mais on n’en trouvait ni dans la cavité buccale, ni dans l’arrière-gorge, jamais non plus dans l’œsophage ni dans l’estomac. Dans un cas cependant, j’ai retrouvé quelques parcelles de cendre dans le larynx et dans la trachée d’un lapin enfoui dans une caisse pleine de cendres plusieurs heures après la mort.
Les expériences de la Société médico-chirurgicale de Londres ont ajouté sur ces points des faits intéressants à ceux que possède la science (2).
(1) A. Tardieu, Étude médico-légale\sur l'infanticide. Paris, 1869, p. 129.
(2) Report of the Committee appointed by the royal medical and
PAR ENFOUISSEMENT
Un des points les plus nouveaux sur lesquels elles aient porté, c’est la mesure mathématique de l’énergie des efforts respiratoires chez les individus privés d’air ou noyés. Cette puissance, calculée à l’aide d’un appareil manométrique, rend parfaitement compte de certaines particularités constatées par l’examen nécroscopique des animaux sacrifiés. Ainsi, chez un chien maintenu la tête en bas submergée sous le mercure, après une minute et demie on a retrouvé dans les poumons desgouttelettesdu métal ; chez un chien placé la tête dans du plâtre liquide, après 10 minutes, le cœur avait cessé de battre, et l’on trouvait du plâtre blanc dans les tuyaux bronchiques. Mais si l’on acquiert de cette façon une démonstration nouvelle de l’énergie des mouvements inspiratoires dans l’agonie qui précède la mort par suffocation ou par submersion, il ne faut pas oublier que la seule présence de corps étrangers, poussières ou liquides , dans les poumons, abstraction faite de la connaissance des conditions matérielles dans lesquelles ils y ont pénétré, ne suffit pas pour prouver que renfouissement ou la submersion ont eu lieu pendant la vie. Il est constant , et mes propres expériences ont confirmé sur ce point celles des auteurs que j'ai cités, que même dans les cas où l’individu enfoui ou noyé ne l’a été qu’après la mort, on a pu retrouver des débris pulvérulents ou liquides jusque dans les bronches. Il faudra donc de toute nécessité, dans l’appréciation médico-légale des faits de cette nature, tenir le plus grand compte des circonstances de temps dans lesquelles s’est opérée la pé-
chirurgical Society to investigate the nature of suspended animation from vol. XLV of the Med • ehir . Transactions. London 1862. Et A. Tardieu, Nouvelle étude médico-légale sur la submersion et la suffocation à l'occasion des expériences de la Société médico-chirurgicale de Londres sur la mort apparente (Ann. d'hyg.publ. et deméd. lég 2e série, t. XIX, p. 512, 1865).
DE LA SUFFOCATION
nétralion, do la quantité de matières retrouvées dans les organes respiratoires, et de la profondeur à laquelle elles auront pénétré. Mais lorsque l’on aura ainsi acquis la certitude que l’enfouissement ou la submersion ont eu lieu pendant la vie, on trouvera dans le fait dont je viens de parler un moyen précieux de mesurer l’énergie des efforts et de la résistance de la victime.
11 faut cependant reconnaître qu’il y a dans l’enfouissement une condition qui manque dans l'expérience que je viens de citer, et dont l’importance ne saurait être niée. Je veux parler de la pression considérable exercée sur le corps, sur le ventre, sur la poitrine en même temps que sur les orifices des voies aériennes par la masse dans laquelle il est enfoui. 11 n’est pas impossible que cette circonstance prédomine dans ce procédé complexe de suffocation. 11 est certain, dans tous les cas, que la gêne qu’éprouvent les muscles respiratoiressousle poids qui les opprime, doit singulièrement affaiblir la force de l’inspiration, si elle ne la paralyse pas complètement; et que si l’on doit admettre comme possible la pénétration dans les bronches des matières pulvérulentes dans lesquelles le corps a été enfoui vivant, le fait reste exceptionnel en raison de l’abolition des mouvements respiratoires. Tandis qu’au contraire sur le cadavre, parle simple effetde la pesanteur et du mouvement insensible mais continu qui s’opère dans le terrain même le moinsmeuble, en apparence, la pénétration s’opère lentement etpeu à peu à travers les orifices relâchés et béants des conduits aériens ; tout comme on voit sous le sol un tuyau inerte s’ensabler avec le temps. Dans de telles conditions, on le comprend, la présence des matières dans les dernières ramifications bronchiques ne prouve nullement que le corps a été enfoui vivant.
En résumé, dans les cas d’enfouissement, outre les signes caractéristiques communs à tous les modes de suffo-