‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 4)Chapitre 33 sur 76 · RÈGLES GÉNÉRALES DE LEXPEUTISE · texte numérisé non relu

RÈGLES GÉNÉRALES DE LEXPEUTISE

montre compliquée de paralysie avec agitation et ataxie.

Les fonctions génésiques appellent au plus haut degré l'attention du médecin légiste chargé d'examiner un aliéné. Au début de presque toutes les formes de la folie on peut dire que les sens sont excités ; cela est constant même dans la paralysie générale où l'on voit le délire des grandeurs exagérer chez les malades les prétentions de tout genre et en particulier les désirs et les entreprises erotiques. Mais cette excitation est en général de courte durée et fait place à un affaissement des fonctions de cet ordre qui est l'état habituel et constant de la plupart des aliénés. Il est bien évident qu'il faut à cet égard faire une place à part pour ceux dont la folie est précisément caractérisée par l'excitation maladive et violente des appétits vénériens, le satyriasis et la nymphomanie, mais il importe de prévenir le médecin légiste contre l'erreur fréquente qui consiste à attribuer à des désirs erotiques impérieux et non satisfaits les expressions obscènes, les propos orduriers, les actes impudiques échappés à de jeunes filles que leur caractère et leur éducation sembleraient devoir protéger contre de pai^eils excès. Il faut voir là non pas l'expression d'un état physique particulier, mais l'effet de la perversion des facultés morales, la manifestation extérieure plutôt que le fond même de la maladie. Je le répète en ce qui touche les perturbations des fonctions génésiques chez les aliénés, à l'excitation passagère du début, succède un affaiblissement marqué et croissant, l'impuissance rapide chez l'homme et chez la femme une indifférence qui contraste souvent avec la fureur du délire. Je ne peux terminer en ce qui touche aux fonctions géjiésiques sans signaler l'intérêt considérable qu'il y a pour l'expert à interroger chez la femme l'état de la menstruatiou et à tenir très-grand compte de l'existence d'une grossesse, d'un accouchement récent, de l'allaitement, de. toutes les circonstances enfin où peut naître ce que l'on a appelé la folie puerpérale.

Les lésions analomiques que l'on a du reste bien rarement l'occasion de constater dans les expertises médico-légales

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concernant la folie, peuvent cependant donner lieu à des considérations importantes et fournir quelques indices rétrospectifs sur Tétat mental d'individus décédés sans qu'on ait pu les examiner de leur vivant. Cela m*est arrivé plusieurs fois principalement dans des cas de suicide, où les lésions constatées dans Tencéphale rendaient extrêmement probable sinon certaine, l'existence de la folie chez ceux qui avaient mis fin à leurs jours. Je' me rappelle avoir é(é appelé devant le tribunal de Dreux pour répondre à une question touchant la validité d'une donation faite par une femme déjà avancée en âge qui s'était noyée. On avait trouvé à l'autopsie du cadavre des altérations très- prononcées du cerveau, une opacité des méninges, une sérosité trouble très-abondante épanchée dans l'arachnoïde. C'était là, à n.en pas douter, un élément important qui permettait de supposer (ju*un organe ainsi atteint de lésions profondes et anciennes no devait pas fpnctionner d'une manière normale, et que les facultés pouvaient avoir été dès longtemps atteintes chez cette femme. Toutefois il faudrait se garder de donner trop d'extension à cette doctrine. Je citerai plus loin une affaire très-grave où deux opinions absolument contradictoires, ont été soutenues avec une très-grande énergie par les médecins les plus capables de faire autorité. Mais on ne peulT nier qu'il soit d'un réel intérêt pour le médecin légiste d'être éclairé sur les lésions anatomiques que les organes peuvent présenter chez lés aliénés.

Il est constant, en efîet, que dans la folie, l'on rencontre fréquemment, surtout dans les formes où la durée de la ^ maladie est le plus prolongée, des altérations nombreuses et profondes du cerveau et de ses enveloppes, et que môme, ce qui est plus important, pour un petit nombre de ces formes, les lésions paraissent avoir un caractère de spécificité assez marqué et presque constant. Ce dernier fait est capital dans l'histoire nosologique de la folie, car il montre la possibiUté d'établir certaines formes de la maladie non-seulement sur l'identité des symptômes, mais encore sur celle des lésions} cela est bien démontré pour la folie paralytique.

Tardieu* — Folie. ô

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Mais, d'un autre côté, il faut bien reconnaître que chez les aliénés les plus gravement et les plus anciennement atteints, toute espèce de lésions anatomiques peut faire défaut ; que de plus il n'est pas une seule des altérations observées dans la folie qui n'ait été observée chez des individus dont les facultés étaient restées intactes ; et qu'enfin il n'existe le plus souvent aucun rapport constant et suffisamment établi entre les lésions dont l'encéphale peut être le siège et les formes symptomatiqucs de la folie. Cependant il est certain que malgré les incontestables progrès réalisés dans ces derniiivs temps par les études histologiques dont le système nerveux a été l'objet, l'appréciation exacte des altérations du cerveau n'est pas encore arrivée au degré de perfection qui peut permettre de juger définitivement la question des lésions caractéristiques de la folie.

Sous ces réserves il n'est pas sans intérêt de faire counaftre les diverses espèces d'altérations constatées chez les aliénés. Des lésions variées des os du crâne, des concrétions polypeuses dans le sinus longitudinal, des ossifications de l'arachnoïde, • des épanchements dans la cavité arachnoïdienne, un épaississement avec ou sans opacité deTarachnoYde, des corpuscules sur cette membrane séreuse, des ecchymoses sous-arachnoïdiennes ; une congestion, une inflammation ou une infiltration de caséine ^crée, des adhérences de cette membrane avec la couche corticale; une congestion des méninges cérébrales et cérélielleuses ; une atrophie des circonvolutions ; diverses altérations de . couleur ou de consistance de la couche corticale, la dégénérescence graisseuse des cellules et des tubes nerveux ; une congestion ou une ischémie avec induration ou ramollissement général ou partiel du cerveau, l'oblitération par des caillots des vaisseaux capillaires, dont les parois of&ent une incrusliition athéromaleuse ; une hydropisie avec ou bans dilatation des ventricules, une injection des plexus choroïdes; diverses altérations de îa glande pinéale et enfin l'odeur fétide de la substance cérébrale, telles sont les lésions nombreuses mentionnées par les auteurs. Quant

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à leur fréquence relative, on conçoit qu'elle n'aurait d'importance qu 'autant qu'on pourrait les grouper et les rattacher à des espèces distinctes.

M, le Dr Auguste Voisin, dans ses conférences cliniques sur les maladies mentales poursuivies avec succès depuis plusieurs années déjà à l'hospice de la Salpôtrière (1), a fait des efforts persévérants pour arriver à la démonstration directe de cette doctrine que la folie est surtout une- maladie somatique. Il s'est attaché à découvrir les altérations qu'elle produit dans l'intimité de la substance cérébrale, et a pénétré dans cette recherche jusqu'à la cellule cérébrale ellemême.

Pour ce laborieux observateur, il n'existe pas seulement dans la trame du cerveau des aliénés des altérations congestives consistant en apoplexies, en épanchements d'hématosine et d'hématine dans les gaînes lymphatiques, en dilatations des capillaires, en infarctus, en athéromes, en diminution de la quantité du phosphore, il a trouvé dans les cellules cérébrales des lésions de nature nécrobiotique indiquant que le fonctionnement de ces éléments subit de graves atteintes dans la folie. Il convient de faire remarquerque M. Aug. Voisin n'a pas encore constaté ces altération» dans les formes aiguës de la maladie : il les a vu coïncider avec des troubles anciens de l'intelligence. Les altérations des cellules ne se montrent d'ailleurs pas d'une façon égale dans les diverses parties du cerveau. La localisation paraît même différente suivant que le délire est partiel ou général, suivant que le malade a ou n'a pas conscience de son état et qu'il est ou qu'il n'est pas en démence. Des couches optiques et des circonvolutions pariétales envahies seules dans le délire partiel avec hallucinations, la lésion des cellules s'étend, en même temps que le délire se généralise et s'accroît, aux circonvolutions voisines d'abord et dans le degré le plus avance de la démence jusqu'aux circonvolutions fron-

(1) Aug. Voisin, Leçons cliniques vectieiliies par M. Couyba {Union médicale), février 1872, p. 280.

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taies. M. Voisin signale enfin la concordance de ces altérations au point de vue pathogénique avec les expériences thermométriques faites sur l'encéphale par Schiff.

Quelque intéressantes que soient ces recherches et quelque avenir que la science leur réserve, il est impossible, quant à présent, il serait même dangereux d'en faire l'application à la constatation médico-légale de l'état mental

U ne faut pas au reste se borner à l'examen de Tencéphale: en efEet il n'est pas très-rare de rencontrer chez les aliénés dans les autres organes et notamment dans le foie, dans l'estomac, dans la matrice et dans les différents viscères des lésions profondes qui, ainsi que je l'ai dit, ne sont pas sans influence sur la forme du délire et sur les déterminations qui en dérivent (1)^ Chez les suicidés en particulier, chei les mélancoliques, chez les hystériques, ces altérations ont une réelle importance et une incontestable signification.

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