‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 4)Chapitre 35 sur 76 · RÈGLES GÉNÉRALES DE L*BXPERTI8B · texte numérisé non relu

RÈGLES GÉNÉRALES DE L*BXPERTI8B

extravagante la dispute à la plus infecta malpropreté. Je reviendrai sur ces signes matériels de la folie qu'il faut absolument faire connaître par les détails d'exemples particuliers, mais que dès à présent je signale à toute rattention des experts.

J'arrive à un élément bien plus important encore de Tappréciation médico-légale, je veux parler des écriis des aliénés. Les aliénés écrivent beaucoup et en général trèsvolontiers ;' de sorte qu'il est facile d'obtenir d'eux à défaut de lettres ou de mémoires qui sont mis souvent à la disposition de l'expert, des pages librement composées, et dans lesquelles ils fixent eux-mêmes les caractères les plus marqués du trouble de leurs facultés. Le médecin légiste moins que tout autre, ne saurait négliger cette source première et féconde d'informations positives. Marcé dont la brillante carrière a été trop tôt et si malheureusement interrompue (I) et M. Brierre de Boismont dont la vie laborieuse a été consacrée tout entière à létude et au soulagement des aliénés (2) ont l'un et Tautre, dans des mémoires précieux et du plus grand intérêt, fait ressortir la valeur considé* rable dans la détermination de la folie, de tout ce qui sort de la plume des aliénés. Il n'y a pas d'ailleurs de médecin aliéniste qui ne possède une collection d'écrits de ce genre, qui formerait une lecture singulièrement triste , mais fort instructive. J'en citerai moi-même plusieurs échantillons que Ton trouvera reproduits à la fin de cette étude en fac-similé ot qui permettront de juger du parti que peut en tirer le médecin expert comme preuve d'aliénation mentale.

Il y a deux choses à examiner dans les écrits des aliénés, d'une part ce qu'ils contiennent, de l'autre la forme sous laquelle ils se présentent, c'est-à-dire qu'ils doivent être

(1) Marge, De la valeur des écrits des aliénés au point de vue de la séméiologie et de la médecine légale, {Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég. i« série, T. XXI, p. 1864.)

(2) Brierre de Boismont, môme sujet. (Ann. médico-psychol. 4* série, T. HI, p. 257. 1864.)

étudiés d'abord comme mode d'expression des idées délirautes et en second lieu au point de vue graphique.

En ce qui concerne les idées et le fond même de ces écrits, il est permis de dire qu'ils sont quelquefois la reproduction fidèle de l'état mental de l'aliéné. Quelquesuns en effet s'y peignent tout entiers; ils écrivent comme ils pensent et manifestent leur délire tantôt par l'incohérence et le défaut de suite de leurs écrits, tantôt par l'exposé prolixe et complet des conceptions fausses qui remplissent et dominent leur cerveau malade. On observe à cet égard des différences remarquables dans les divers genres de folie. Dans la première période de la paralysie générale, alors que l'on observe chez les malades une excessive facilité d'expansion, on les voit se prodiguer, en- lettres de recommandiations, en ordres d'achats, en projets de toutes sortes. Les raonomanes qui se croient chargés de missions célestes, ou qui se consument dans des inventions de tous genres : machines, découvertes chimiques, systèmes politiques, n'ont jamais à leur disposition assez d encre et de papier, ils écrivent et écrivent sans relâche; le plus petit fragment, les pages d'un livre, les marges d'un journal sont couvertes par eux d'une écriture aussi fine et aussi serrée qu'ils le peuvent, de manière à y faire entrer le plus de choses possible. Les fous mélancoliques moins disposés en général à s'ouvrir, laissent cependant aussi échapper quelquefois des écrits très-significatifs. Ce sont des pétitions aux autorités dont ils invoquent la protection contre leurs persécuteurs, des dénonciations à la justice, des mémoires où ils consignent leurs plaintes et leurs griefs imaginaires. Quelques-uns remplissent de leurs élucubrations maladives des cahiers entiers qu'ils ne font aucune difficulté de confier au médecin; souvent ils les font autographier, et même imprimer.

La littérature contemporaine possède des livres volumineux qui sont l'œuvre de la folie et portent à chaque page la marque de leur origine. J'ai vu naître l'un de ces livres, dernier vestige de l'intelligence la plus belle et des facultés

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les plus brillantes, puMié sous le tilro de Heligion^ et écrit sous la dictée de IMme de la terre par ce malheureux apôtre de la doctrine phalanstêrienne dont j'ai raconté la fin lamentable. Deux volumes seulement ont paru (Paris 1854), mais le troisième rempli d'hallucinations erotiques et de descriptions ordurière?, est resté en épreuves et n*a pas vii le jour. On a cité maintes fois l'ouvrage où Béringuier a raconté sa propre folie. Enfin il est impossible de ne pas voir dans la plupart des Xouvelles histoires extraordinaires^ de l'américain Edgar Poi» le produit du délire halluciné d'un alcoolique merveilleusement doué. J*en poiurais nommer d'autres encore (1) : il est constant en effet qu'il existe une littérature de Taliénation mentale, très-caractéristique et tout à fait significative.

Dans tous ces cas les écrits des aliénés peuvent jusqu'à un certain point suppléer et tout au moins compléter l'exa-* men direct et l'interrogatoire. Mais il en est d'autres chez lesquels il existe un contraste assez frappant entre leurs écrits et leurs paroles. M. Moreau de Tours a fait la remarque très-juste que les déments manifestent plus de désordre d'esprit en écrivant qu'en parlant; c'est le contraire pour les monomanes. Les premiers qui conservent Une certaine tenue, une certaine pertinence dans leurs réponses à des questions d'ailleurs simples, h des formules de politesse, et dont le défaut d'initiative paraît être le princii>al caractère, dès qu'on leur met une plume à la main, s'ils peuvent encore s'en servir, n'écrivent que des phrases inachevées ou sans suite, dans lesquelles l'association des idées est nulle. Ils commencent une lettre dans un sens , et la finissent dans mi sens tout différent ; l'adressent au début à' une personne, et en terminant à une autre. Les seconds, au contraire, et aux monomanes il faut joindre ici ceux qui sont atteints de manie raisonnante, peuvent écrire de la façon la plus correcte, la plus lucide en apparence et dissimuler dans

(1) Bergmann, Réflexions dune personne qui avait été atteinte d aliénation mentale sur sa propre maladie Trad. par le Dr. ITeisch. {Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég. 1* série. T. XVI. p. 172.)

EXAMEN DJES FAJLTS ET CIR€0NSTANCJ5S . 93

leur correspondance le délire partiel auquel ils sont en proie. Ils adresseront aux pouvoirs publics, aux assemblées législatives des pétitions qui pourront paraître très-sensées, et garderont dans leurs écrits, la tenue, la logique qui manquent à leurs discours et à leurs actes.

Au point de vue de la forme, les écrits des aliénés ne sout pas moins intéressants à étudier et n'ont pas moins de valeur pour le médecin expert. Le dessin graphique des lettres et l'agencement des lignes ont parfois un caractère tout à fait particulier. J'ai dit que le papier était souvent couvert dans tous les sens de lignes qui s'entrecroisent comme si les idées s'y pressaient sur cette page dont l'aliéné ne veut pas perdi*e le plus'petit coin. Il en résulte le plus souvent que l'écritui^e est horriblement confuse, que les mots, les lignes empiètent les uns sur les autres et s'enchevêtrent si bien qii'il y a dans les écrits des. fous autant d'incohérence que dans leur esprit. L'écriture est souvent tremblée, les lettres mal dessinées, des ratures sans nombre, des mots soulignés ou écrits en gros caractères et précédés de majuscules ; l'absence totale ou l'abus delà ponctuation; des chiffres ou des assemblages de lettres incompréhensibles ; des taches d'encre répandues à profusion, se voient dans le plus grand nombre des écrits des aliénés. Quelquefois les caractères ordinaires sont remplacés par des signes inconnus, des espèces d'hiéroglyphes qui n'ont de sens que pour le cerveau malade de l'aliéné. Un des traits les plus constants et les plus significatifs qu'offrent dans certaines formes de la folie l'agencement de l'écriture, c'est l'omission fréquente de quelques syllabes ou de mots entiers, cjui donne à des hommes très-lettrés et les moins suspects à cet endroit l'orthographe la plus défectueuse. C'est là, on peut le dire, l'un des signes précurseurs les plus habituels de la folie paralytique. Je ne crois pas que Ton puisse trouver une lettre de dix lignes écrite par une personne au début de la paralysie générale, dans laquelle il n'y ait un et souvent plusieurs mots incomplets ou passés. Aucun médecin familier avec l'observation des fous ne me démentira sur ce

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point. Il est bieu eutendu que l'ou doit s efTorcer, ainsi que l'indique justement Marcé, de se procurer, si cela est possible, pour servir de texte de comparaison, des spécimens de récriture des individus que Ton examine, telle qu'elle était avant leur maladie.

Mais bien que l'attention n*ait été fixée jusqu'ici que sur les écrits des aliénés, je ne crains pas de dire que l'on rencontrera souvent aussi un intérêt réel à examiner les dessins et les peintures faites par des fous. Que Ton combine par la pensée, que Ton imagine par fantaisie les choses les plus impossibles, les images les plus bizarres, on n'arrivera jamais à l'espèce de délire qui se peint sur la toile sous la main d'un aliéné, à ces créations qui tiennent du cauchemar et donnent le vertige. J'ai eu pendant de Itmgues années sous les yeux un aliéné qui n'avait jamais eu aucun talent, mais qui passait sa vie à peindre; j'ai vu plus de cinq cents de ces tableaux, quelques-uns de grandes dimensions, dans lesquels les associations de couleui's les plus folles, des figures vertes ou écarlates, des proportions inusitées, des ciels jaunes, des effets de lumière impossibles, des êtres monstrueux, des animaux fantastiques, des paysages insensés, des arcliilectures inconnues, des flammes infernales, réalisaient sous des formes inimitables les rêves les plus indescriptibles. La variété de ces images n'avait d'égale que la fécondité de leur auteur qui était atteint d'une des manies chroniques les plus comxjlètes et les mieux caractérisées. Je pourrais à l'opposé de celui-ci citer des peintres qui s'étant acquis dans l'art une juste célébrité ont conservé durant des attaques de folio mélancolique sinon l'intégrité de leur talent du moins la faculté et l'habitude de peindre des toiles très -satisfaisantes. En général les aliénés choisissent de prétérence dans leurs dessins les sujets erotiques, et parfois obscènes.

Pour compléter ces considérations et bieu montrer toute l'importance qu'acquièrent dans bien des cas aux yeux du médecin légiste, les écrits des aliénés qu'il doit étudier minutieusement au point de vue non-seulement des idées

qui y sont exprimées, mais encore de la configuration graphique, je ne crois pouvoir mieux faire que de rapporter ici en exemples quelques passages d'écrits manuscrits , autographiés ou imprimés, vraiment remarquables à ce double point de vue et dont je reproduirai le fac-similé à la fin de ce livre.

Je donnerai ici quelques fragments dans lesquels, en quelques lignes, se peignent la folie et le délire particulier de ceux qui les ont écrites.

1° La lettre suivante est écrite par une septuagénaire, femme autrefois d'un grand esprit, atteinte depuis longtemps de manie chronique, confiée aux soins de M. le docteur Blanche, et qui passe.sa vie à nourrir des chats. La lettre est adressée à une surveillante de la maison.

Madame, vous ne doutez pas du désir sincère que j'ai de placer mes animaux, vous n'en pouvez pas douter, vous devez même comprendre que si j'eusse été libre de les placer moi-même, je n'en aurais jamais gardé, assujettie comme je le suis aux volontés 4' autrui ;' cependant je me vois forcée de vous prier d'intervenir auprès de M. et de M»"« Blanche pour les prier de m'accorder un sursis pour Nankin qui a une diarrhée affreuse depuis son séjour entre les deux palissades, et qui est un obstacle au séjour qu'il serait obligé de faire dans un panier ou sur les genoux, et un plu? grand encore à sa présentation à ses nouveaux maîtres. Quant au beau gas, si je Tavais, je ferais sa toilette et, pour peu qu'il parût déplaire aux maîtres de céans de le placer chez des connaissances de M™»« Emma, je suis toute disposée à l'envoyer au magasin de fourrages, où il y en a cent cinquante ; le panier est tout prêt. Dans huit jours, ce sera le tour du petit Nankin, je vous l'affirme. Excusez-moi, madame, de vous charger de semblables commissions, mais votre amitié pour M. et M'»« Blanche et l'intimité dans laquelle vous vivez avec eux me sont de sûrs garants que vous obtiendrez facilement ce que je leur demande. Recevez, etc.

P. S. — Nankin continue d'aller sur son papier, ainsi ce petit retard n'aura pas les inconvénients que vous pourriez craindre.

2" La lettre qa'oii va lire est plus significative encore. Elle émane d'un malade qui présentait l'espèce de délire mélancolique qui marque parfois le début de la pai-alysie

96 RÈGLES (iE>£RAL£8 DE i/BXPEUTIBE-.

gcuénilc. 11 était enfermé à Mazas sous riuculpatioii de fau.x et la lettre qu'il nous écrivit avec cette suscription : « A Messieurs qui sont cenus me visiter, sans doute de la Commission » est à coup sûr beaucoup jihis significative que riiiterrogatoii*e que nous lui avions fait subir. Je ne cite que quelques passages: on trouvera le texte entier avec Torthograplie originale parmi les fuc-simile.

Mazas, r> novembre, 18.V2. CVest IN^spoir de Dieu et des malheureux, ne le faites plus soutrrir, il apporte la rédemption, ne la repoussez pas. Il naquit en 18*24, le 24 mars, à 4 heures du matin, de pauvres parents, d'un père infirme qui s'appelait François L. et d'une mère qui s'appelait G. L. D'ahord on le contraria à sa naissance en le tirant du sein de sa mère. Il eut beaucoup de difficultés à venir, il «'^tait maladif. Sa naissance dut être remarquée, mais on n\^\ii garde de la faire ennnaitre: aussi sa mission semble commencer i\ l'Aire de six ans. La rovauté chassée en 1830, un roi remplace celui qui était chassé, mais combien de fléaux encore sous ce règne. Le choléra arrive, les lîuerres civiles, la Pologne étouffée, enfin il arrive à Paris en 1840... J'ai remarqué que quand j'arrivais dans des grandes cités, très-souvent le tonnerre se faisait entendre. Depuis mon arrestation, deux fois la scène de la Passion s'est renouvelée... Quand je suis triste, le soleil se cache; quand je pense à mon orjxanisation sociale, que tout le monde est heureux, il fait beau et toute la nature devient douce, et tous les animaux se réjouissent et les petits oiseaux viennent voler au ras de ma tète. Oh ! croyez-moi, je suis colui qui vous apporte la paix et la fraternité. Oh ! faites-moi sortir et je vous rendrai tous heureux et je ferai de la terre un peuple de frères. Toutes les religions n'en feront qu'une. Aimez-vous les uns les autres et ne souffrons pas qu'un enfant souffre, que la pauvre femme puisse allaiter son enfant en paix, que la pauvre fille ne soit plus déshonorée. C'est la loi de Dieu. Je vous salue. L. P. S. V. Oh î faites-moi sortir.

S"" Je donnerai plus loin avec tous ses détails l'histoire bien curieuse d'un homme tombé d'un certain rang dans la dégradation morale et physique la plus complète, et par suite dans une gra;nde misère, qui après 1830, avait acquis à Paris une certaine popularité par des scandales publics et des poursuites incessantes dirigées contre le roi Louis-

Philippe. Après- la révolution de 1848, il ;*ecommença, sous ■îne autre forme, ses aberrations et ses désordres, et sa folie tùt constatée par MM. Trélat, Jacquemin et moi dans un rapport que je reproduirai. Ici je veux simplement citer L'un des écrits de cet homme, sorte de prospectus imprimé qu'il distribuait à profusion.

Par brevet d'invention des décrotteurs. A Nîmes, département

du Gard, an 1838.

Fabrique du très-haut, très-puissant, très- excellent, très-généreux et très-luisant cirage à la poire molle, par le citoyen Buchoz- HiLTON, dit la Poire molle, ex^commandant en chef des deux régiments des volontaires de la Charte.

Prix-courant, sa^ioir : pour les prolétaires, 3 sous la boîte, (une poire molle coûte davantage) ; la môme botte pour les particuliers, i fr. ; la même boîte pour les députés de cette chambre improstituée, 10 fr. avec espoir de diminution si leur conduite le leur fait mériter, etc... Vivre libre de cirer ses souliers, ses bottes et même ses escarpins avec du cirage à la poire molle ou mourir!... Le 8 mars 1833, la police Gisquet a arrêté ma voiture à cirage et encre à la poire molle et lui a rendu les honneurs de la faire escorter par deux fusiliers et deux sergents de ville à la Préfecture, d'où je croyais qu'elle serait transférée au Conservatoire des Arts ou au Muséum...

4^ Le même individu adressait à M. Jacquemin, médecin en chef de la prison de la Force le 29 juillet 1845 une lettre qui se terminait parle post-scriptum suivant.

« Convenez qu'il y a un grand nombre de bêtes à l'ombre quand le soleil est couché, et que ces dindons ont grand besoin de s'harnacher des décorations que la déesse de la folie leur permet de mettre sur la poitrine et sur le dos, car si ils étaient vus à nu ils seraient moins que rien^ puisqu'ils sont nuisibles à la société. Je ne saurais assez recommander au procureur du roi, procureurgénéral et au grand St-Didier (M. le baron A. de St^Didier était alors juge d'instruction au tribunal de la Seine) de s'afi^bler de tous ces jouets d'enfants, vu qu'ils en ont un grand besoin pour paraître quelque chose. L'£criture*8ainte parle du grand 8t-Benoit, mais cela n'est rien en comparaison du très^oble grand 8t-Didier, surtout quand il est monté sur un grand cheval à longue queue. >

Taroieu. — Folie. 7

98 rèCtLes générales de l'EXI'ERTJSE.

5° Uu homme qui avait moutré une certaine aptitude pour Tétude des sciences, et qui s'était adonué non saûs succès à des travaux de chimie, tomba dans une folie lypémaniaque qui hii fit croire qu'il était Tobjet de persécutions incessantes. Il répandit alors dans le public une série d'écrits autographiés, de pétitions au roi dont voici uu échai;itillon.

La Police secrète ou le Judasisme et le Jésuitisme.

Plus 011 a trahi les hommes et plus on les hait, plus on veut les trahir (Judasisme). Plus on a servi les hommes, plus on les aime, plus on veut les servir (Jésuitisme). A tout péché miséricorde. Judas, le roi Judas a des oreilles d'âne. — Sire, vous êtes trahi et comme de la trahison à la calomnie il n'y a qu'un pas, il se pourrait hien que vous fussiez calomnié. Quoiqu'il en soit, j'ai eu à subir à votre occasion des persécutions inouïes pour lesquelles j'ai droit d'obtenir justice. Afin d'arriver à ce but j'ai reproduit et commenté des lettres infâmes qu'on dit émanées de vous. Je vous indiquais comme un agent secret de l'Angleterre et vous ne vous êtes pas ému... J'ai donc le droit de penser qu'on vous a caché mes écrits ou que vous avez peur de me poursuivre. Vous ôtes injustement trahi ou vous êtes un traître. Dans votre intérêt ou dans le nôtre il faut que cette affaire s'éclaircisse. C'est pourquoi je réclame des juges... Je me défie des gens qui portent un masque même s'ils disent que c'est pour un bon motif, surtout s'ils affichent un grand cœur. Ce n'est donc pas par haine pour vous que je sollicite des juges, c'est pai'ce que j'ai droit d'en avoir et que4^spçre que je ferai triompher la vérité dans l'intérêt de la France. - Paris, rue de Lourcine, 20, ce \^ septembre 1846.

Gautrin.

6° Un individu demeuré inconnu a pendant plusieurs mois adressé presque chaque jom* au parquet du tribunal de la Seine, tous les extraits des journaux qui avaient trait à quelque accident ou à des crimes, recopiés de sa main et avec des annotations comme ceUes-ci :

« Demander le procès -verbal de cette affaire scrupuleusemen dMaillé et épluché. — Relever l'acte de décès inscrit sur les registres de l'état civil aux actes de décès au greffe du tribunal de première instance du département de la Seine, séant à Paris, «m Palais

de Justice, Deawinder le lieu du domicile à Paris, les états de procès au Ministère de la Guerre, Bureau du recrutement (Classe 1860). — Faire faire une grosse exécutoire, demander au . Cadastre une carte topographique de l'Empire français et une carte cadastrale •lu Piémont. Carte topographique. Voir les Géographes., etc. »

7** Une malheureuse femme en proie au délire de persécutions le plus complet, écrit des volumes qu'elle adresse à toutes les autorités et toujours sur le même thème. Il est difBcile de trouver un plus parfait modèle d'incohérence et de désordi*e dans les idées et dans le style.

* En- écrivant depuis ma demande à M. le Préfet de police, comme à plusieurs de Messieui*s les Magistrats, je lui ai donné à ce sujet les preuves les plus convaincantes. Mais qu'est-ce que cela en comparaison de tant de mauvaises langues qui, me dit rhomme que j'ai épousé, vont se plaindre de moi à la Police. Elle a bien de la complaisance, lui dis-je, de prêter l'oreille à de si basses gens. M. le Procureur, il ne serait pas possible de me faire entendre qu'il y ait de plus basses gens que ceux qui cherchent à troubler le repos des honnêtes personnes ; tout absolument c'est une sorte de lie cachée sous le peuple, puis réellement dit, c'est la vraisemblance de l'assassin. En parlant ainsi, je suis certaine de montrer le méchant dans toute son étendue. En effet, il ne profère pas une parole, qui semblable au meurtrier, il veut anéantir l'objet sa parole et de sa haine en lui portant absolument le plus fort préjudice qui, selon lui, devrait lui réussir de suite, mais qui néanmoins ne l'arrêtera pas s'il exige un travail tel que des inventions infernales pour prouver ce qu'il avance. M. le Procureur, c'est une sorte de méchants de ce genre qui constituent la perte de mon existence et à la fois le manque de ma séparation... »

8® Pendant plus d'une année le chef du painjuet du tribunal de la Seine a reçu presque par tous les courrier de Californie des lettres de douze, quinze ou vingt pages que lui adressait un pauvre halluciné, dont la folie apparaît à chaque ligne et qui signait invariablement l arbre (ï olivier, A la dernière était jointe sa photographie.

« Je vais bientôt me lever pouc instruire les peuples. Je ne peux pas les laisser périr par millions, cent millions sans les prévenir. J'ai écrit et transmis la loi de ce i^ère et de ceate more, et

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